Gauche radicale

Pour moi il n’y a de gauche que radicale. C’est pour ça que je refuse le mot « radical ». Je dis toujours qu’il n’y a pas d’extrême gauche, il n’y a pas d’ultragauche, etc. On ne peut pas être trop à gauche. On ne peut pas être trop pour la justice ou trop pour l’égalité, ça n’a aucun sens. Je pense qu’il n’y a pas de gens d’extrême gauche par exemple. Quand dans les médias un peu mainstream on me dit : vous êtes un intellectuel de gauche radicale, je réponds : pas du tout. On ne peut pas être radicalement à gauche. Donc il y a la gauche, c’est-à-dire l’ensemble des gens qui vont se définir pour la justice sociale, l’égalité et la liberté. Et tout le reste ce sont des espèces de dérivés de la droite. Il y a des nuances de droite mais il n’y a qu’une gauche, qui est l’ensemble des gens qui luttent contre les systèmes de pouvoir.

[…]

Une des forces que la droite a réussi à faire sur la police, c’est de la faire passer pour un corps faible. C’est de définir la police comme un corps vulnérable qu’il faut protéger. Et donc on augmente les lois sur la légitimité de la force, sur l’usage des armes, etc. Le fait que la police se fasse passer pour le corps faible et non pour le corps fort, le corps qui met en danger, ça c’est une révolution symbolique, c’est une transformation de la perception.

Judith Butler le dit très bien dans son texte sur le sionisme, où elle dit : la manière dont fonctionnent les forts aujourd’hui, c’est de se faire passer pour vulnérables. Israël, les États-Unis, la masculinité qui serait mise en danger par le féminisme… vous voyez ? L’opération essentielle du pouvoir aujourd’hui, c’est de faire passer les dominants pour des vulnérables et les dominés pour des gens qui les mettent en danger. Je pense que ce sont des révolutions symboliques très puissantes qui s’opèrent aujourd’hui et contre lesquelles il faut lutter très puissamment.

Et puis il y a quand même une révolution qui a marché, dont je dis qu’il faut beaucoup s’en inspirer, c’est la révolution néolibérale qui a été une révolution symbolique en l’occurrence dans les manières de gérer, de penser l’économie, l’État, etc. Ce qui est très beau c’est de voir que ce sont des gens, notamment Hayek ou Friedman qui ont dit : on n’ira pas dans la rue. On va laisser la rue aux marxistes et on va laisser l’université, les campus, etc. aux gauchistes. Nous, on va infiltrer le centre.
Donc ils ont créé la Société du Mont-Pèlerin. Ils étaient trente. Et ils ont créé pendant vingt ans des banquiers centraux, des économistes, des ministres. Et en vingt ans ils ont changé le monde. C’est-à-dire qu’ils ont eu une pratique de l’infiltration tenace, en laissant les médias et l’espace de la rue à la gauche.
En infiltrant le système et en infiltrant l’État, ils ont transformé les pratiques des gouvernements. Ils ont fait qu’aujourd’hui on a une élite ou une classe dominante qui est dans une hégémonie néolibérale. Je me dis toujours : est-ce qu’on ne devrait pas s’inspirer de cette méthode des vainqueurs ? Je suis maintenant un grand partisan de la pratique de l’infiltration radicale de gauche.

Je dis toujours à mes étudiants (j’ai été prof en droit un moment) : ne devenez pas avocats mais devenez juges si vous êtes anarchistes. Qu’est-ce que ça voudrait dire, pendant vingt ans, de dire : je vais aller au Conseil constitutionnel. Qu’est-ce que ça voudrait dire d’être trotskiste au Conseil constitutionnel ? Qu’est-ce que ça voudrait dire d’avoir des anarchistes ministres de l’Intérieur ? Ça changerait peut-être beaucoup plus les choses qu’aller place de la République faire un pot-au-feu tous les six mois. Et je pense que la pratique de l’infiltration radicale est peut-être l’une des manières par lesquelles on peut régénérer aujourd’hui une gauche active, c’est-à-dire une gauche qui sait que les institutions n’ont pas d’essence. Une Banque centrale, ça peut faire une politique très à gauche ou faire une politique très à droite. La police, ça peut être un corps très positif ou être un corps très négatif. Il n’y a pas d’essence des institutions, il y a des gens qui les font fonctionner. Est-ce qu’on ne devrait pas infiltrer les institutions comme les néolibéraux l’ont fait ?

