Partenariats public-privé

Payés par l’État pour s’approprier nos données

Avec le confinement et l’impréparation complète de l’État, les partenariats public-privé avec les Gafam ou avec de « jeunes start-ups innovantes de la high-tech dans l’Hexagone » se multiplient et se renforcent. Éducation nationale, enseignement supérieur, hôpitaux : tous nos services publics sont menacés.

Fin avril, le collectif InterHop, qui promeut l’interopérabilité et le partage libre des algorithmes dans le secteur hospitalier français, a dénoncé dans une lettre ouverte un arrêté gouvernemental contraignant les hôpitaux à transmettre les données de leurs patientes et patients à Microsoft.
Dans l’enseignement supérieur, certains présidents d’université peu regardants ont opté pour des examens à distance télé-surveillés, en s’appuyant sur des logiciels mouchards déployés par des start-ups comme Manaxegam ou Proctorexam. Ces choix ont été dénoncés fermement par Solidaires Étudiantee-s, SUD Éducation et la Quadrature du Net.

L’impréparation totale du ministère de l’Éducation nationale a poussé nombre d’enseignantes et enseignants, pourtant parfois très critiques des Gafam, dans les bras de Google Drive, Discord, Zoom et autres Klassroom (produit d’une start-up française qui cache sa quête du profit derrière de beaux discours sur la protection des données). Ce dont le ministère semble très bien s’accommoder puisque sa réponse – l’ouverture de la plateforme Apps.education.fr proposant des services basés sur des logiciels libres – a été tellement tardive qu’elle n’aura probablement aucun effet ; après deux mois de galère, quels enseignantes ou enseignants prendront la peine de changer une nouvelle fois d’outils sans avoir été formés ? Et ces exemples sont loin d’être exhaustifs.

Malheureusement ceci ne nous surprend guère : nous avions déjà dénoncé dans ces colonnes ce type de partenariats. Les Gafam et leurs petites sœurs, les « start-ups innovantes », sont en train de déployer une véritable stratégie du choc. Ils profitent du délabrement des services informatiques de nos services publics pour imposer à grands coups de communication et d’offres promotionnelles – parfois, « la première dose est gratuite » – l’utilisation de leurs services et, par suite, la captation et la revente de nos données à des fins publicitaires et de surveillance.

Article de Léo et Nicolas dans le mensuel Alternative Libertaire de juin 2020.

Jean- Michel Blanquer et Amazon

Tous les élèves de cours préparatoire et de CE1 ont été évalués en début d’année scolaire. Non seulement la pertinence de ces tests est contestée par les enseignants mais, surtout, les résultats sont conservés par le géant Amazon. Étonnant, non ?

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, est un fervent défenseur des tests à tout-va. Les dernières évaluations des élèves de CP et de CE1 se sont achevées avec leur lot d’absurdités.
Ainsi, l’énoncé commun aux CE1 (les gamins ont 7 ans !) parle de « sommeil paradoxal » ou de « glande pinéale » du cerveau. Des exercices prétendument rédigés par les « meilleurs scientifiques » sélectionnés par le ministre en personne ! Jeanne, professeure des écoles dans le 19e arrondissement de Paris, raconte : « On a vu des enfants pleurer devant leur copie car ils ne comprenaient rien. Ils pensaient qu’ils allaient être grondés. »

Le SNUIPP-FSU, principal syndicat des enseignants du premier degré, s’insurge en pointant du doigt ces méthodes qui ne respectent pas « les apprentissages réels des élèves ». Et ajoute que « ces évaluations placeront artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important ».

Les résultats de cette année sont peu reluisants. Un élève sur deux a des difficultés en calcul mental en début de CE1 et 25 % des élèves de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son auquel elles correspondent. La solution du ministère ? Blanquer annonce sans rire que les professeurs disposeront d’un « kit pédagogique sur Edusco1.fr pour faire avancer les élèves sur les différents sujets ». De quoi remonter le moral des instits !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une enseignante référente pour les usages du numérique (Erun) a découvert que les données récoltées auprès de 1,6 million d’écoliers sont stockées et gérées par Amazon, en Irlande, en violation du règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur depuis le 20 juin.
Étrange coïncidence : l’ancien directeur du numérique à l’Éducation nationale, Mathieu Jeandron, a justement été embauché par Amazon Web Services au printemps dernier. Ce choix est une suite
logique dans le parcours de ce polytechnicien qui poussait pour que les outils pédagogiques Google for Education et Microsoft for Education soient largement utilisés dans nos écoles. Alerté, le ministère se défend en avançant que « dans le cadre du processus d’évaluation des élèves, […] Amazon Web Services n’ont [pas] accès aux données à caractère personnel des élèves ou des professeurs ».

Reste la durée de conservation de ces données. Le ministère ressort son bouclier et explique qu’elles seront anonymes dès la cinquième année après la sortie de l’élève du circuit scolaire. Donc, les résultats avec nom, prénom, année de naissance et plus si affinités resteront accessibles pendant les cinq premières années après la scolarité. Adieu l’anonymat. Surprenant quand on connaît les craintes de fichage de nos bambins par les Gafam (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft).

Le Collectif national de résistance à Base élèves lutte contre tous les fichiers scolaires.
Article de Maxime Carsel dans Siné mensuel de novembre 2018.