Le virus du libre-échange

Au début de la pandémie de Covid-19, il ne manquait aucun dirigeant politique pour promettre qu’à la mondialisation incontrôlée succéderait un processus de relocalisation des « activités stratégiques ». Quelques semaines plus tard, c’est à se demander si la « relocalisation » n’est déjà plus qu’une promesse enterrée.

Fin avril, la Commission européenne annonçait un nouvel accord de commerce et d’investissement avec le Mexique visant à faciliter l’importation de produits agricoles et d’énergies fossiles. En mai et juin, ses équipes négociaient avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie pour importer toujours plus de viande. Début juillet, la Commission annonçait avoir « terminé le nettoyage juridique » de l’accord avec le Mercosur afin que la ratification puisse débuter à l’automne. En août, c’est l’accord avec le Vietnam qui entrait en application.

Du côté de l’Élysée, Emmanuel Macron, alors qu’il avait promis de reprendre « sans filtre » les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, a écarté sans ménagement sa proposition de ne pas ratifier le CETA et de renégocier son contenu. Après avoir essayé de faire voter cet accord en procédure accélérée, et en catimini en plein été 2019, voilà qu’il fait tout ce qu’il peut pour éviter que le sujet ne revienne à l’ordre du jour ; il prolonge ainsi cette situation complètement extravagante où le CETA s’applique de façon provisoire depuis trois ans alors que le processus de ratification n’a toujours pas été mené à son terme, ni en France ni au sein de l’UE.

Et sur le Mercosur ? Devant la Convention citoyenne pour le climat, E. Macron a prétendu avoir « stoppé net » les négociations ; il n’en est pourtant rien. Paris n’a toujours pris aucune initiative pour bloquer cet accord. Le collectif Stop CETA-Mercosur vient ainsi d’appeler E. Macron « à faire à Bruxelles ce qu’il dit publiquement à Paris », à savoir « stopper net cet accord en construisant une minorité de blocage au sein du Conseil de l’UE ».

Alors que la pandémie de coronavirus révèle au grand jour les fragilités économiques, sociales et sanitaires engendrées par la mondialisation néolibérale et productiviste, à Bruxelles et Paris, on veut en sauver le principe, en insérant toujours plus d’entreprises, d’activités et d’emplois dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Il est temps de les arrêter.

Article de Maxime Combes dans Lignes d’attac d’octobre 2020.

Relocalisation

Nos gouvernants ont dû se résoudre à stopper la croissance, suspendre les transports aériens et le commerce mondial, trouver des milliards par milliers, bouleverser temporairement les modes de vie. Dans les affaires humaines, quand on veut, on peut : cette leçon est apprise, nous ne l’oublierons pas. Le choc de la pandémie est un signal d’alarme qui indique à des millions d’habitant-e-s de la Terre la fin d’un monde, ce prétendu « nouveau monde » qui n’était que destruction sans limite de la planète pour assouvir une croissance infinie de la production, de la consommation et des profits.

Pourtant les projets des dirigeants sont clairs : par la stratégie du choc, il s’agit d’accélérer encore la privatisation du monde, la restriction des libertés, le contrôle numérique, l’automatisation de tout, la déraison scientiste, la mainmise sur les ressources naturelles, la relégation des classes populaires, l’urbanisation sans limites…

Les mouvements sociaux et l’altermondialisme travaillent depuis plus de vingt ans à concevoir et expérimenter des alternatives : elles sont aujourd’hui mûres, crédibles et radicales, mais il va falloir les imposer par une mobilisation déterminée, des insurrections citoyennes et un nouveau rapport de forces. Une perspective pourrait les inspirer : la relocalisation solidaire et écologique. Tout le monde ou presque se dit maintenant favorable à une relocalisation de l’économie.

