Deux poids deux mesures pour les syndicats agricoles

Pour beaucoup d’entre nous, l’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve […] Les acteurs de l’agro-industrie s’emparent maintenant du cœur même de notre métier : la production, ont déclaré le 17 juin dernier les neuf militants de la Confédération paysanne à l’issue des six heures du procès en appel. Leur tort ? Deux actions d’occupation et de démontage sur le site de la ferme-usine des 1000 vaches dans la Somme en septembre 2013 et mai 2014.

Ce projet porté par Michel Ramery, riche entrepreneur du BTP, consiste à élever des centaines de vaches nourries par des robots pour valoriser leur bouse en biogaz, opération plus rentable que la vente de leur lait. Les syndicalistes paysans y voient un pas de plus dans l’industrialisation de l’agriculture et dans la dépossession de leur métier par l’agro-business.
Le palais de justice d’Amiens les a condamnés en octobre dernier pour recel et dégradations sur bien d’autrui commis en réunion et refus de soumission au prélèvement biologique. Le jugement en appel, lui, sera rendu le 16 septembre prochain et les neuf d’Amiens encourent entre 2 et 5 mois de prison avec sursis et diverses amendes dont 250 000 euros de dommage et intérêts.

Alors que leur action était avant tout symbolique (quelques pièces de la salle de traite ont été dévissées puis remises en main propre au ministre de l’agriculture), il a été démontré par les autorités le 9 juin dernier que la ferme-usine était dans l’illégalité. Près de 800 vaches, au lieu des 500 actuellement autorisées, ont été décomptées et sont l’objet de conditions d’élevage catastrophiques. Quant aux membres de la FNSEA (le syndicat productiviste et majoritaire) qui ont saccagé et incendié en septembre dernier les bâtiments de la Sécurité sociale des agriculteurs du Finistère, ils n’ont toujours pas été inculpés…

Article de Mickaël Correia paru dans le journal CQFD de juillet-août 2015.

Agrobusiness et accaparement des terres agricoles

Agro-écologie ou agrobusiness ? intérêt général ou intérêts particuliers ?

En France, si le ministère de l’Agriculture clame haut et fort vouloir hisser notre pays au titre de champion de l’agro-écologie, la loi pour l’avenir agricole votée à l’automne dernier ne bouscule en rien les verrous de l’accès au foncier.
Les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) continuent d’être des organismes parapublics opaques qui participent à la concentration des terres aux mains des plus gros propriétaires. En 2013, la cour des comptes accusait même les Safer d’avoir »perdu de vue les missions d’intérêts général dont elles étaient investies », c’est à dire l’installation des jeunes. En 2012, sur les 88000 hectares rétrocédés par la Safer, seulement 2700 concernaient la première installation de jeunes agriculteurs… Alors qu’en dix ans, un quart des agriculteurs a disparu en France, les démarches pour l’installation demeurent un véritable parcours du combattant pour tout jeune paysan. Les différentes étapes et structures (Chambre d’agriculture, commission départementale d’orientation agricole, mutuelle sociale agricole…) liées à l’installation agricole restent aux mains de la FNSEA, le syndicat productiviste majoritaire. Face à ces embûches, aujourd’hui, seul un tiers des installations arrive à bénéficier d’aides publiques.

Dernière trouvaille dans l’arsenal des politiques publiques, la « compensation collective agricole », inscrite dans la loi d’avenir agricole, prendra effet en 2016.
Tous les projets d’aménagement « susceptible d’avoir des conséquences négatives importantes sur l’économie agricole » devront comprendre « des mesure de compensation collective visant à consolider l’économie agricole du territoire ».
Au vu des premières expérimentation en cours, la FNSEA, aux manettes de ce dispositif, a pour ambition d’en faire un nouvel outil de concentration des terres.

Xavier Beulin, la FNSEA et les agrocarburants

Ainsi dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique a-t-elle défini avec Vinci un futur « fond de compensation économique agricole » de 3 millions d’euros qui pourrait soutenir à terme la culture d’agrocarburants et des acquisitions de terres.
En Île-de-France, une mesure de compensation collective agricole s’est entre autres traduite par un vaste engagement d’achats de produits oléagineux auprès de Diester, filiale agrocarburants en mauvaise santé financière de Sofiprotéol, groupe agro-industriel dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA…

Les investissements étrangers dans le foncier agricole se multiplient également. Ces trois dernières années, des investisseurs chinois ont mis la main sur une centaine de domaines bordelais. Un fond de pension belge a déjà racheté des centaines d’hectares dans le nord de la France. En Bretagne, Synutra, géant de la nutrition infantile en Chine, fait actuellement construire à Carhaix une énorme usine de transformation de lait. À partir de 2016, 700 éleveurs livreront un million de litres à Synutra qui l’exportera en poudre de lait pour les nourrissons de la classe moyenne chinoise.

Extrait d’un article de Mickaël Correia dans le journal CQFD de juin 2015.