Extraits des réponses de Geoffroy de Lagasnerie aux questions posées par Daniel Mermet sur la radio Là-bas.org le 3 août 2018.

Eugène Pottier

Ci-dessous un poème d’Eugène Pottier découvert sur la radio en ligne la-bas.org, poème de 1880 (!) : L’économie politique.

De tous les droits que l’homme exerce,
Le plus légitime, au total,
C’est la liberté du commerce,
La liberté du Capital.
La loi ? C’est l’offre et la demande,
Seule morale à professer !
Pourvu qu’on achète et qu’on vende,
Laissez faire, laissez passer !

Et que rien ne vous épouvante !
Y glissât-il quelque poison,
Si le marchand double sa vente,
Le succès lui donne raison.
Que ce soit morphine ou moutarde,
Truc chimique à manigancer…
C’est l’acheteur que ça regarde,
Laissez faire, laissez passer !

Les travailleurs ont des colères
Dont un savant n’est pas touché.
Il faut bien couper les salaires
Pour travailler à bon marché.
Par un rabais de deux sous l’heure,
Des millions vont s’encaisser.
Et puis !… croyez-vous qu’on en meure ?
Laissez faire, laissez passer !

Le marché pour l’article en vogue
Offre un rapide écoulement.
N’écoutons pas le démagogue
Qui nous prédit l’engorgement.
Il faut, malgré ces balourdises,
En fabriquant à tout casser,
L’inonder de nos marchandises,
Laissez faire ! laissez passer !

Pour le bien-être des familles
Doublons les heures de travail.
Venez, enfants, femmes et filles,
La fabrique est un grand bercail.
Négligez marmots et ménage,
Ça presse ! et pour vous délasser
Vous aurez des mois de chômage.
Laissez faire ! Laissez passer !

Par essaims le Chinois fourmille.
Ils ont des moyens bien compris
De s’épargner une famille
Et travailler à moitié prix.
Avis aux ouvriers de France ;
Dans leur sens il faut s’exercer,
Pour enfoncer… la concurrence…
Laissez faire ! laissez passer !

Sous le Siège, dans la famine,
J’ai défendu la « liberté »
Voulant, fidèle à la Doctrine,
Rationner par la cherté.
Chaque jour et sans projectiles,
Par vingt mille on eût vu baisser
Le stock des bouches inutiles.
Laissez faire ! Laissez passer !

Qu’on accapare la denrée,
Qu’on brûle docks et magasins,
Que pour régler les droits d’entrée,
On se bombarde entre voisins,
Quitte à gémir sur les victimes,
Qu’on voit écraser, détrousser !
L’économie a pour maximes :
Laissez faire ! Laissez passer !

Eugène Pottier, 29 juillet 1880

Macron Super-menteur !

Super menteur

Il se veut pourfendeur des fake news et des contrevérités, mais n’arrête pas de les aligner : droit international, réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), de la Contribution sociale généralisée (CSG), de la taxe d’habitation, dotations aux petites communes, etc, etc. En quatre heures d’entretien audiovisuel, Emmanuel Macron a fait un festival. Le président biaise et ment, les « fact-checkers » fact-checkent. Sans aucune leçon à tirer ? Un coup de sang de notre chasseur de faux :
Entre TF1 d’un côté et BFMTV-RMC-Mediapart de l’autre, Emmanuel Macron a accordé les 12 et 15 avril près de quatre heures d’entretien à des médias au cours desquelles chacun a pu l’entendre parler :

1) de la légitimité des frappes occidentales en Syrie,

« Nous sommes intervenus dans un cadre très précis, et je veux le dire à nos concitoyens. Un : dans le cadre strict, justement, de cette légitimité internationale… [1] »

2) de la réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune,

« Donc c’est pas de l’injustice, c’est une politique d’investissement [2] »
« Mais on a enlevé l’impôt sur la fortune pour tout ce qui était investi dans l’économie ! [3] »

3) des entrepreneurs qui ont fui l’Impôt de solidarité sur la fortune,

« Nous avions des centaines de milliers d’entrepreneurs qui vendaient leur entreprise et qui, parce qu’on les taxait à l’impôt sur la fortune, alors même qu’ils voulaient réinvestir dans le pays, s’en allaient. [4] »