Mais la droite extrême veut un repli xénophobe derrière des frontières étanches. C’est oublier que les problèmes majeurs de notre époque – réchauffement climatique, inégalités, pandémies – nécessitent une coopération mondiale renforcée. Les néolibéraux, eux, disent vouloir relocaliser certains secteurs essentiels comme les masques ou les médicaments : mais ils en resteront à des mesures homéopathiques qui préserveront leur système mondialisé de domination.

Ni identitaire ni homéopathique, notre projet de relocalisation veut engager une transformation des rapports entre les humains et avec la nature pour passer d’une civilisation de la domination à une civilisation du soin. Il s’agit de répondre à la question cruciale de la période : comment couper le moteur de la machine infernale qui détruit la planète ?
Quelles activités voulons-nous délaisser, redémarrer, transformer ou inventer ? Quelles ressources pouvons-nous trouver pour que cette relocalisation soit la source d’un mieux-vivre pour toutes et tous ? Comment réorganiser nos activités productives et nos rapports politiques à l’échelle locale, nationale et internationale, pour faire prévaloir la solidarité et la vie ?

Extrait d’un article de Thomas Coutrot dans Lignes d’attac de juillet 2020.

BlackRock et nos retraites

Dans un système de retraite par capitalisation, les salarié-e-s comptent sur l’argent qu’il-elle-s auront pu mettre individuellement de côté au cours de leur vie professionnelle – et dont la capacité à générer des revenus va dépendre uniquement de l’évolution des marchés boursiers. Cet argent est collecté par des acteurs (assurances, banques, fonds de pension…) qui les confient à des gestionnaires d’actifs qui eux s’occupent de les investir. On voit donc assez vite l’intérêt des gestionnaires d’actifs dans la réforme des retraites proposée par le gouvernement : les salarié-e-s qui pourront se le permettre vont se tourner vers des produits de retraite par capitalisation, qui sont in fine gérés par ces gestionnaires d’actifs.
BlackRock est l’un d’eux, il gère 7000 milliards de dollars (soit deux fois et demi le PIB de la France), dont les deux tiers proviennent des fonds de pension. Le groupe est représenté dans les conseils d’administration de plus de 1000 sociétés dans le monde, et il détient 2,3 % du CAC 40 dont il a empoché 1,65 milliard de dollars en dividendes en 2018.

Bien que BlackRock ne soit pas très implanté en France, où le fonds ne gère qu’un peu plus de 27 milliards d’euros, loin des 1 500 milliards d’Amundi, le premier gestionnaire d’actifs au monde a un rôle particulier dans cette réforme. BlackRock propose en effet ses conseils aux gouvernements sur leurs politiques économiques et financières, et est très écouté. Le groupe sait pour cela recruter parmi les personnes les plus influentes: Georges Osborne (ancien ministre des finances britannique) ou Friederich Merz (ancien candidat à la tête de la CDU en Allemagne) travaillent actuellement pour BlackRock.
En France, c’est Jean-Francois Cirelli, ancien conseiller économique de Jacques Chirac, qui dirige l’entreprise. Il a su remarquablement faire jouer ses réseaux puisque Larry Fink, PDG de BlackRock, a été reçu personnellement à l’Elysée en juin 2017 et en juillet 2019. Beaucoup plus que les autres gestionnaires d’actifs, BlackRock mène une politique de lobbying intense pour faire évoluer les législations dans des directions qui lui sont favorables.

Au niveau européen, BlackRock a œuvré pour la mise en place d’un plan d’épargne paneuropéen, et a obtenu gain de cause en 2019. En France, Jean-François Cirelli, qui avait déjà conseillé François Fillon lors de la réforme des retraites de 2013, fait actuellement partie du « Comité action publique 2022 » dont l’objectif est de réduire les dépenses publiques via des « transferts au secteur privé ». Il cherche notamment pour cela à « renforcer l’idée auprès des autorités publiques qu’il faut investir pour la retraite dans les marchés de capitaux ». BlackRock a également publié une note
« Loi Pacte: le bon plan Retraite » avec des recommandations visant à généraliser les plans d’épargne retraite.

