La bataille pour le climat

« La bataille pour le climat, nous la gagnerons tous ensemble ! », Nous sommes tous sur le même bateau, tous sur la même planète ! », Nous ne résoudrons ces défis qu’en étant davantage réconciliés ! ».
Cet impératif, sauver la planète, nous rassemblerait tous, riches et pauvres, damnés de la Terre et actionnaires, par-delà les frontières, tous unis contre la catastrophe en cours ?
Éteindrait la lutte des classes » ?
Au contraire, me semble-t-il. Au contraire.
La crise écologique aiguise la lutte, la renforce.
La « guerre » ne porte plus seulement sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même.

« Il est temps de mettre vos différends politiques et sémantiques de côté. »
C’était le mardi 23 juillet dernier, salle Victor Hugo à l’Assemblée nationale.
Laetitia accompagnait Greta Thunberg, et elle nous exhortait à l’Union sacrée.
J’ai noté cette phrase, aussitôt, dans mon cahier à spirales.
J’avais déjà relevé, de Mathieu Orphelin, député qui initia cette journée : « La bataille pour le climat, nous la gagnerons tous ensemble ».
De Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée : « Cette rencontre est le signe que l’affaire environnementale concerne chacun, et qu’elle est désormais l’affaire de tous… Pointer
les fautes ou des responsabilités ne suffit plus. Le temps est désormais à chercher, collectivement, des solutions et des remèdes… Ici en France, l’écologie doit devenir une priorité absolue…
Nobles intentions, chaque jour démenties.

[…]

Quelle écologie voulons-nous ? Une écologie de consensus, qui signerait la fin des conflits, zéro idéologie, ni de droite ni de gauche ?
« La guerre des classes existe, déclarait le milliardaire Warren Buffett, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre et nous la remportons », mais ça ne vaudrait pas pour l’environnement ?

Mieux : ce nouveau spectre, le réchauffement, imposerait une Sainte-Alliance et mettrait fin à « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours, qui n’a été – selon Marx – que l ‘histoire de luttes de classes : hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons et serfs, maîtres de jurandes et compagnons, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée » ?

Cet impératif, sauver la planète, nous rassemblerait tous, riches et pauvres, damnés de la Terre et actionnaires, par-delà les frontières, tous unis contre la catastrophe en cours ?
Au contraire, me semble-t-il.
Au contraire.
La crise écologique aiguise cette lutte, la renforce. La « guerre » ne porte plus seulement sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même. Nous sommes engagés, vous, moi, mes enfants, dans un combat, des « Terriens » contre des « forces destructrices », de l’intérêt général contre les multinationales. Nous avons des adversaires, et ils sont organisés, avec des bataillons d’avocats, de lobbies, d’éditorialistes, d’élus, jusqu’au sommet des États, qui tout à la fois mènent la guerre et qui, chez nous, la dissimulent, qui la déguisaient hier sous des études climato-sceptiques, qui la masquent aujourd’hui sous la « croissance verte », le « développement durable », « nous ne pouvons agir seuls », « il nous faut un cadre européen », « ne pas nuire à la compétitivité », etc.

Ailleurs, cette « guerre » ne se dissimule pas, elle est ouverte. Les « forces destructrices » disposent de la police et de l’armée, de mercenaires qui, pour défendre leurs intérêts, fonciers, miniers, laissent des cadavres derrière eux.

Extraits du prochain livre de François Ruffin à paraitre fin octobre, aux éditions Les Liens qui Libèrent.
Ces extraits proviennent du journal Fakir de septembre 2019.

Les média du dérisoire

[…] ça participe de ma déprime : affronter les poupées Jivaro de l’info. Qui réduisent tout à des querelles, à des chapelles, à du dérisoire.

Un mercredi, dans l’Hémicyc1e, lors des questions au gouvernement, je monte au créneau sur la Depakine, sur les trente mille enfants souffrant d’autisme, sur le mépris de Sanofi, et je m’apprête ensuite, devant caméras et micros, à pointer les mensonges du Premier ministre. Mais sur quoi m’interroge-t-on ? Sur les étoiles du drapeau européen.

Tard le soir, en séance, malgré l’hostilité ambiante, je dénonce les complaisances et connivences entre Arnaud Lagardère Emmanuel Macron. Que retiennent les sites internet ? Ma chemise hors du pantalon.

