COP Business

[…] Mais cette liste de mesures (de la COP 22), au reste peu lisible pour les profanes que nous sommes, ne doit pas être prise pour autre chose que ce qu’elle est : à savoir un prêche débité par une poignée de technocrates éclairés à destination des fidèles de la religion du développement durable. Car ce thème du « réchauffement climatique », reconverti récemment en « changement climatique », pour cause de problème d’indice de confiance sur les données thermométriques, constitue la victoire la plus éclatante du « green business capitalisto-croissanciste », autre appellation possible du « développement durable ».

Pour bien comprendre les rouages de cette affaire, il convient, dans un premier temps, de remonter à l’année 1988 avec la création du GIEC sous la houlette conjointe de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher et sous le chapeau du financement onusien. Le premier rapport de cet organisme-clef, publié en 1990, posait déjà les fondements d’une nouvelle forme de capitalisme, alimenté non plus avec l’argent du consommateur, mais avec celui des fonds publics, c’est à dire un capitalisme de connivence, dit capitalisme vert.
En effet les leaders politiques des pays développés, en tant que fidèles VRP de l’oligarchie industrielle mondiale, ont rapidement compris le parti qu’ils pouvaient tirer d’une alerte institutionnelle sur le climat. Outre le fait qu’ils phagocytaient le mouvement écologiste naissant, ils y voyaient la possibilité d’instaurer un système commercial gagnant/gagnant avec sa bénédiction.
Ce système allait consister, ni plus ni moins, à gagner de l’argent à la fois en polluant et en dépolluant, le tout sans ralentir le moins du monde la machine capitaliste croissanciste, puisqu’elle bénéficierait du label développement durable, désormais adoubé par les environnementalistes les plus initialement réfractaires.

Le protocole de Kyoto parachevait cette affaire en 1997 et devenait le bras armé de cette nouvelle entreprise planétaire. Il fut ratifié par 182 pays sur un total de 192 pays indépendants et consacrait la main mise sur le climat de l’International Carbon Business dont le pape mondial était (et est toujours) Al Gore, et dont les archevêques français sont Jean-Marc Jancovici (côté ombre) et Nicolas Hulot (côté lumière).

S’appuyant sur les thèses du GIEC, c’est à dire d’une équipe pléthorique de technocrates désireux d’asseoir une notoriété hégémonique sur la planète du savoir, ce protocole présente concrètement le double avantage pour les leaders politiques représentants de l’oligarchie industrielle mondiale, de pouvoir s’octroyer un certificat de sauveur de la planète après avoir eux même contribué à la mettre en danger, tout en créant un juteux dispositif de racket fiscal habilement ficelé pour leur profit et celui de leurs amis. C’est une nouvelle version de la recette du pompier pyromane, avec un fond de sauce relevé au capitalisme et un assaisonnement subtil à l’écologisme.

Extrait d’un article de Christian Laurut dans le journal Les Zindigné(e)s de décembre 2016.

L’effondrement prochain que nous ne voulons pas voir

Dans les médias, on parle aisément de catastrophes ponctuelles, comme une attaque terroriste, un tsunami ou une inondation. Mais peut-on parler de grandes catastrophes ? A-t-on vu un réel débat sur le pic pétrolier, ou sur les nouveaux scénarios climatiques du GIEC et sur leurs implications en termes de changement social ? Non, bien sûr. Trop catastrophiste, trop pessimiste.

Pourtant, le rapport du GIEC constitue, rappelons-le, un consensus ! Il génère donc par définition un diagnostic consensuel, lissé par les politiques, qui contraste avec bien des publications scientifiques qu’il cite… et qui n’inclut pas les études récentes (souvent les plus épouvantables).
Par ailleurs, le cinquième et dernier rapport paru en 2014 confirme la « règle » qui veut qu’à chaque nouveau rapport, nous suivons la trajectoire du scénario précédent le plus pessimiste. Il faut donc se rendre à l’évidence, le GIEC est plutôt optimiste.

Par contre, il est bel et bien catastrophiste. Il parle vraiment des catastrophes. Par exemple, le rapport annonce que le changement climatique augmentera les risques de conflit violents, qui prendront la forme de guerres civiles et de violences intergroupes, provoquera la rupture des réseaux d’infrastructure et des services essentiels tels que l’électricité, l’approvisionnement en eau, et les services de santé et d’urgence, ou encore augmentera les risques d’insécurité alimentaire et de rupture des systèmes alimentaires.
[…]
Premièrement, le moteur de la civilisation thermo-industrielle – l’énergie et la finance – est au bord de l’extinction. Des limites (qu’il est impossible de dépasser) sont atteintes. L’ère des énergies fossiles abondantes et bon marché touche à sa fin, comme en témoigne la ruée vers les énergies fossiles non conventionnelles aux coûts environnementaux, énergétiques et économiques prohibitifs. Cela enterre définitivement toute possibilité de retrouver un jour de la croissance économique, et donc signe l’arrêt de mort d’un système économique basé sur des dettes… qui ne seront tout simplement jamais remboursées.

