Réforme de l’éducation

[…]En résumé. voici ses objectifs : faire des économies, l’objectif n’est donc pas pédagogique mais comptable. Accentuer la concurrence entre établissements afin de préparer la privatisation de l’école et pour commencer, aggraver la fuite des élèves vers le privé sous contrat. Agrandir le marché de l’éducation extra-scolaire. Ouvrir un marché du supérieur en raréfiant l’offre de formation et assurer la position dominante des formations les plus prestigieuses en leur permettant de sélectionner encore davantage leur public payant.

Epilogue

Afin de faire croire à l’urgence de réformer le bac, le Lycée et l’accès au supérieur, le gouvernement a exagéré les dysfonctionnement d’APB et a menti sur sa nature. Seuls 4000 bacheliers ont été privés d”un accès au supérieur sur 600 000. Ce sont principalement des bac pro qui n’ont pas eu accès au BTS de leur choix. Bien que la plate-forme APB soit critiquable par ailleurs, on ne peut pas lui imputer le manque de places dans le supérieur. Par exemple, on ne peut pas la rendre responsable du fait qu’il y a 150 000 étudiants de plus pour 10 000 postes d’enseignants de moins dans le
supérieur. Il aurait été plus simple et plus honnête de créer 4000 places en BTS et les réserver aux titulaires d’un bac professionnel (pour un pays de 66 millions d”habitants avec un PIB dépassant les 2000 milliards d’Euro, ce n’est pas un effort énorme, surtout lorsque les entreprises ont besoin d’une main d’œuvre formée).

Il en va de même pour le tirage au sort, inacceptable en effet, mais qui n’a concerné que 3000 lycéens. De la même manière, afin de fragiliser l’université, le gouvernement a déformé la réalité du taux de réussite dans le supérieur. Certes, un tiers des étudiants seulement termine avec succès sa première année. Mais c’est en partie en raison d’un numerus clausus absurde dans certaines filières (par exemple en médecine alors que la France manque de médecins) et cela ne tient pas compte du fait que beaucoup d’étudiants se réorientent avec succès. A tel point que le taux d’étudiants qui sortent du supérieur avec un diplôme est de 80%. C’est le plus élevé de l`OCDE!
Dans une approche respectueuse de la jeunesse, le tâtonnement en début d’étude doit être accompagné, c’est pour certains un passage obligé de la construction de soi. Vouloir mettre les jeunes
étudiants à toute force dans une case dont ils ne peuvent sortir relève d’une vision comptable, catastrophique d’un point de vue éducatif.

Nous avons le temps de réfléchir, il existe des problèmes, mais il n’y a pas urgence à sacrifier une génération qui a déjà été déstabilisée par la réforme du collège en lui imposant une nouvelle réforme mal conçue à marche forcée. Une étude menée au Québec concernant la réforme de l’éducation de 2010 a en effet montré que l’investissement imposé aux enseignants pour s’adapter à une réforme avait des effets négatifs sur les élèves, indépendamment de la qualité de la réforme.

Vous voulez vraiment favoriser l’égalité à l’école M. Blanquer ? Commencez par donner une place à l’université à tous les lycéens. Utilisez les moyens des CPGE pour faire des classes de remise à niveau pour les plus faibles. Repoussez la sélection à l’entrée des grandes écoles au niveau licence.
Rétablissez la séparation des pouvoirs académiques en libérant les corps d’inspections de la tutelle des Rectorats afin qu’ils donnent des instructions aux correcteurs des examens fondées sur des exigences pédagogiques plutôt que des exigences comptables (donner le bac pour que les élèves ne coûtent pas cher en redoublant).
En effet, il est insupportable de constater que ce sont les mêmes (Blanquer en tête), qui font pression depuis des années sur les examinateurs du bac pour qu’ils baissent leur niveau d’exigence, qui aujourd’hui versent des larmes de crocodile sur le niveau.

Ce sont aussi eux qui ont privé l’école des moyens nécessaires. Vous pouvez aussi militer pour une baisse des écarts de revenus entre les Français, l’école ne faisant que reproduire les inégalités, on ne peut pas l’accuser de les créer. Vous pouvez aussi réduire le nombre maximum d’élèves par classe. Vous pouvez faire une carte scolaire qui garantisse une réelle mixité sociale. Vous pouvez enfin nationaliser les lycées privés qui empêchent, par leur existence, la carte scolaire de jouer pleinement son rôle, en plus de constituer une atteinte à la laïcité… Il y a donc beaucoup à faire, mais pas cette réforme bâclée.