Je publie un essai sur l’oligarchie, sur la fabrique des élites, comment peut-on diriger un pays qu’on ne connaît pas ? Je dépeins en contrepoint les Marie, les Anne, les Zoubir, les Peggy, que
j’ai croisés depuis vingt ans, et la dépêche AFP rassemble trois lignes ici, deux là, sur mes hypothétiques ambitions présidentielles…

Je passe sur France Inter, avec toute une tirade sur le printemps silencieux, la disparition des oiseaux, le bouquin d’Amos Oz, Soudain dans la forêt profonde, et ils titrent sur un tacle, lâché presque malgré moi, « François de Rugy à l’écologie, c’est une pitrerie ».

Et surtout, le feuilleton Mélenchon. Un mot de traviole, un bafouillage, un geste, et c’est parti sur le divorce, le conflit, la guéguerre, etc.

Tout ça m’ennuie.
Tellement.
Quel est mon credo depuis vingt ans ? Que la vie des grands n’éclipse pas la vie des gens. Que la politique, les médias, ne se bornent pas à la « chronique du roi Macron », comme Saint-Simon fit celle de Louis XIV, avec les paysans bien sûr absents. Je m’efforce de les « représenter », comme on le dit pour une peinture, de les représenter dans des articles, dans des livres, dans des films,
et c’est un titre qui me convient, aujourd’hui, « représentant de la Nation ».

Dans l’Hémicycle, je lutte avec mes petites histoires, d’une malade du cancer qui s’est fait couper le gaz, d’une maman qui cherche une accompagnante pour son enfant autiste, et qui appelle un numéro vert, et qui le rappelle en vain. Mais dans les médias, nada. On en reste à la course des petits chevaux. Aux sondages. A une partie de stratèges sur l’échiquier politique.
Et les journalistes, les journalistes politiques encore pires, se prennent pour des Machiavel, fascinés qu’ils sont par la lumière et les ombres de notre univers, pourtant si terne, le pouvoir…

Dans leur étymologie même les « médias » devraient être des passeurs, des intermédiaires, des médiateurs. Ils sont devenus des obstacles. Ils opacifient le réel, ils l’évacuent. La vie, le dehors, ne les intéressent plus, et les voilà enfermés dans le huis clos des élites, espérant faire du clic […]

Extrait d’un article de François Ruffin dans le journal Fakir de juin 2019.

Dépakine

[…] Sanofi, pour fabriquer la Dépakine, a rejeté dans l’atmosphère, pendant des décennies, des substances cancérigènes, mutagènes, 190 000 fois plus que la norme autorisée.

[…]
– C’est quoi, ça « Indulacq ?, je demande.
– C’est le regroupement des industriels du coin
– C’est eux qui organisent l’étude ?
– Ben oui.
– Donc ils vous font remplir tout ça pendant des mois, et vous leur rendez les résultats ?
– Oui.
– Et après ?
– Rien. Si, ils s’engagent à « faire d’autres études ». Ou à faire des travaux, mais ça leur coûte une blinde, alors ça traîne. Le temps des industriels n’est pas celui des riverains.
– Mais les élus, ils ne disent rien, quand les habitants leur remontent tout ça ?
– Déjà, les gens ne parlent pas, car beaucoup d’emplois sont en jeu. Ils ont peur. « Vous allez conduire à la fermeture du site, après, vous viendrez vous plaindre », ou « c’est bien ce que tu
fais, mais moi mon frère travaille chez eux, je ne peux pas », c’est ce qu’on me dit. Et les élus, ils nous disent que sans les industriels, ici, on ne serait rien. David Habib, le député, il m’a dit « Vous le saviez quand vous avez acheté ici » !
Son refrain, c’est : « Nous, ici, on a la culture du risque. »
Il a même traité les associations de riverains de « terroristes ». Début juillet, y a eu une réunion de la Commission de suivi de site. Y avait monsieur le Préfet, les élus, des maires, et des industriels. Moi, j’ai pas assez d’expérience pour parler devant tout ce monde. Les élus devaient le faire. Mais y en a pas un qui a posé une question pertinente. Pas un. Je suis ressortie de la sidérée. Ils nous baladent.