4) mais aussi, de la hausse de la Contribution sociale généralisée pour les retraités,

« Oui, on leur a demandé un effort, mais pour pouvoir, justement, réussir à baisser les cotisations sociales salariales de tous les travailleurs de France [5] ! »

5) des exonérations de la taxe d’habitation,

« La taxe d’habitation, aujourd’hui, il y a déjà près du tiers de la population qui est exonérée, les plus modestes ne la paient pas. [6] »

6) des économies demandées à l’hôpital public,

« Il n’y aura pas d’économies sur l’hôpital dans le quinquennat, je vous rassure. [7] »

7) des dotations financières aux petites communes,

« Pour la première fois – je m’étais engagé à le faire – toutes les petites communes, TOUTES, elles ont eu leurs dotations maintenues. Donc faut pas raconter non plus des carabistouilles à nos concitoyens, hein [8] ! »

8) des classes rurales qui seront ouvertes à la rentrée,

« À la rentrée prochaine, on aura 32 000 élèves en moins qui rentrent en CP, 32 000 ! On peut pas faire comme si de rien n’était. Et pourtant, on va ouvrir près de 5 000 classes. On va en ouvrir un peu plus de 3 000 pour dédoubler dans les zones les plus difficiles, dont certaines sont à la campagne, hein ! Il y a des classes dites en Zone d’Éducation Prioritaire, qui sont ici dans l’Orne en semi-rural. Mais on va ouvrir 1 000 classes dans le rural [9] ! »

9) des élèves de CM2 qui ne savent ni lire, ni écrire,

« Quand on a un cinquième des gens qui ne savent pas lire, ou écrire, ou compter en CM2, on ne peut pas prétendre après aller au bout. [10] »

10) on l’a enfin entendu sur la réforme du droit d’asile,

Edwy Plenel — « Vous faites que le demandeur d’asile sera devant un écran, au lieu d’être dans une relation humaine avec la personne qui jugera de son sort.

Emmanuel Macron — Ce que vous dites est faux.

Edwy Plenel — Non c’est vrai.

Emmanuel Macron — Le demandeur d’asile sera toujours d’abord face à un fonctionnaire de préfecture, puis face à l’OFII et l’OFPRA. Ce ne sera jamais un écran, c’est faux ! [11] »

Alors, est-ce que :

1) Les occidentaux avaient toute la légitimité pour frapper en Syrie ?

Et bien non, c’est faux. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France n’ont opéré dans aucun « cadre strict », comme l’a dit Emmanuel Macron, et en vertu d’aucune « légitimité internationale ». Europe 1 l’a expliqué : les trois pays n’avaient pas de mandat de l’ONU [12].
2) La réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune a-t-elle consisté à sortir de l’impôt sur la fortune ce qui était investi dans l’économie ?

Et bien non, c’est faux. France 2 en a fait un « Œil du 20 heures » : les yachts et les voitures de luxe ne sont plus taxés. Et il n’y a rien qui oblige les imposés à l’Impôt de solidarité sur la fortune d’hier à investir aujourd’hui dans l’économie [13].
3) Y avait-il, avant cette réforme, « des centaines de milliers d’entrepreneurs » qui s’en allaient du fait de l’Impôt de solidarité sur la fortune ?

Et bien non, c’est faux. France 2 les a comptés aussi : ils n’ont été « que » 8 114, en dix ans, selon un rapport de Bercy [14].
4) La hausse de la Contribution sociale généralisée imposée aux retraités a-t-elle été décidée pour pouvoir baisser les cotisations salariales de « tous les travailleurs de France » ?

Et bien non, c’est faux. Les Décodeurs du Monde ont fait le tri : la baisse ne concernent ni les fonctionnaires, ni un quart des travailleurs indépendants [15].
5) Y a-t-il déjà « presque un tiers des contribuables qui ne paient pas la taxe d’habitation » ?

Et bien non, c’est faux. 15 % seulement des ménages ne la paient pas. C’est le quotidien dijonnais Le Bien public qui a retrouvé le chiffre dans une étude de l’OFCE, l’Office français des conjonctures économiques [16].
6) « Il n’y aura pas d’économies sur l’hôpital durant le quinquennat » ?