Parmi les solutions proposées, on retrouve les incitations fiscales à investir dans des plans d’épargne retraite. Pour BlackRock, l’enjeu est double. D’abord, continuer à gagner en influence par son poids dans l’économie, et aussi réorienter un flux massif de capitaux (le budget des retraites en France représente plus de 300 milliards d’euros par an) vers la finance de marchés, et ainsi contribuer à alimenter la demande de titres boursiers, et la valeur qui va avec.

Article de Pierre Grimaud dans Lignes d’attac d’avril 2020.

Il faut également savoir que cette réforme va renforcer le séparatisme des hauts revenus :

Bluewashing 3.0

Le Forum économique mondial de Davos capture l’ONU, et personne ne  s’en aperçoit. L’été dernier, l’Organisation des Nations unies (ONU) a conclu discrètement un vaste partenariat avec la plus grande organisation de lobbying au monde : le Forum économique mondial (WEF pour World Economic Forum). La société civile monte désormais au créneau contre cet accord qui entérine la primauté de l’économie sur la politique et dépouille l’0NU de son rôle de garante internationale du respect des droits humains.

Pour le 50ème anniversaire du WEF, Klaus Schwabi a offert à son bébé le plus beau cadeau qui soit. Un rêve de longue date devient réalité pour le fondateur du WEF : le 13 juin dernier, le WEF et l’ONU ont signé un « cadre de partenariat stratégique », qui vient miner encore la légitimité et l’autorité de l’instance internationale, déjà mise à mal par MM. Trump et consorts, et offre aux multinationales une influence
directe sur de nombreuses commissions et programmes.

Fait presque aussi scandaleux que ce putsch du secteur privé contre le multilatéralisme étatique, celui-ci a été orchestré à l’écart des regards
du public : aucun grand média n’a encore analysé le contenu et les conséquences de ce document qui, fait révélateur, n’est disponible que sur le site web du WEF… Les quatre pages du « protocole d’accord » semblent susciter un tel inconfort que le service de presse de l’ONU s’est contenté de publier une photo de la cérémonie de signature à New York.

En route vers une ONU de type « public-privé »…
Le quatrième pouvoir a ignoré ici un moment historique de la « corporate capture », entendez l’intrusion systématique d’acteurs économiques dans les institutions politiques, et ses conséquences toujours plus grotesques. Dans cette dangereuse redistribution des pouvoirs, le club de Davos joue depuis longtemps un rôle moteur. Avec sa « Global Redesign initiative », le WEF a déjà posé, il y a dix ans, la pierre angulaire de l’accord récemment signé.

Ce document de 600 (!) pages présentait un nouveau modèle de gouvernance basé sur des processus dits multipartites, ne se souciant guère d’une quelconque légitimation démocratique et garantissant aux entreprises un rôle déterminant, voire prépondérant. Le spectre d’une ONU de type «public-privé» semble désormais se matérialiser, pas à pas, par cet accord de coopération qui couvre l’ensemble des questions sociopolitiques actuelles, du changement climatique à la numérisation,
en passant par la santé et l’égalité hommes-femmes.

Public Eye critiquait déjà le « blanchiment d’image » des multinationales à travers les institutions internationales après l’annonce à Davos, évidemment- par l’ancien secrétaire général de l’0NU du « Pacte mondial ». Ce tigre de papier sert encore aujourd’hui de voile de pudeur pour les multinationales et a grandement entaché la crédibilité de l’ONU.

Extrait d’un article de Lignes d’attac de janvier 2020.

Les librairies indépendantes font de la résistance

Dix-neuf ans après la création de la filiale française d’Amazon, le nombre des librairies est resté stable. La France compte aujourd’hui 3200 points de vente de livres qui réalisent 40% des ventes et emploient près de 11 000 salarié-e-s. Un record mondial !
Ainsi, il y a plus de libraires dans l’hexagone que sur l’ensemble du territoire états-unien où le nombre de ces commerces a plongé de 48 % en cinq ans.
Néanmoins, Amazon tient la corde dans les grandes villes et auprès des jeunes victimes de la dictature de l’urgence, et taille des croupières à la grande distribution (disparition de Virgin, réduction des rayons livres à la Fnac au profit des jeux).