Deuxièmement, l’expansion matérielle exponentielle de notre civilisation a irrémédiablement perturbé les systèmes complexes naturels sur lesquels elle reposait.
Des frontières (seuils irréversibles) ont été franchies. Le réchauffement climatique et les effondrements de biodiversité, à eux seuls, annoncent des ruptures de systèmes alimentaires, sociaux, commerciaux ou de santé, c’est à dire concrètement des déplacements massifs de population, des conflits armés, des épidémies et des famines.

Extraits d’un article de Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans le journal Les Zindigné(e)s d’octobre 2015.

Réchauffement climatique ?

Dans les années 1970, les précurseurs de l’écologie politique étaient fréquemment accusés d’être « catastrophistes » et de jouer aux Cassandre. Mais aujourd’hui, leurs alertes sur la destruction accélérée de la biosphère se trouvent validées par les rapports émanant des institutions internationales les plus capitalistes qui soient.
Ce n’est plus un obscur journal indépendant comme « La gueule ouverte » qui annonce la fin du monde ; ce sont le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la banque mondiale, l’ONU, l’Agence internationale de l’énergie, l’Organisation mondiale de la santé… Peu suspectes d’anti-productivisme forcené, ces vénérables autorités font virer leurs voyants au rouge. Année après année, des milliers de pages de plus en plus pessimistes rejoignent les bureaux des décideurs politiques, qui continuent à ne jurer que par la relance de l’économie et le redressement destructif.
(…)
Dans son rapport « Turn down the heat », la banque mondiale appelle elle aussi à tout faire pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°.
(…)
La banque reconnaît qu’il y a un risque d’insécurité alimentaire, de surmortalité, de déplacements massifs de populations, d’écroulement d’institutions, de défaillances d’États, de systèmes de santé, d’infrastructures techniques nécessaires à notre subsistance (comme les réseaux d’eau, d’électricité)… Et voilà que cette agence de l’ONU, vouée depuis sa fondation au Développement infini, reconnaît que la pression croissante sur l’écosystème planétaire est en train « d’approcher des limites critiques ». Et voilà que la perspective même d’un effondrement de civilisation n’est plus esquivée.
Une étude retentissante financée par la NASA l’a récemment annoncé en ayant recours à des modélisations mathématiques : les niveaux actuels de surconsommation de ressources et d’inégalités galopantes conduisent au chaos. Même l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) reconnaît que l’écart entre riches et pauvres, qui continue à se creuser, est toujours plus insoutenable. Pour éviter l’effondrement, le rapport des mathématiciens financé par la NASA appelle à réduire le prélèvement de ressources naturelles, à mettre fin à l’inégalité, à partager, sans croire que les gains d’efficacité apportés par la technologie puissent nous sauver : le « progrès » technique s’est au contraire toujours accompagné d’une extraction croissante de ressources.

Extraits d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance de juin 2014.

Dérèglement climatique : les raisons de l’inaction

Malgré les alertes des scientifiques du GIEC, le réchauffement climatique ne suscite pas de réaction politiques à la hauteur des dangers. Trois raisons à cela : l’aveuglement court-termiste des responsables politiques, la persistance des inégalités et la croissance comme condition de survie dans un monde dominé par la concurrence.
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La première raison tient au fait qu’à chaque rapport du GIEC, on pousse quelques cris puis nous revenons à nos problèmes quotidiens, le chômage, le pouvoir d’achat, la reprise. (…) Or, le temps de la politique est un temps court. Les prochaines élections, c’est demain. (…)

La seconde raison tient aux inégalités. Inégalités au sein de nos pays, inégalités entre pays. Le discours écologique appelant à consommer moins n’est pas audible dans une société aussi inégalitaire que la nôtre, où les plus riches gaspillent sans compter et où les plus pauvres n’accèdent pas aux standards permettant de vivre dignement. Même constat entre pays. Les pays émergents ne voient pas pourquoi ils n’auraient pas, eux aussi, le droit de se développer, et considèrent que c’est aux pays riches de réduire d’abord leurs émissions de gaz à effet de serre. D’où la difficulté à dégager un accord international pour répartir les efforts à fournir par chacun. Et, en l’absence d’accord, pourquoi donc faire des efforts tout seul, puisque ceux-ci ne serviront à rien ou presque, si les autres continuent à polluer tant et plus…

Et puis, il y a une troisième raison, qui tient à la dynamique même de notre société, une société où la concurrence l’emporte encore sur la coopération, concurrence entre firmes, concurrence entre pays. Dans ce contexte, continuer à croître, à produire toujours plus est perçu par les entreprises comme une condition de la survie et, par leurs salariés, comme la garantie de conserver leur emploi. Mais ce n’est pas seulement une affaire d’intérêts économiques. Car continuer à croître, c’est aussi une exigence pour les Etats. C’est le grand paradoxe de la situation : la croissance étant le support de leur puissance, les Etats voient dans sa poursuite la garantie de pouvoir accéder demain à des ressources en voie de raréfaction. Dit clairement, si l’Inde et la Chine construisent des porte-avions, c’est aussi pour pouvoir nous disputer demain les dernières gouttes de pétrole du Moyen-Orient…

Extraits d’un article de Philippe Frémeaux du 02 octobre 2013 sur le site alternatives-economiques.fr