L’intensité énergétique de l’économie

L’innovation technique est devenue la principale piste de sortie de crise, qui permettrait de retrouver le chemin de la croissance, telle que mesurée par le PIB. Les immenses progrès réalisés notamment en matière de technologies de l’information font espérer que, bien utilisées, ils permettront une croissance découplée de l’usage des matières premières, et en premier lieu des énergies fossiles.
Cet espoir est probablement vain. Une courbe permet de s’en rendre compte : celle de l’évolution de la quantité d’énergie pour créer de la « richesse », mesurée en dollar de PIB mondial.
On appelle ce ratio l’intensité énergétique de l’économie (ou du PIB), et c’est un bon indicateur de l’efficacité de notre économie mondialisée. Mais il ne s’améliore que très lentement, de l’ordre de 0,7 % par an depuis 40 ans, et, pire, ce taux ne s’améliore plus depuis quelques années.
L’activité économique requiert toujours autant d’énergie, et aucun signe ne montre que les choses s’améliorent. Certes un pays peut faire mieux, par exemple en externalisant sa production industrielle, mais ça ne change rien au total, car l’énergie se retrouve incorporée dans les biens importés.

Cette évolution va à l’inverse de ce que souhaitent les chantres de la « croissance verte » et autre « troisième révolution industrielle », et renforce les analyses des rares économistes pour qui l’énergie est le vrai moteur de la transformation du monde.
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Plusieurs causes expliquent selon moi cette stagnation de l’amélioration de l’efficacité de l’économie mondiale. Citons l’effet rebond (par exemple les voitures sont plus efficaces, mais deviennent plus lourdes et plus nombreuses), le fait qu’il faille de plus en plus d’énergie pour extraire les matières premières et produire de l’énergie, les rendements décroissants de la recherche (de plus en plus d’argent est investi, et pourtant le rythme des innovations baisse), le libéralisme économique (qui cherche à améliorer la rentabilité financière, et non énergétique), l’inertie sociétale (accepter de payer plus cher, ou de changer d’activité…), le montant et l’orientation des investissements (de plus en plus vers le court terme), et le cannibalisme énergétique (il faut de l’énergie pour développer les énergies « renouvelables » et améliorer l’efficacité énergétique).
Certes des politiques publiques pourraient améliorer les choses, comme soutenir la rénovation des logements, mais elles ont leurs limites, et globalement on ne voit aucune raison pour que le découplage s’améliore fortement.
Des économistes « classiques » commencent à s’inquiéter de ce qu’ils appellent une « stagnation séculaire », et à douter du rôle du progrès technique. Ils constatent que la « nouvelle économie », celle de Amazon, AirBnB ou Uber, détruit des emplois et crée bien peu de croissance au total.

Extraits d’un article de Thierry Caminel dans le journal La Décroissance de novembre 2015.

Transition énergétique aussi aux États-Unis ?

Une équipe de chercheurs de l’université de Stanford a publié récemment une étude détaillant pour chacun des 50 États fédéraux des États-Unis un scénario de transition énergétique vers un système 100 % renouvelables en 2050 (80-85 % dès 2030).
Certains partis-pris de ce scénario sont critiquable d’un point de vue écologiste et antinucléaire : électrification généralisée de la production de chaleur et de froid pour les usages domestiques et industriels, électrification généralisée des transports, sans réflexion poussée sur la sobriété énergétique, qui devrait être une priorité.
Néanmoins, ce scénario a le mérite de dessiner une trajectoire énergétique possible pour affranchir les USA – le pays qui a le plus grand parc de réacteurs nucléaire au monde – à la fois du nucléaire et des énergies fossiles, tout en réduisant la consommation finale d’énergie d’environ 39 % à l’échelle du pays.

Les projections des auteurs laissent entrevoir un impact positif considérable en terme d’emploi, la perte de quelques 3,9 millions d’emplois dans le système électrique actuel étant plus que compensée, avec un gain net de deux millions d’emplois supplémentaires.

Article dans la revue Sortir du nucléaire n°66 d’août 2015.