La librairie indépendante génère deux fois plus d’emplois que dans les grandes surfaces culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution et 18 fois plus que dans le secteur de la vente en ligne. Principale raison de l’exception culturelle française : le prix unique du livre mis en place par Jack Lang en 1982, le taux de TVA a 5,5% et la loi Hamon de 2014 sur la gratuité des frais de port (qu’Amazon s’est empressée de contourner en créant un tarif d’expédition a 1 centime d’euro).

Mais la principale tactique de résistance c’est le regroupement des librairies via des portails collectifs. Le site librairiesindependontes.com créé en juin 2017 par le syndicat de la librairie française rassemble ainsi 700 librairies adhérentes et permet au lecteur-trice-s de repérer immédiatement le livre qu’il cherche dans la librairie la plus proche.
Même démarche avec le site librest.com, un réseau de 10 librairies du Grand Paris ou lalibrairie.com qui permet de commander des livres et de les faire livrer gratuitement chez l’un de ses 2500 partenaires (librairies et diffuseurs de presse) ou directement à domicile.
L’extension pour navigateur Amazon killer permet aussi, quand on visite la page d’un livre sur Amazon, de pouvoir le trouver dans une vraie librairie à côté de chez soi. L’application est gratuite et peut s’installer sur la majorité des navigateurs Internet.

L’enseigne des éditions Presses universitaires de France (PUF) fait encore plus fort en proposant depuis 2016 un service d’impression à la demande. Un robot, l’Espresso Book Machine (EBM), permet d’imprimer un livre en quelques minutes, à choisir parmi une sélection de près de 5 000 titres. Mais surtout, les libraires misent sur l’attachement des Français-e-s aux commerces de proximité, nettement plus conviviaux que les algorithmes d’Amazon. Les enseignes tendent de plus en plus à devenir des lieux de vie, multipliant les événements : lectures, rencontres avec des auteurs et autrices…

Article d’Isabelle Bourboulon dans Lignes d’attac de septembre 2019.

Privatisation du groupe ADP

« un pur et simple cadeau au privé »

Le projet de privatisation du groupe ADP (ex-aéroports de Paris) a fédéré l’opposition, excepté le Rassemblement national (RN), contre le gouvernement.
Présenté avec la loi Pacte, le projet prévoit aussi la cession de la Française des Jeux et d’Engie.
Malgré le rejet du Sénat, l’Assemblée nationale l’a adopté le 11 avril.
En réaction, 248 parlementaires ont lancé une procédure pour un référendum d’initiative partagée, validée par le Conseil d’État. Reste encore à récolter 4,7 millions de signatures en neuf mois, pour déclencher un référendum sur le « caractère de service public » des aéroports concernés.

De cet imbroglio législatif ressort surtout la contradiction de ce projet avec l’intérêt général. Rien ne justifie la vente d’ADP, ni sur le plan politique, ni sur le plan économique. Le groupe ADPR gère l’ensemble des aéroports d’Île-de-France, dont Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly.
Un outil stratégique, car ils représentent 80 % du trafic aérien depuis l’étranger. Le groupe possède également 8 600 hectares de terres en Île-de-France, qui seraient laissées a la discrétion du secteur privé.
L’État français demeure majoritaire au sein d’ADP, avec 50,6 % des parts. Elles lui ont rapporté 9,7 milliards d’euros en cotation boursière et 174 millions d’euros de dividendes en 2018. En les vendant, il escompte en tirer environ 8 milliards d’euros, qui seront versés dans un fonds destiné à « l’économie de rupture ». Ce placement générerait 250 millions d’euros en dividendes. Une somme qui comprend en réalité les cessions cumulées du groupe ADP, de la Française des Jeux et d’Engie, bien inférieure à ce que rapporte actuellement ADP.