La FNSEA casse en toute impunité

Pour la justice, il y a deux poids deux mesures face aux syndicalistes paysans.
D’un coté un syndicat de paysans, la Confédération paysanne qui défend une agriculture respectueuse de l’environnement dont toutes les actions directes récentes (fauchage de champs OGM, démontage de quelques machines de traite dans la ferme usine des mille vaches) ont fait l’objet systématique de poursuites judiciaires avec à l’occasion des incarcérations.

De l’autre un syndicat légèrement majoritaire, la FNSEA, dont les manifestations ont été l’occasion de plus de dégradations que toutes les actions des Zadistes réunis (pourtant qualifiés par les premiers de djihadistes verts). Dans le sillage de leurs manifestations, de nombreux bâtiments publics ou associatifs sont saccagés (comme le 5 novembre dernier les locaux d’Europe Écologie à Toulouse) voire incendiés (comme la Trésorerie de Morlaix et les locaux de la Mutuelle sociale agricole au mois de septembre). Les membres de la FNSEA se sont livrés aussi à des actes de barbarie sur des animaux (en janvier 2013, des agriculteurs de la Manche passaient des étourneaux dans la fente de la boîte aux lettres d’une association écologiste, les mutilant pour beaucoup, le 5 novembre des ragondins étaient bombardés de peinture, battus et écrasés, le 25 novembre un sanglier était pendu sur le passage de François Hollande à Florange). Et ce sans aucune réaction de la police dont les enquêtes sont généralement au point mort. Et sans suites judiciaires. Les politiques condamnent mollement ces actes, Valls dit « être à l’écoute des revendications de la FNSEA ». Comment expliquer que les politiques agricoles successives aient été largement dictées par ce syndicat, la France préférant, par exemple, payer les amendes de Bruxelles plutôt que de faire appliquer comme ses voisins les directives environnementales en termes d’utilisation des intrants chimiques ?

Comment expliquer que ce syndicat censé défendre ces adhérents, les a poussés au surendettement pour cause de mécanisation à outrance et à la dépendance totale au cours des marchés des matières premières de l’élevage (alors que si on fait brouter ses vaches c’est gratuit) ?

L’explication est peut-être à trouver dans les intérêts des dirigeants du syndicat. Prenons Xavier Beulin, son président. En plus d’être un heureux céréalier prospère, il est surtout le président de Sofiprotéol, énorme groupe agro-industriel (7 milliards de chiffre d’affaires en 2013) dont les missions sont très loin d’être paysannes. Sofiprotéol, issu du lobby du colza, a fait fortune dans les années 90 avec sa filiale Diester sur le développement du biocarburant, non seulement exonéré fiscalement par le gouvernement Juppé, mais dont l’ajout au diesel a été rendu obligatoire.
Conséquence, le prix de nombre de céréales pour l’alimentation animale a flambé, étranglant un peu plus les éleveurs.

Autre paradoxe, le syndicaliste Xavier Beulin a soutenu une loi, en 2011, demandant aux agriculteurs ressemant leurs récoltes de verser une redevance aux semenciers… qu’il ait des participations chez ces mêmes semenciers doit être étranger à sa position. Et comme dans cette histoire tout est dans tout, deux semenciers importants (Ragt et In Vivo) ont signé avec Sofiprotéol et Unigrains un accord stratégique en 2010. Unigrains qui était avec l’Institut technique des céréales et des fourrages (ITCF), organisme public accusé par la Cour des comptes en 2008 de financer indirectement la FNSEA… Affaire classée sans suite comme la plupart des méfaits de ce syndicat… Xavier Beulin s’en fout plein les fouilles et les adhérents surendettés et couillons de son syndicat peuvent continuer à se suicider ou dévaster nos villes.

Article de Jean-Jacques Rue dans le journal Siné mensuel de décembre 2014.

La FNSEA et monsieur Beulin : abus de position dominante et conflit d’intérêts ?

Le patron des agro-entrepreneurs cumule près d’une douzaine de mandats, dont celui de président de Sofiprotéol, groupe agro-industriel qui domine le secteur des huiles et protéines végétales… réalisant en 2011 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ce géant de l’agro-business finance, entre autres, la recherche pour les OGM, vend de la chimie verte et joue le lobbying dans les alcôves du pouvoir.

Quand Xavier Beulin défend bec et ongles (manucurés) les agrocarburants, ce n’est pas par hasard : Sofiprotéol est leader européen de ces nécrocultures et a réussi à obtenir pour cette filière des exonérations fiscales qui,selon la cour des comptes, ont rapporté 1,8 milliard d’euros entre 2005 et 2010. Vous avez dit mélange des genres ? (…)

Xavier Beulin se targue d’avoir rencontré plusieurs fois not’bon Hollande en exhortant le candidat à créer un ministère où « agriculture et secteur agroalimentaire seraient intimement liés ». Quelques semaines plus tard, l’intitulé du nouveau ministère « de l’agriculture et de l’agroalimentaire » démontre à quel point Beulin a bénéficié d’une oreille attentive.

Extrait du journal CQFD de février 2013.

Si vous avez des interrogations sur le contenu de vos assiettes, vous savez à qui vous adresser…