Dernière partie d’un long article de Laurent Paillard dans le trimestriel Les Zindigné(e)s de mars 2018.

Les classes des élites

[…] Les classes des élites économiques et des pouvoirs publics disposent d’intérêts économiques communs. Ce principe fonctionne dans les systèmes capitalistes, mais aussi dans les autres systèmes, qu’ils soient communistes, socialistes, fascistes, monarchique… […]

Michel et Monique Pinçon-Charlot montrent qu`à la différence de la majorité des classes populaires, les classes sociales économiquement élevées ont une conscience de classe forte, elles connaissent leurs intérêts communs, les défendent et s’entraident fortement pour défendre leurs acquis et leurs intérêts de classe…
La classe sociale des élites des pouvoirs publics (élus, ministres, directeurs de la haute fonction publique…) ne dispose pas majoritairement de la propriété des moyens de production, mais lorsque ces membres possèdent des revenus ou un patrimoine financier suffisant, ils peuvent acheter des actions. Ces dernières leurs confèrent une partie de la propriété des moyens de production et les placent, dans ce cas en partie dans la classe patronale. Cependant, certains présidents élus aux commandes de leur pays, se rangent quant à eux, clairement dans la classe patronale, […]

La classe des élites des pouvoirs publics appartient très majoritairement aux classes socio-économiques élevées. Ses membres disposent beaucoup plus hauts salaires que la classe moyenne. Il possède aussi généralement, un patrimoine supérieur à cette dernière, dès le début de leur carrière politique ou publique (pour les bureaucrates), du fait de leurs classes socio-économiques d’origine, qui est généralement élevées. Il y a très peu d’élus nationaux issus de la classe moyenne, encore moins de classe prolétaire et ils sont encore plus rares. parmi les élites des pouvoirs publics. Il existe toujours quelques exceptions, qui permettent aux classes des élites de masquer ce déterminisme de classe […]

La dépendance psychique au pouvoir et à ses symboles unit les classes des élites économiques et des pouvoirs publics. En effet, l’appartenance à une classe sociale ne se limite pas au critère économique, il porte aussi sur le niveau hiérarchique. L’appartenance à la classe des élites des pouvoirs publics suppose de disposer d’un poste au sommet de la « classe régnante » et d’être en capacité d’exercer une certaine influence. Pour conserver ce pouvoir, il faut non seulement une connivence idéologique avec la classe des élites économiques capitalistes, mais il faut ressentir un besoin de nature psychologique de ne pas perdre ce pouvoir, ou même de l’accroître. […]

Il s’avère donc difficile d’accéder à la classe des élites des pouvoirs publics, en tant qu’élue ou bureaucrate, en servant prioritairement l’intérêt général des classes moyennes et populaires, avant l’intérêt des classes dominantes… Car dans ce cas, cet individu sera perçu comme hors norme et va donc détonner. La classe des élites aura donc tendance à la mettre de côté et par conséquent il descendra dans la hiérarchie, si tant est qu’il soit déjà parvenu à se hisser jusqu’à ce niveau.

Extraits d’un article de Thierry Brugvin dans Les Zindigné(e)s de décembre 2017.

Sur le même sujet : La technocratie, nouvelle classe dominante et La classe moyenne soutient les riches.

Vaccination : état d’urgence !

[…] Les groupes de biotechnologie avaient déjà lancé l’attaque en imposant un vaccin hexa-valant. Ils avaient tout simplement rendu indisponible l’ancien vaccin DTP (obligatoire) pour obliger les parents à vacciner contre trois autres agents pathogènes (non obligatoires) […]

Signe des temps, dans la nouvelle guerre secrète des agents pathogènes, la France « En Marche » avance loin devant à pas de géant en somnambule. Mais dans le même temps à l’arrière, plus lucide, l’Europe s’attend à la recrudescence des victimes collatérales et semble vouloir éviter l’inévitable scandale sanitaire et la « class action ». À la mi-juin, la Cour de justice de l’Union européenne décidait d’alléger le parcours du combattant des victimes de la vaccination. […]