Pour faire passer la pilule, Bruno Le Maire a évoqué une « concession » plutôt qu’une privatisation. Les actionnaires minoritaires actuels devront alors être dédommagés entre 500 millions et 1 milliard d’euros pour le « préjudice subi ». La durée de cette concession sera également hors-normes : 70 ans, alors que les équipements sont rentables et ne nécessitent plus de lourds investissements. En outre, cela signifie que l’État devra racheter ses parts au terme de cette durée. Une gageure en ces temps de restrictions budgétaires… Au final, c’est un magnifique cadeau au privé que fait Emmanuel Macron, qui poursuit ici sa logique de démantèlement de l’État.

Article d’Ambre Lefevre dans Lignes d’attac de juillet 2019.

Pour soutenir la proposition de référendum : referendum.interieur.gouv.fr/initiatives_encours

Néo-Extractivisme

L’extractivisme a certes toujours existé en Amérique latine, mais depuis quelque temps nous assistons à une accélération de l’extraction des ressources du sous-sol.
Dans un conte×te de crise socio-écologique, la majorité des gouvernements ont adopté un modèle néolibéral de mal-développement qui accentue la pression sur les biens et les terres.
En exigeant toujours plus de ressources minières et énergétiques, il crée des phénomènes croissants de dépossession territoriale.

On distingue actuellement plusieurs formes de néo-extractivisme : la multiplication des projets miniers d`or, d’argent et de cuivre qui sont le fait d’entreprises canadiennes et, de plus en plus, chinoises ; l’exploitation des terres rares utilisées dans les technologies de pointe (lasers, radars, etc.) et dans l’industrie du numérique et celle des gaz et pétroles de schiste par fracturation hydraulique (le « fracking ») ; enfin, la construction de méga-barrages hydroélectriques, notamment en Argentine et au Brésil, qui sont un désastre pour l’environnement.

C’est surtout à partir de 2013-2015 que s’est intensifié le néo-extractivisme lié aux énergies extrêmes : fracking, off-shore profond, sables bitumineux.
Le site de Vaca Muerta en Argentine a commencé à cette époque a être exploité avec une vision « eldoradiste » totalement irréaliste : le pays allait soi-disant devenir une puissance énergétique mondiale… alors que nous importons toujours du gaz de Bolivie ! Le fracking a colonisé toute la province de Neuquen, le sud de celle de Mendoza et dans l’Alto Valle de Rio Negro, il s’est même développé au milieu des plantations traditionnelles de poires et de pommes.

Le gouvernement entretient un discours totalement hypocrite qui mêle les intérêts des producteurs de fruits à ceux des compagnies pétrolières ; lesquelles sont subventionnées, en particulier lorsque les cours mondiaux du pétrole baissent, afin de les inciter à rester.
[…]
Le néo-extractivisme s’est ensuite étendu au Mexique et à la Colombie. Bien sûr, il y a des résistances, en particulier lorsque les syndicats sont en lien avec les communautés locales. Par exemple, en Colombie, ou les travailleurs du pétrole sont contre la fracturation hydraulique et mènent des actions en vue de l’interdire. Mais jusqu’ici, seul l’Uruguay a imposé un moratoire sur le fraocking. Au Mexique, le président Lopez Abrador s’est également engagé dans ce sens pendant sa campagne ; mais qu’en sera-t-il vraiment ?

[…]

La répression est en effet terrible : l’Amérique latine est la région du monde où l’on assassine le plus les militant-e-s des droits de l’homme, les femmes et les activistes environnementaux qui militent contre l’extension des mines et l’agrobusiness (la déforestation massive, l’utilisation des pesticides…). […]

Extraits des réponses de Maristella Svampa, sociologue argentine, dans un entretien réalisé par Isabelle Bourboulon dans Lignes d’attac d’avril 2019.