Et bien non, c’est toujours faux. RMC l’a noté : d’ores et déjà, si le dernier budget de la santé est en hausse de 2 %, il ne parvient pas à couvrir la hausse des charges programmées – une hausse de 4 % –, ce qui oblige les établissements à réduire leur personnel [17].
7) « Toutes les petites communes ont vu leur dotation maintenue » ?

Et bien non, c’est faux. Là, plusieurs médias, en avalanche, ont tiqué : si l’enveloppe globale des dotations est stable, dans le détail, 22 000 communes verront la leur baisser [18]. C’est aussi l’Association des maires de France qui le dit [19].
8) On va, à la prochaine rentrée, « ouvrir 1 000 classes dans le rural » ?

Et bien non, c’est encore faux. Il y en aurait plutôt 200 à 250 en moins, d’après les chiffres de l’Éducation nationale que Le Monde a retrouvés [20].
9) Un cinquième des élèves ne savent-ils ni lire ni écrire au CM2 ?

Et bien non, c’est toujours faux. Le Monde, encore lui, a fait le distingo : les chiffres d’Emmanuel Macron ne portent pas sur la capacité des élèves à lire ou à écrire. Mais sur des compétences qu’il leur est demandé de maîtriser comme savoir « dégager le thème d’un texte, repérer dans un texte des informations explicites, inférer des informations nouvelles ». C’est-à-dire des compétences qui vont au-delà de la lecture [21].
10) Était-il faux, de la part d’Edwy Plenel, de dire qu’un demandeur d’asile pouvait se retrouver devant un écran lors du traitement de sa demande ?

Et bien non, c’était vrai ! Ou plutôt, Emmanuel Macron avait une fois de plus faux de dire que c’était faux. Et Europe 1 a eu raison de noter que si le demandeur d’asile pouvait s’opposer à ce mode d’examen de sa demande, le projet de loi du gouvernement réformant le droit d’asile, lui, voulait lui imposer [22].

Alors où est le malaise, me direz-vous ? Il n’est pas tant dans l’incroyable capacité d’Emmanuel Macron à faire usage de faux. Nous avions déjà repéré – souvenez-vous – en février 2017 la capacité du candidat à l’élection présidentielle à « oublier » sa propre signature au bas d’un décret qui autorisait l’exploitation de sables sous-marins en Bretagne – ce qu’il niait [23]…

Non, le malaise ne provient pas tant de cette capacité phénoménale. Il vient de ce que nous, chasseurs de faux – et au-delà de nous, la presse en général –, avons tellement le nez sur le guidon, sommes tellement à l’affût de la proie, c’est-à-dire de l’erreur, du mensonge ou de l’approximation, que nous en perdons de vue l’essentiel.

Et c’est quoi l’essentiel ? Et bien qu’un chef d’État, le président de la République française, peut aujourd’hui asséner contrevérités sur contrevérités, des erreurs ou des mensonges, et que cela n’émeut plus personne. Pas un mot dans les journaux, les sites, les radios, les télévisions, pour s’indigner de cette multitude de faux. Non, juste un renvoi, dans chaque média, au factchecking quotidien : la routine ! Le Monde renvoie même pour plus d’exhaustivité à la compilation très bien faite des étudiants de l’école de journalisme de Tours, qui ont recensé les vérités et contrevérités présidentielles [24].

Et bien, moi, voyez-vous, je ne m’y résous pas.

Les automobilistes voient les points de leur permis diminuer à mesure qu’ils font des erreurs, les chômeurs sont blacklistés s’ils oublient de s’actualiser : un président d’une république non bananière devrait finir par être éjecté au troisième mensonge à ses administrés.