À Mourenx, en pleine ville cette fois, le docteur Marie-Christine Balasque tient son cabinet à la lisière d’un quartier populaire, entre PMU et barres d’immeubles.
« Un épisode m’a choquée, vraiment. Il y a quelques années, on nous demande de faire une formation spécialisée, pour remplacer une compagnie de pompiers qui partait. Moi, je pensais qu’on allait nous donner des éléments sur les risques toxiques et sanitaires dans le bassin de Lacq. J’ai posé des questions sur le sujet, mais on m’a répondu : « Non, on n’en parle pas, secret industriel. »

Alors, on se dit qu’on nous cache des éléments. Mais on n’a pas de preuves.
– Y a pas d’études sanitaires, épidémiologiques, ici ?
– Non. Rien…

C’est l’eldorado des industries, dans le coin. Quatre pôles sur quelques kilomètres carrés, parsemés d’usines chimiques qui crachent leurs résidus à longueur d’années, depuis un demi-siècle. Et dans la population, des fratries dont tous les enfants sont autistes, une explosion des cancers rares chez les jeunes, de démence ou de maladie d’Alzheimer.
« Là, actuellement, c’est les cancers du pancréas, ça monte en flèche » …

Extraits d’un article de Cyril Pocréaux dans le journal Fakir de janvier 2019.

Jojo avec un gilet jaune

1,7 %. On en était arrivés à ce chiffre, il y a quatre ans, à l’écoute de France Inter. La , direction venait de rayer « Là-bas si j ‘y suis » de sa grille, et avec vous, amis fakiriens, nous avions opéré un décompte, chrono en main : 18 minutes. 18 minutes sur 18 heures. 18 minutes sur 1080 minutes. Soit, donc, 1,7 %. Voilà le temps que France Inter consacrait aux ouvriers, employés, travailleurs, appelez-les comme vous voulez. Voilà ceux qui ne parlaient pas. Qui parlait à la place ? Les artistes, les experts, les patrons. Alors que les classes populaires représentent, d’après l’Insee, la majorité de la population, elles étaient marginalisées à la radio.

Elles le sont toujours, et pas qu’à France Inter. Le dernier baromètre – diversité du CSA en témoigne : « La représentation à l’antenne est très éloignée de la réalité », « le Conseil observe une quasi-absence des personnes en situation de précarité », etc.
À l’inverse, « 88 % des personnes montrées dans les sujets d ‘information  appartiennent aux CSP+. »
La même chose qu’à l’Assemblée : les ouvriers – employés ne représentent que 2,7 % des députés. Quand les diplômés, médecins, avocats, DRH, consultants. enseignants, journalistes, etc., trustent presque tous les sièges. Et ce Parlement se prétend « représentation nationale » !

C’est l’irreprésentation organisée… Étrange démocratie où la majorité est invisible. Où les classes populaires sont éliminées de la photo.
C’est notre obsession, depuis vingt ans, à Fakir : qu’on les voie. Qu’on les entende. Que la vie des grands n’éclipse pas la vie des gens. Alors là, en ce moment je me régale : les Gilets jaunes crèvent l’écran. Aide-soignantes, intérimaires, camionneurs, vendeurs, chômeurs, occupent radios et télés. Même si c’est pour de mauvaises raisons, d’audimat, même si c’est entourés des éditorialistes, qui leur servent la leçon, même si ça ne dure qu’un moment, je prends.

Notre président, ça lui donne de l’urticaire, à lui : « Jojo avec un gilet jaune a le même statut qu’un ministre ou un député ! », déplore-t-il en petit comité. Plutôt que leur quasi absence, y compris à l’Assemblée, ce qui le gêne, lui, c’est qu’on les aperçoive enfin, que le peuple pointe le bout de son nez dans des médias d’habitude réservés à sa caste. Que des affreux Jojos viennent déranger son club très select, son aristocratie de diplômes et d’argent.

Extrait d’un article de François Ruffin dans le journal Fakir de janvier 2019.