Marches pour le climat

Depuis septembre 2018, un mouvement pour le climat s’affirme et devient visible dans l’espace public en France.
[…]
Les marches pour le climat questionnent donc les formes d’organisation, les revendications et les messages politiques qui sont formulés. Si, souvent, la cause climatique apparait consensuelle, son cadrage médiatique étant porteur d’une idée d’uniformité des responsabilités, des responsables et des victimes, des mobilisations collectives prolongées peuvent permettre la production d’un autre discours, reposant tout autant sur le sentiment d’urgence que sur la nécessité de s’attaquer aux causes du phénomène. Pour le dire autrement, les changements climatiques ne sont pas un problème pour de lointaines générations futures, c’est un problème de l’ici et maintenant.

Par ailleurs, il existe une incompatibilité entre le sauvetage du climat et la préservation d’un système dominé par la finance, les énergies fossiles, le culte de la croissance et la libre
concurrence. En ce sens, les politiques, à l`instar d’Emmanuel Macron, qui se prétendent « pro climat » tout en accentuant les politiques libérales sont à combattre.
De plus, à l’échelle planétaire ou plus locale, tout le monde n’est pas impacté de la même façon par les changements climatiques et les dégradations environnementales : la lutte contre les changements climatiques doit être une lutte pour la justice sociale ; de même, il existe des responsables des changements politiques, ils sont nombreux, et c’est contre eux que doit se diriger notre colère.

La révolution énergétique que nous défendons n’est donc pas seulement, et pas d’abord, un changement technologique, elle implique un changement plus global dans tous les secteurs productifs pour avancer vers la sobriété. La géo-ingénérie et tous les jokers technologiques ne peuvent être une solution, et sont là avant tout pour reculer le moment de prendre des décisions d’ampleur. Dès lors, les changements climatiques sont un problème global qui ne peut trouver de solutions dans des formes de repli local/national(iste) mais appelle au contraire le déploiement d’une solidarité internationaliste. La résolution, même partielle, de la question climatique ne viendra que de mobilisations et d’initiatives massives et multiformes.

Extraits d’un article de Vincent Gay, Maxime Combes et Julien Rivoire dans Lignes d’attac de janvier 2019.

Évasion fiscale

L’industrie de l’évasion fiscale au grand jour

Luxleaks, Swissleaks, Panama Papers : les scandales fiscaux se suivent et se ressemblent… ou presque. Le dernier en date, celui des Paradise Papers, montre davantage que les précédents qu’une part importante de l’évasion fiscale provient de failles « légales », exploitées à l’extrême.
Une « optimisation agressive » qui ne saurait exister sans la complaisance des États et l’aide de cabinets de conseil qui conçoivent des montages toujours plus complexes. Ainsi les Paradise Papers remettent sur le devant de la scène les failles fiscales de certains pays européens.
Ils révèlent que Nike délocalise artificiellement ses bénéfices aux Pays-Bas où elle exploite une disposition sur les redevances pour ne payer que 2 % d`impôt sur ses bénéfices. Tandis que Facebook se sert de l’Irlande pour faire transiter ses bénéfices vers les iles Caïmans sans qu’ils ne soient jamais imposés.
La suppression annoncée de ces failles fiscales ne doit pas nous leurrer : chaque fois qu’une faille est comblée, les multinationales en trouvent de nouvelles.