Notes :

[1] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[2] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[3] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[4] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[5] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[6] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[7] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[8] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[9] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[10] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[11] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[12] Géraldine Woessner, « Emmanuel Macron s’est-il arrangé avec la vérité lors de son interview ? », Europe 1, 16 avril 2018.
[13] L’Œil du 20h, « ISF : les « carabistouilles » d’Emmanuel Macron », France 2, 16 avril 2018.
[14] L’Œil du 20h, « ISF : les « carabistouilles » d’Emmanuel Macron », France 2, 16 avril 2018.
[15] Adrien Sénécat, « ISF, pouvoir d’achat, SNCF : les arguments discutables d’Emmanuel Macron », Le Monde, 15 avril 2018.
[16] Pierre Madec et Mathieu Plane, « Évaluation de la réforme de la taxe d’habitation d’Emmanuel Macron », Policy Brief, Office français des conjonctures économiques et Sciences Po Paris, 26 juin 2017.
[17] Marie Dupin, « Erreurs, imprécisions et annonces : le « fact-checking » de l’interview d’Emmanuel Macron », RMC, 16 avril 2018.
[18] Laura Thouny, « La « carabistouille » d’Emmanuel Macron sur les collectivités locales », L’Obs, 12 avril 2018.
[19] « Emmanuel Macron défend ses réformes », Maire Info, 13 avril 2018.
[20] Samuel Laurent, Anne-Aël Durand et Adrien Sénécat, « ISF, retraités, SNCF…, les « carabistouilles » d’Emmanuel Macron sur TF1 », Le Monde, 13 avril 2018.
[21] Adrien Sénécat, « ISF, pouvoir d’achat, SNCF : les arguments discutables d’Emmanuel Macron », Le Monde, 15 avril 2018.
[22] Géraldine Woessner, « Emmanuel Macron s’est-il arrangé avec la vérité lors de son interview ? », Europe 1, 16 avril 2018.
[23] Là-bas si j’y suis, « Macron en marche vers la post-vérité », 2 février 2017.
[24] Factoscope 2017-2022, « Le Récap’ du vrai et du faux de la semaine », le blog de l’école publique de journalisme de Tours, 20 avril 2018.

Chronique du 03 mai 2018 de Jean-Michel Dumay sur la-bas.org.

Sur-pollution

La sur-pollution émise par les plus riches, c’est ce qu’on appelle l’effet barbecue, un concept évoqué la première fois en 2002, au départ pour contester le mode urbain compact (lire aussi : Les ravages des villes monde). L’effet barbecue, ou comment les riches flinguent leur bilan carbone le week-end – quand ils prennent leur yacht, par exemple, ou se font un petit aller-retour à New York (une tonne de CO2 par passager, un quart des émissions annuelles de gaz à effet de serre d’un Français) – alors qu’en semaine ils mangent bio, se chauffent au solaire, roulent en hybride… Les salauds de pauvres, ces banlieusards, ces fainéants qui « foutent le bordel », eux, par contre, mangent du poulet en batterie, se goinfrent de pesticides de supermarché, roulent en vieille diesel. Mais comme ils restent chez eux les week-ends, et qu’ils se font des barbecues dans leur jardin plutôt que des balades en yacht, au final, ils polluent moins.

Alors bien sûr, les pauvres, on a bien essayé de les taxer pour qu’ils arrêtent de polluer. Le problème c’est que ça ne fonctionne pas : le « signal prix » n’a d’effet que si l’on est en capacité de changer de comportement. Or en matière de mobilité, selon le ministère du Développement durable, parmi les 14,6 millions d’actifs ayant un lieu fixe et régulier de travail et utilisant leur voiture, seuls 6,3 millions d’entre eux – essentiellement en zones urbaines – pourraient ne pas l’utiliser. En zone rurale, où réside 40 % de la population, où les transports en commun se font rares, voire inexistants, difficile de ne pas prendre sa voiture… C’est ce qu’on appelle la « mobilité contrainte », qui concerne les personnes les plus précaires obligées, à cause de la hausse du prix de l’immobilier, de quitter les centres urbains et d’utiliser leur voiture au quotidien. Selon l’Insee, c’est 27 % des motifs de déplacement. Alors on peut toujours leur augmenter le prix de l’essence ou les taxer parce qu’ils se rendent au travail, font leurs courses, ou emmènent leurs gamins à l’école : ils continueront à prendre leur voiture. Inévitablement. Puisqu’ils n’ont pas d’autre choix.