« Aujourd’hui, la rougeole réapparaît, il n’est pas tolérable que des enfants en meurent : dix sont décédés depuis 2008. […] »
« On a le même problème avec la méningite. Il n’est pas supportable qu’un ado de 15 ans puisse mourir parce qu’il n’est pas vacciné. »
[…]
« Il n’est pas tolérable », « il n’est pas supportable », la ministre parle avec ses tripes pour faire vibrer la corde sensible de l’opinion publique et surtout imposer massivement aux parents l’inacceptable sur le plan sanitaire. On ne peut quand même pas traiter la population humaine avec la violence des pratiques vétérinaires en cours dans le domaine de la zootechnique industrielle…

Non, madame la ministre, 10 morts en 10 ans ne constituent ni une menace épidémique ni un problème de santé publique. Aussi traumatisant que cela puisse être pour les parents, ces cas exceptionnels doivent en toute logique épidémiologique être analysés dans leur situation médicale ou médico-sociale avant d’affirmer une résurgence menaçante et imposer l’extension de l’état d’urgence à la petite enfance.
Et fort probablement, comme depuis toujours, on découvrira sans peine que la misère sociale, la paupérisation, fait le lit de ces tragédies microbiologiques… Mais il est vrai dans le contexte actuel, que l’asservissement du travail au capital, comme le prévoit la « Loi Travail ! », ne prépare rien de bon. Avec la précarisation sociale générale, elle risque en effet de faire resurgir le risque microbiologique…

Extraits d’un article de Jean-Marc Sérékian dans la revue Les Zindigné(e)s de juillet-août 2017.

Sur le même sujet, il faut absolument lire l’article Semblant de démocratie.
On peut également trouver de nombreux articles ailleurs sur le web, comme par exemple : collusion entre le gouvernement et Sanofi.

NégaWatt

C’est un secret de Polichinelle… En tant qu’entreprise vendant de l’électricité atomique, EDF, criblée de dettes, survit dans son parc délabré en limite de la faillite. Même si la présentation soignée de l’état de ses finances apparaît moins préoccupante que celle d’Aréva, après Fukushima, il n’y a plus d’illusion possible sur l’avenir du fleuron national.
[…]
Alors changement de décor, en tant qu’entreprise possédant potentiellement des milliards de kilowatts heure futurs, EDF dans sa friche industrielle et plus particulièrement ses actionnaires peuvent sereinement tabler sur un avenir radieux, assuré jusqu’à la fin du siècle. Par le jeu des tribunaux arbitraux, de nouveaux comportements prédateurs ont vu le jour sur les États… Mais en définitive les victimes ce sont nous.
C’est ce que nous apprennent les tractations politico-financières avec les actionnaires pour rendre possible la fermeture de la centrale de Fessenheim. Des « manque-à-gagner » se sont négociés au prix fort et la facture sera calculée au prorata du prix futur du Mégawatt heure… Les estimations, même les plus raisonnables, se chiffrent en milliards.

[…] on doit au physicien américain, Amory Lovins, le concept de Négawatt. Ce vieil expert en énergie, fondateur du Rocky Mountain Institute en 1982 et anti-nucléaire convaincu, avait été frappé, comme beaucoup de ses contemporains, par l’invraisemblable gabegie d’énergie du système économique et technique étatsunien. Dès les années soixante, il pouvait chiffrer pour son pays, le gisement potentiel de NégaWatt. Le calcul en révélait des milliers de milliards.
De quoi s’agit-il ? Les NégaWatt sont les kilowatts heure qu’il serait tout simplement inutile de produire si une réelle volonté politique orientait l’économie vers la sobriété et l’efficience énergétique…
[…]
En France, il y a une association d’experts en énergie qui depuis le début les années 2000 propose un scénario NégaWatt associant sobriété, efficience énergétique et déploiement des énergies renouvelables.
[…]
Bien évidemment ces milliards de Négawatt utilement retirés de l’économie réelle ne coûtent pas un kopeck, mais dans la fameuse économie dématérialisée ultralibérale des transnationales, de nouveaux négawatt ont vu le jour et se négocient aujourd’hui à prix d’or.

