Macron, l’héritier tueur

En juin 2018, au palais de l’Élysée, Emmanuel Macron a remis la Grand-Croix de la Légion d’honneur à Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin, compagnon de la Libération – on n’en finirait pas de dérouler la liste des hauts faits et des qualités de cet homme d’exception, mais là n’est pas mon propos.
À cette occasion, j’ai eu la surprise d’entendre notre président (on a un peu de mal à y croire parfois, on se dit que c’est un mauvais rêve, mais c’est un fait indiscutable : il a été élu pour de vrai) faire un éloge sans réserves du Conseil national de la Résistance et de son programme de 1945, dont il se prétendait toute honte bue l’héritier.

Ce type ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît, et c’est sans doute pour cela aussi que vous avez voté pour lui, bande de petits malins.
Cordier faisait partie des signataires du programme, avec les Aubrac, Guingouin, Hessel, Tillion, Vernant et quelques autres. Ce programme a été en partie appliqué après la Libération : loi des quarante heures, nationalisation de plusieurs banques, des grandes compagnies d’assurance, de l’électricité, du gaz, extension du pouvoir des comités d’entreprise, instauration de la Sécurité sociale et de la « retraite des vieux ». Un programme de progrès social, d’égalité et de justice, en somme.

Or c’est très exactement à la démolition de ces acquis que Macron s’emploie sans relâche. Denis Kessler, vice-président du Medef, l’avait d’ailleurs très clairement formulé voici quelques années en
définissant les « réformes » indispensables selon le patronat : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du CNR. »
Si vous vous dites aujourd’hui « déçus » par Macron, vous n’aviez qu’à lire son programme électoral : tout cela y était écrit noir sur blanc. Bon, ça passe pour cette fois, mais vous ne recommencez pas en 2022, promis ?

Article de Jean-Marie Laclavetine dans Siné mensuel de janvier 2020.

Vexé mais jamais honteux

C’est beau de le voir faire face, Pancho Fillon. Impressionnant. Un dur de dur, un résistant, acculé par la horde des hyènes dactylographes qu’il compisse abondamment d’urine bénite. N’importe quel pékin serait allé se cacher dans un trou à rats après les révélations qui se sont accumulées, consacrant sa tartuferie inouïe, sa mesquinerie de rapiat gominé, son hypocrisie éhontée de bigot cupide, oncle Picsou déguisé en gendre idéal et soudain démasqué, n’importe qui serait mort de honte, mais pas lui. Ah, pas du tout.

Ces gens, comme dit un ami à moi, tu peux les vexer mais certainement pas leur faire honte. Pas une once de morale bien qu’ils en aient plein la bouche, mais de l’ego à ne plus savoir qu’en foutre. Ça va à la messe, ça gobe son hostie consacrée avant le repas dominical, foie gras et chapons fourrés qu’ils se sont payés en faisant les poches du populo. Et tout en s’empiffrant, ça disserte en famille sur l’intolérable parasitisme des chômeurs et des assistés, ça donne urbi et orbi des leçons de bonnes mœurs, ça ne doute de rien et sous le discours onctueux, on sent la règle sans pitié de l’égoïsme clanique. Ça n’a jamais mis les mains à la pâte ni dans le cambouis mais ça exhorte tout un chacun à se crever l’échine.

Montaigne connaissait bien Fillon et ses semblables : « ils envoient leur conscience au bordel mais tiennent leur contenance en règle. »
On cherche désespérément parmi les candidats celui qui pourrait racheter les autres. Les voilà sur scène, bien décidés à nous en mettre plein la vue. Après les proclamations bravaches des primaires, c’est le grand bal des reculettes. Chacun met de l’eau dans son vin. De l’eau dans le vin ! Pauvre France.

Article de Jean-Marie Laclavetine dans Siné mensuel de mars 2017.