Le cas d’Apple illustre parfaitement cette situation. Ses filiales irlandaises, qui recueillent les deux tiers de ses bénéfices mondiaux, ne déclaraient tout simplement pas de résidence fiscale jusqu’en 2O13… À la suite de l’enquête menée par la Commission européenne cette année-là, l’Irlande a modifié sa législation fiscale, ce qui a conduit Apple à domicilier ses filiales à Jersey pour continuer d’éviter l’impôt.
Puis en 2O14, à nouveau sous la pression internationale, l’Irlande annonce que ce type de domiciliation dans des paradis fiscaux sera définitivement interdite en 2020. Mais, au même moment, elle crée une super déduction fiscale sur les droits de propriété intellectuelle. Face à cette industrie de l’évitement de l’impôt, la réponse des autres gouvernements n’est pas à la hauteur, et il revient aux mouvements sociaux d’accentuer la pression pour changer les règles du jeu.
Durant sa campagne contre Apple, Attac a porté la revendication d’une taxe globale sur les multinationales qui consisterait à calculer leurs bénéfices imposables sur la base d’indicateurs objectifs de leurs activités dans chaque pays : nombre de salariés, équipements et niveau des ventes. Cette mesure permettrait de neutraliser les transferts artificiels de bénéfices et constitue donc une revendication forte pour nos prochaines campagnes et lors des futurs scandales fiscaux, qui ne cesseront pas d’advenir…

Article de Quentin Couix dans Lignes d’attac de janvier 2018.

Coopération

On peut en effet considérer que l’organisation des citoyen.ne.s pour prendre en main leur destinée trouve son origine quand les travailleurs des grandes entreprises, qui ne leur procurent aucune forme de protection sociale, décident de mutualiser des moyens leur permettant, grâce au principe de solidarité, de pallier les aléas de la vie (sociétés de secours mutuel, d’associations ouvrières de production ou de consommation), malgré l’interdiction décrétée par la loi Le Chapelier en 1791. La charte de la mutualité date de 1898, le droit d’association est reconnu en 1901.

Par la suite, toute une série de lois vont encadrer des activités fondées sur les principes suivants : libre adhésion, gouvernance démocratique, autonomie par rapport à l’État, a-capitalisme ou lucrativité limitée, formation et conscientisation des adhérent.e.s, inter-coopération et utilité collective. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance, en créant le système social garanti par l’État, valide le principe de solidarité entre tous les citoyens. […]

À l’encontre des principes du système d’organisation capitaliste et patriarcal, il s’agit de rechercher la coopération et non la compétition des agents économiques, la distribution équitable des produits de l’activité contre l’accumulation au sein de fortunes privées, le droit de participation des travailleurs aux décisions qui les concernent contre le diktat des actionnaires,
légalité d’accès aux biens de première nécessité pour tou.te.s quand le capitalisme repose sur l’exploitation des personnes.

Plus récemment, la question écologique s’est invitée à son tour pour devenir un élément pivot, notamment dans les domaines de l’énergie, de la consommation responsable, des transports « doux ». Les alternatives concrètes représentent un contre-exemple au modèle fondé sur l’hyper-richesse des un.e.s et l’hyper-pauvreté des autres, cherchant à démontrer qu’il est possible d’organiser une société dans laquelle une vie décente est assurée à chacun.e, tout en préservant les ressources de la planète par un principe de sobriété des consommations et l’utilisation de méthodes garantissant la reproduction de la ressource.

Redonner du sens politique au quotidien

Attac a affirmé dans son dernier rapport d’orientation, à côté de la décision de dépasser le capitalisme et le patriarcat, sa volonté de s’engager dans des expériences de transition. Dans sa charte, le Forum Social Mondial se détermine comme un « processus permanent de recherche et d’élaboration d’alternatives ».
[…]
Par ces alternatives, les citoyen.ne.s se réapproprient les questions qui les concernent, interrogent leur façon de consommer, de produire, voire la place que consommation et production ont dans leur vie, et plus généralement leur mode de vie. Elles sont une manière de redonner du sens politique aux gestes quotidiens, d’avoir des pratiques où le pouvoir sur son existence n’est plus délégué mais partagé, de construire des expériences de démocratie directe, d’autogestion… et au final de reconquérir pratiquement ces « espaces perdus par la démocratie ».[…]

Extraits d’un article de Josette Combes et Hervé Roussel-Dessartre dans Lignes d’attac d’octobre 2017.