Le cas allemand et les Neo-Négawatt de Vattenfall

Décidément l’imposture internationale de l’énergie atomique s’est inscrite dans la durée. Elle concerne non seulement les domaines techniques, sanitaires et environnementaux bien connus, mais s’ajoutent les procédures juridiques et financières.
En 2011, après la catastrophe de Fukushima, l’État Allemand a pris la sage décision de sortir le pays de la menace nucléaire. Mais ce fut sans compter la voracité économique des transnationales impliquées dans cette industrie. C’est la qu’apparaissent les nouveaux NégaWatt virtuels, qui ne seront ni produits ni consommés, mais que les acteurs du secteur souhaitent facturer à la collectivité.
[…]
Ces calculs sordides de la nouvelle économie, faisant fi de la santé et sûreté publique, se font sur la base des mégawattheures que les fermetures empêcheront de produire et de vendre…

Les NégaWatt de Fenssenhien

Coté tractation financière rien n’avait fuité ou presque. Coté politique politicienne, l’affaire de Fessenheim refaisait surface avec la nouvelle échéance présidentielle.
[…]
Côté mécano français, à la veille du scrutin, EDF avait encore une fois décroché le jackpot de son État, actionnaire principal, avec un décret en trompe l’œil de fermeture conditionnelle.
[…]
Le montage des tractations financières de fermeture de Fessenheim réserve en effet quelques surprises de taille, entre autre chose la durée de vie de la centrale sur laquelle se font les calculs de dédommagements des actionnaires.
[…]
Si sur le plan technique, selon l’ASN, le gendarme de Saint-Tropez du nucléaire, la prolongation de la durée de vie des réacteurs jusqu’à 60 ans n’est toujours pas acquise, il semble qu’il en va différemment dans l’économie dématérialisée du marché dé-régularisé de l’énergie.
Entrée en fonction en 1978, la centrale de Fessenheim aurait dû fermer trente ans plus tard, en 2008. Mais c’était sans compter sur une généreuse bonification générale du parc nucléaire tricolore. Ainsi la date de 2041 apparaît dans les calculs sur les néo-négawatt facturée aux contribuables français. Pour la centrale de Fessenheim cela fait une retraite virtuelle à 65 ans.
Surprise de taille, en effet, c’est sur cette base que s’établissent les négociations de fermeture de Fessenheim. Trente-trois ans en plus d’activité, c’est autant de négawatts dans la corbeille des négociations !
[…]
Derrière le projet de prolongation de la durée de vie des réacteurs jusqu’à 60 ans et plus se cache l’une des plus grosses arnaques de la 5ème République.

Extraits d’un article de Jean-Marc Sérékian dans Les Zindigné(e)s de mai-juin 2017.

Revenu universel

Le débat qui divise aujourd’hui les gauches et l’écologie au sujet d’un revenu universel me semble un vrai/faux débat qui n’existe que dans la mesure où nous ne poussons pas assez loin la remise en cause des logiques mortifères du capitalisme et du productiviste.

Méfions-nous par exemple des fausses oppositions : il y a autant d’adeptes de la réduction du temps de travail (retour à la retraite à 60 ans, 32 heures) parmi les défenseurs que chez les adversaires du revenu universel. Nous sommes également nombreux parmi les adeptes d’un socle social émancipatoire à reconnaître que le travail constitue un élément important de la construction de soi […]

L’avantage d’un revenu universel, au maximum démonétarisé bien sûr, est de reconnaître la droit à chacun d’accéder à un certain nombre de biens et de services permettant de vivre bien, qu’il s’agisse de la gratuité de l’école, des soins, de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et pourquoi pas sociale, des services culturels ou funéraires, du logement social, d’un bouclier énergétique, etc. Cette liste n’eut en rien limitative, il ne s’agit surtout pas de faire de ce revenu universel un revenu de survie, une trappe à pauvreté, […]

À titre exploratoire nous avons proposé de retenir un nouveau paradigme qui est celui de la gratuité du bon usage face au renchérissement ou à l’interdiction du mésusage. Précisons que n’existe pas de définition « scientifique » (au sens d’objective) et encore moins moraliste de ce qui serait le bon ou le mauvais usage.
Le seul arbitrage possible est là encore de nature politique. C’est apprendre ensemble à différencier les usages : pourquoi payer ainsi son eau le même prix pour faire son ménage ou remplir sa piscine privée ? Nous devons garantir le libre-accès à 1’eau vitale et renchérir le reste. Ce qui vaut pour l’eau vaut pour d’autres biens et services.
Les centaines d’expériences en cours prouvent en effet qu’il ne s’agit jamais de rendre gratuits les produits et services existants mais d’utiliser le passage à la gratuité pour repenser socialement, écologiquement, démocratiquement l’ensemble des biens et services.