Mais l’effet barbecue, en quelque sorte, « allège » leur bilan carbone en fin de semaine. Et fait d’autant plus prendre conscience que ce sont « les riches qui détruisent la planète ». Idée défendue par le journaliste Hervé Kempf, qui s’appuie sur les travaux de l’économiste et sociologue américain Thorstein Veblen et sa Théorie de la classe de loisir. Lui parle de « rivalité ostentatoire » : dans chaque classe sociale, les individus prennent comme modèle le comportement en vigueur dans la couche supérieure. À travers la pub et la mode par exemple, c’est elle qui nous montre ce qu’il faut faire, ce qui est chic, etc. Ce qui amène le publicitaire Jacques Séguéla à déclarer sans gêne : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie. » Résultat : dans une société très inégalitaire, cette rivalité ostentatoire, nous dit Hervé Kempf, « génère un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l’oligarchie – elle-même en proie à la compétition ostentatoire – sert d’exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. »

Au final, on estime que 20 à 30 % de la population mondiale consomme 70 à 80 % des ressources naturelles chaque année. Que huit milliardaires possèdent autant de richesses que la moitié de la population mondiale la plus pauvre – il en fallait 388 en 2010. Que 10 % des plus riches représentent la moitié des émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation.

Ce phénomène est confirmé par le Cerema, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, qui a réalisé 20 000 entretiens individuels en 2008 au cours de l’enquête nationale « transports et déplacements » et analysé les conséquences de 125 000 trajets quotidiens et de 18 000 voyages de plus de 80 kilomètres, quel que soit le mode de transport choisi. Le résultat est sans appel : 20 % des Français sont responsables de 60 % des émissions, […]

Néanmoins, on focalise souvent sur les trajets quotidiens, mais entre « grands navetteurs », « grands voyageurs » et « hypermobiles », ce ne sont pas les périurbains qui consomment le plus. La catégorie des « hypermobiles », qui sont les plus gros pollueurs, présente les caractéristiques suivantes : diplômés, actifs et aisés, ils sont aussi très motorisés et vivent dans les banlieues cossues des métropoles. Ils ne représentent que 5 % de la population mais émettent 19 % des rejets globaux.

Extrait d’une chronique de Corinne Morel Darleux sur le site la-bas.org/.

Macron

Macron - Affiche Lecanuet 1965
Nouveau ? Il copie Jean Lecanuet, candidat en 1965, un « homme neuf », même dentition, même programme, même slogan, « la France en marche ». Très pro-Europe, très atlantiste, très amerloque, juste après l’assassinat de John F. Kennedy, « Demain Jean Lecanuet » fut la première campagne « à l’américaine » face à l’énorme stature de De Gaulle (qui fut reconduit).
« Partis politiques dépassés, souffle, nouveau, modernisation » : dans cette archive de 1965, Jean Lecanuet parle déjà le Macron, celui que BFM qualifie d’ « iconoclaste » :

Énarque, banquier d’affaire, conseiller de François Hollande, ministre de l’Économie, militant de l’uberisation la plus sauvage, Macron n’a pas grand chose du « progressiste » qu’il affirme être en braillant – de façon hilarante, c’est vrai – dans ses meetings.
Et c’est encore moins une « Révolution », comme l’affirme le titre de son livre.
Rien d’iconoclaste, donc, rien de nouveau, bien au contraire, c’est juste une bonne grosse stratégie pour tenter de maintenir l’ordre des choses comme elles sont.
Stratégie classique des conservateurs et de l’oligarchie, faire mine de changer pour surtout que rien ne change.

Caméléon, manche à air, ni droite ni gauche, bien au contraire, tout est dans tout et réciproquement, on ratisse large avec une véhémence creuse, un vrai modèle pour les écoles de commerce et de management.
Pour mieux comprendre, on peut voir quels sont les soutiens du jeune Macron : un jeune soutenu par d’autres jeunes comme Bernard Kouchner, Daniel Cohn-Bendit ou Alain Minc, le plagiaire qui s’est toujours trompé, mais aussi Jacques Attali, Bernard Arnault, Erik Orsenna, Jacques Séguéla, Pierre Gattaz ou Jean-Hervé Lorenzi, du Cercle des économistes, expert familier des médias, membre du directoire du Groupe Edmond de Rothschild France, ancien employeur de Macron.
Sans oublier le soutien des propriétaires des grands médias comme Pierre Bergé et Xavier Niel (groupe Le Monde, l’Obs) ou encore Bolloré de Canal+.

Un article publié sur le site Là-bas.org