Un revenu démonétarisé permet non seulement de faire davantage société mais de faire monde car il oblige à se poser sans cesse les questions de l’uti1ité et du sens. Choisir de donner un revenu démonétarisé c’est commencer non seulement à démonétariser mais à démarchandiser, et même à déséconomiser, nos sociétés, c’est donc, selon le vieux slogan écologiste, prôner le pouvoir de vivre avant le pouvoir d’achat.

Extraits de l’éditorial de Paul Ariès dans le journal Les Zindigné(e)s de janvier-février 2017.

COP Business

[…] Mais cette liste de mesures (de la COP 22), au reste peu lisible pour les profanes que nous sommes, ne doit pas être prise pour autre chose que ce qu’elle est : à savoir un prêche débité par une poignée de technocrates éclairés à destination des fidèles de la religion du développement durable. Car ce thème du « réchauffement climatique », reconverti récemment en « changement climatique », pour cause de problème d’indice de confiance sur les données thermométriques, constitue la victoire la plus éclatante du « green business capitalisto-croissanciste », autre appellation possible du « développement durable ».

Pour bien comprendre les rouages de cette affaire, il convient, dans un premier temps, de remonter à l’année 1988 avec la création du GIEC sous la houlette conjointe de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher et sous le chapeau du financement onusien. Le premier rapport de cet organisme-clef, publié en 1990, posait déjà les fondements d’une nouvelle forme de capitalisme, alimenté non plus avec l’argent du consommateur, mais avec celui des fonds publics, c’est à dire un capitalisme de connivence, dit capitalisme vert.
En effet les leaders politiques des pays développés, en tant que fidèles VRP de l’oligarchie industrielle mondiale, ont rapidement compris le parti qu’ils pouvaient tirer d’une alerte institutionnelle sur le climat. Outre le fait qu’ils phagocytaient le mouvement écologiste naissant, ils y voyaient la possibilité d’instaurer un système commercial gagnant/gagnant avec sa bénédiction.
Ce système allait consister, ni plus ni moins, à gagner de l’argent à la fois en polluant et en dépolluant, le tout sans ralentir le moins du monde la machine capitaliste croissanciste, puisqu’elle bénéficierait du label développement durable, désormais adoubé par les environnementalistes les plus initialement réfractaires.

Le protocole de Kyoto parachevait cette affaire en 1997 et devenait le bras armé de cette nouvelle entreprise planétaire. Il fut ratifié par 182 pays sur un total de 192 pays indépendants et consacrait la main mise sur le climat de l’International Carbon Business dont le pape mondial était (et est toujours) Al Gore, et dont les archevêques français sont Jean-Marc Jancovici (côté ombre) et Nicolas Hulot (côté lumière).

S’appuyant sur les thèses du GIEC, c’est à dire d’une équipe pléthorique de technocrates désireux d’asseoir une notoriété hégémonique sur la planète du savoir, ce protocole présente concrètement le double avantage pour les leaders politiques représentants de l’oligarchie industrielle mondiale, de pouvoir s’octroyer un certificat de sauveur de la planète après avoir eux même contribué à la mettre en danger, tout en créant un juteux dispositif de racket fiscal habilement ficelé pour leur profit et celui de leurs amis. C’est une nouvelle version de la recette du pompier pyromane, avec un fond de sauce relevé au capitalisme et un assaisonnement subtil à l’écologisme.

Extrait d’un article de Christian Laurut dans le journal Les Zindigné(e)s de décembre 2016.

Travail et libertés

[…] Gorz reprend à Marx l’énoncé selon lequel la liberté et la « vraie vie » se situent en dehors du travail. À partir de là, il est évident que « le seul moyen de vivre mieux, c’est de travailler moins ».

D’où la constante revendication ouvrière de la RTT, mais qui correspond aussi à une tendance lourde du capitalisme : l’économie de travail obtenue par l’accroissement incessant de la productivité (en 1900, on travaillait 5000 heures par an ; en 2013, 1537). Si pour Gorz la RTT est aujourd’hui un outil de transformation sociale, c’est parce qu’elle libère les capacités productives que les individus ont développées grâce à l’émergence de ce que Marx appelait l’intelligence collective (general intellect), c’est-à-dire les savoir-faire aujourd’hui étayés sur la maîtrise des TIC.
En se les appropriant, le capitalisme, que l’on peut dès lors qualifier de « cognitif », en a fait le principal facteur de production. Il s’agit donc de se les ré-approprier. On s’acheminerait ainsi vers une « société de l’intelligence », axée sur une sorte de « communisme du savoir ».

Les Zindigné(e)s : J’aimerais revenir sur la question épineuse du revenu social garanti que Gorz défend. Y a-t-il un rapport avec ce que vous venez de dire?

Willy Gianinazzi : Oui, nous sommes dans la même perspective du temps libéré. Le revenu social garanti, ou revenu d’existence, aurait pour but d’assurer aux individus les moyens matériels d’une transition vers d’autres modes de produire hors marché la richesse.
On ne serait plus contraint de travailler pour avoir un revenu, mais on aurait un revenu pour œuvrer sans contrainte.

Les Zindigné(e)s : Mais la pensée de Gorz semble évoluer vers la défense de la gratuité…

Willy Gianinazzi : À la fin de sa vie, Gorz radicalise un peu plus sa réflexion, influencé par la nouvelle critique marxiste du capitalisme que mènent Robert Kurz, Moishe Postone ou Anselm Jappe. Il se convainc que le revenu d’existence, qu’il continue cependant de défendre comme principe, pose problème parce qu’il prend la forme d’un versement monétaire qui rive les bénéficiaires à la consommation de marchandises. Il faudrait donc que cette allocation puisse s’exprimer autrement. Par exemple, en monnaies locales. Ou même, finit-il par penser, sous la forme d’échanges et de services gratuits que permettrait le développement des « biens communs ».

Les Zindigné(e)s :J’aime beaucoup chez Gorz l’idée que la sortie du capitalisme a déjà commencé. Il existerait donc un déjà-là, ce qui n’est pas sans conséquence sur la stratégie émancipatrice.

Willy Gianinazzi : Le capitalisme est fondé sur l’exploitation du travail. Or, les profits extraits de la production réelle de marchandises et de services sont beaucoup plus faibles que les rentes de monopole et les bénéfices provenant des produits financiers. C’est en ce sens que le dépassement du capitalisme a commencé. Mais de nouvelles façons de produire et de vivre sont encore très embryonnaires. Ce sont elles qu’il faut impulser à travers la RTT (qui devrait prendre à mon sens la forme du temps partiel choisi) et le revenu d’existence.

Extrait d’un entretien avec Willy Gianinazzi (qui vient de faire publier André Gorz, une vie) dans Les Zindigné(e)s de novembre 2016.

Dominants économiques

Depuis que le communisme, dernier modèle social qui s’opposait à leur hégémonie, s’est effondré, les dominants économiques sont en passe de conquérir le reste du monde. Leur vecteur de domination, l’argent, est devenu le principal voire l’unique marqueur de classe. A l’instar des dominants religieux et de territoire sous l’Ancien Régime, les dominants économiques façonnent aujourd’hui le monde selon la vision qu’ils en ont : un gigantesque marché planétaire, une économie ouverte mondialisée et dérégulée où tout, inerte ou vivant, se vend et s’achète.
Publicité et marketing commandent à chacun de consommer, encore et encore, dans le même temps la capacité à consommer démontre la richesse des individus, donc leur statut social, les enfermant dans un cercle infernal. Le travail est promu car il est au centre du système : il permet de produire, de gérer et de valoriser la production, créant la valeur captée par la classe dominante.

Les problèmes environnementaux découlant de l’utilisation toujours plus importante des ressources de la planète sont démontrés mais ne trouvent pas de résolution : car pour l’élite, accepter de reconsidérer la croissance et la production, ces deux clefs de voûte de notre ordre social, signifierait remettre en cause cet ordre social, et avec lui sa position dominante.

Dans la société primitive originelle, l’individu voyait ses intérêts propres satisfaits, mais devait également respecter ceux de la communauté sous peine de perdre ses soutiens et être déchu de son rang. L’apparition de la domination de champ fit disparaître cette réciprocité : les classes dominantes peuvent faire prévaloir leurs intérêts sur l’intérêt général sans risque direct pour leur position sociale. Les conséquences sont ces ravages sociaux et environnementaux que nous connaissons aujourd’hui.

La politique est, à son origine, une discipline noble, puisqu’elle élabore les lois s’harmonisant le mieux à la vie de ceux qui les décident – le peuple dans le cas d’une démocratie. Par sa fonction régulatrice, la loi est théoriquement supérieure à tout ce qui touche à la Cité : l’économie, le social, l’organisation politique….
Pour contrer cette prépondérance de l’intérêt individuel sur l’intérêt général, et parce qu’un dominant ne redoute rien de plus que perdre son statut, instaurer dans notre démocratie la possibilité de déchoir de ses fonctions un élu lorsque ses mandants estimeraient qu’il ne répond pas à l’intérêt général serait un premier pas dans la régulation des processus de domination. Réguler plutôt qu’empêcher, car l’humain ne peut échapper à sa nature.

Dernière partie d’un article de Jonas Eval publié dans Les Zindigné(e)s d’octobre 2016.

Peur et insécurité sociale

Les raisons d’avoir peur sont multiples. […] Ainsi, cela fait près de quatre décennies que l’insécurité sociale progresse dans notre pays, comme chez nos voisins européens du reste. L’emploi et les revenus sont de plus en plus souvent précaires, le taux de chômage réel de la population n’a jamais été aussi élevé, le nombre de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté augmente chaque année.
[…] Et l’anxiété est cousine de la résignation. Demain sera forcément plus sombre : par exemple, personne ne croit vraiment que la loi « travail » va améliorer le sort de la plupart des salariés.
Les attentats perpétrés en France par les « fous d’Allah » ont donc bon dos en ce sens qu’ils interviennent au sein d’une société en proie au doute quant à la quiétude nécessaire à son épanouissement. Ils offrent cependant l’occasion de mettre en place le cadre de contention d’une société toujours susceptible de ne plus accepter la soumission au néolibéralisme économique que l’on attend d’elle.

Les plus précaires des précaires sont les premiers visés par le durcissement de la gestion sécuritaire de la question sociale. Ainsi, l’on constate depuis quelques semaines un usage croissant et quotidien de la violence verbale et physique de la police à l’égard des migrants. Le 22 juillet, le démantèlement du dernier camp qui s’était formé aux abords du métro Jaurès dans le 19e arrondissement de Paris a donné lieu à des charges policières aveugles à coup de gaz lacrymogènes. Dans la nuit du dimanche 31 juillet, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à charger brutalement et à matraquer indistinctement ces déshérités, dont une vingtaine de femmes et d’enfants, pour les empêcher d’installer un nouveau campement.
La brutalité policière semble devenue la réponse commune à diverses franges de la société. Elle existe depuis longtemps désormais dans les quartiers populaires […] Les manifestants des « mouvements sociaux » en font également largement les frais lorsqu’ils se heurtent à des policiers qui frappent, gazent, matraquent, blessent et mutilent.

Les exemples font florès : opposants à la loi El Khomri, zadistes de Notre-Dame-des-Landes, contre-manifestants lors de la COP 21 à Paris en novembre 2015, mort de Rémi Fraisse à Civens en octobre 2014, éborgnés au flash-ball ici ou là. Les conflits du travail sont eux aussi l’occasion désormais d’une répression inédite : condamnation à des peines de prison ferme pour neuf salariés de Goodyear l’an dernier, validation en août dernier par Myriam El Khomri, Ministre du Travail, de la procédure de licenciement frappant Vincent Martinez, délégué CGT d’Air France (affaire dite de « la chemise ») Alors même que l’Inspection du travail avait refusé ce licenciement.
Ce « maintien de l’ordre » plus que musclé sonne comme autant d’avertissements lancés à l’adresse de tout citoyen à qui pourrait venir l’envie de s’opposer aux criantes injustices du temps, à l’arbitraire honteux frappant les plus faibles, aux délirants projets d’infrastructures destructeurs de l’environnement, aux reculs sociaux contenus par des lois adoptées sans vote parlementaire. […]
Face aux attentats « islamiques » leur manque de sérénité est patent. Ils agissent dans la seule urgence, loin de la réflexion et de l’apaisement des esprits que réclame la survenue de l’inédite barbarie. Cet affolement révèle un fait : l’impuissance du Gouvernement à soulager quelque peu la crise économique et sociale n’a d’égal que la puissance sans cesse renforcée des arsenaux policier et judiciaire. Une compensation dramatique à laquelle la Droite et le Front National surenchérissent forcément. Incontestablement, le manque de sérénité des gouvernants et la surenchère de leurs opposants sont communicatifs et aggravent ainsi la dérive anxiogène de notre société.
[…] En instrumentalisant le sentiment de peur – qu’ils contribuent à alimenter – au lieu de chercher à résoudre la crise économique et sociale, nos dirigeants – qui tous comptes faits ne dirigent plus grand-chose – ne font que nourrir l’animosité, pour ne pas dire la haine, envers des catégories sociales supposées ennemies de l’intérieur. La « Garde nationale » ou les milices d’autodéfense auront du pain sur la planche. Décidément, la peur a un sale air, un air de déjà vu, un air qu’il serait préférable de ne pas rejouer.

Extraits d’un article de Yann Fievet dans le mensuel Les Zindigné(e)s de septembre 2016.

Développement extractiviste

Le mirage du développement durable

Développement durable, éco-efficience, croissance verte, green new deal, etc., – la novlangue regorge d’oxymores anxiolytiques. L’un des derniers en date, la « dématérialisation de la croissance », laisse même entendre que l’économie mondiale peut croître plus vite en consommant moins de matières.

Multiplier les pains (et les poissons) ex nibilo est un rêve occidental vieux comme la Bible, et l’enthousiasme généré par les gadgets comme l’imprimante 3D, dont on attend qu’ils fabriquent tout ou presque à partir de presque rien, montre qu’il n’a rien perdu de sa force.

Les organisations internationales qui promeuvent l’objectif de dématérialisation assurent d’ailleurs qu’au cours du siècle dernier l’humanité a déjà fait une bonne partie du chemin. Il est facile de se laisser convaincre. Après une première « révolution » Internet au tournant des années 2000, voilà qu’aujourd’hui le tout- numérique, le tout-mobile, le tout-sans-fil nous donnent effectivement l’illusion de flotter dans l’éther. Pourtant, il n’en est rien : le constat est erroné et la promesse mensongère.

L’amélioration de l’efficacité matérielle et énergétique (économies de matières et d’énergie par unité de production effectivement constatées au cours du siècle dernier) n’a pas fait baisser la consommation globale. Sur la période de 1900 a 2005, alors que la population a quadruplé, l’extraction des matériaux de construction a été multipliée par 54, celle de minerais métalliques et industriels par 27, celle des combustibles fossiles par 12 et celle de la biomasse – “ressource » la plus directement utilisée pour couvrir les besoins de base, notamment alimentaires – par 3,6 « seulement ».
Entre « effet rebond » et exploitation de ressources nouvelles (pétrole, uranium, divers « petits métaux »…) qui s’additionnent à celles qu’on extrayait déjà auparavant (charbon, métaux industriels traditionnels, ressources agricoles…), le seul changement structurel observable au niveau mondial a été le passage d’une « économie organique », essentiellement basée sur la consommation de la biomasse, à une « économie minérale » , de plus en plus dépendante des minerais et des hydrocarbures.

Extraire de plus en plus de tout

Ni le poids du secteur tertiaire dans une économie donnée, ni la technologisation de nos occupations quotidiennes ne signifient que l’économie mondiale s’élève au-dessus de la matière. Un email parvient peut-être en une dizaine de secondes à l’autre bout du monde, mais à la différence d’un pigeon voyageur ou d’un postier à pied ou à cheval, il le fait grâce à des infrastructures et des machines complexes, impossibles à édifier et à maintenir sans apports considérables de matières premières et d’énergie.

[…] la grande majorité des « services » produits à l’échelle industrielle (qui nécessitent de nombreux supports physiques) sont arrimées aux ressources naturelles de la même façon que l’industrie lourde. Les performances dématérialisatrices de tel ou tel pays (généralement occidental) masquent le plus souvent la délocalisation des industries gourmandes en ressources dans des pays tiers (généralement du Sud).
Enfin, le déploiement à grande échelle des technologies supposément « vertes », qui cristallisent tous les espoirs, ne fera, dans le meilleur des cas, que déplacer la pression extractive sur de nouvelles ressources : les méga-parcs éoliens, les méga-stations solaires, les méga-centrales géothermiques ou a biomasse, les centrales nucléaires, les installations industrielles permettant de capter et de stocker le CO2 ou de recycler les matières usagées (moyennant de gros volumes d’énergie), les dispositifs d’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment (qui reposent sur l’électronique et donc sur des métaux), etc., ne sauront être conçus et répliqués en masse par la seule force du Saint-Esprit.

« Les matières premières sont essentielles au fonctionnement durable des sociétés modernes », proclame une communication de la Commission européenne, contredisant les chantres de la dématérialisation.

Extrait d’un article d’Anna Bednik, économiste, dans le mensuel Les Zindigné(e)s de juin 2016.