Attali Macronie Sanofi

Commission Attali, automne 2007

Rapporteur de la Commission Attali « pour la libération de la croissance », Emmanuel Macron, jeune inspecteur des Finances, fréquente alors dans ce cercle prestigieux les patrons de Nestlé, du Crédit agricole, d’Essilor, etc. Et Serge Weinberg, alors président de son propre fonds d’investissement, Weinberg Capital Partners, ancien président du directoire du groupe PPR, Pinault-Printemps-Redoute, et siégeant dans de multiples conseils d’administration. Le businessman souffle alors un conseil à Macron : « Enrichis-toi avant d’entrer en politique ! » Il lui montre même la voie : un an plus tard, grâce à Weinberg, le jeune impétrant, 31 ans à peine, part pantoufler comme banquier d’affaires chez Rothschild et Cie. En charge de fusions acquisitions, il gère des deals entre autres, pour Sofiprotéol, pour Nestlé ou pour Lagardère. Et fait fortune. Tandis que Serge Weinberg préside, lui, Sanofi à partir de mai 2010.

France 2, mars 2015.

Pour Cash Investigation, Élise Lucet s’en va interroger le ministre de l’Économie. C’est un visage encore peu familier pour le grand public. Le jeune Emmanuel Macron n’est en poste que depuis six mois, à peine. Il était auparavant dans l’ombre : conseiller spécial de François Hollande. Actif, influent, certes, initiateur notamment du Crédit impôt compétitivité emploi, mais dans l’ombre.

Désormais en pleine lumière. Élise Lucet l’interroge sur Sanofi et le Crédit impôt recherche.
« Élise Lucet : Vous versez des Crédits impôt recherche à Sanofi. Pour 2013, par exemple, c’est 125 millions d’euros, et c’est le minimum, chaque année, qui a été versé à l’entreprise…
Émmanuel Macron : Oui.
Élise Lucet : il y a un Crédit d’impôt recherche, qui est versé à un groupe, et qui a supprimé des postes où ? Dans la recherche ! Alors ça, franchement, c’est assez incompréhensible… »

Le ministre, lui, ça ne le choque pas, cet usage des deniers publics :
« Si on n’avait pas ce Crédit d’impôt recherche plébiscité par toutes les entreprises, petites et grandes, Sanofi aurait mis depuis des années toute sa recherche, et sans doute même ses quartiers généraux, hors de France. »
C’est du n’importe quoi.
Des rapports, autant du Sénat que de l’Assemblée, prouvaient le contraire, le grand gâchis du CIR chez Sanofi.

Tout cela, un ministre de l’Économie ne pouvait l’ignorer.
Élise Lucet insistait, du coup :
« Pourquoi ne pas dire l’État vous donne de l’argent sous forme de crédit impôt recherche, ne supprimez pas d’emplois dans la recherche » ? »
Mais Emmanuel Macron n’en démordait pas : heureusement qu’on leur versait des millions par centaines, à Sanofi, sinon…
Voilà qui était en charge des finances publiques.
De nous défendre contre les prédateurs.
Serge Weinberg avait dû croiser sur sa route des adversaires un peu plus coriaces…

Élysée, dimanche 14 mai 2017.
Emmanuel Macron a quitté Bercy, mais ses amitiés l’ont accompagné. Aussitôt lancé dans la course à l’Élysée, dès 2016, Emmanuel Macron reçoit le soutien implicite ou explicite de nombreux patrons, dont des patrons de presse : Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère… et bien sûr Serge Weinberg.
Doit-on s’étonner, dès lors, de la scène qui se joue le 14 mai, au palais de l’Élysée ?
Nous sommes en pleine cérémonie de passation de pouvoir entre François Hollande et son jeune successeur.
Emmanuel Macron sert des mains à la chaîne, empile les amabilités. Soudain, il fend la foule, brise les premiers rangs des courtisans présents pour aller saluer un ami, en arrière-plan. Qui a droit à cet honneur ? C’est Serge Weinberg, le PDG de Sanofi.

Extrait d’un article de François Ruffin dans le journal Fakir de septembre 2018.

Centrafrique

[…] Mais qu’est-ce qui avait fait de la Centrafrique « un pays en voie de dislocation » ?
On avait trouvé la réponse dans un DVD : The Ambassador.
C’est un documentaire à la Bora ou à la Michael Moore : le réalisateur Mads Brügger se fait nommer consul en Centrafrique
et là, jouant les biznessmen, il s’adonne au trafic de diamants, corrompt des ministres, dévoile l’envers d’un fragile décor diplomatique.

Au passage, notre Tintin scandinave croise un drôle de zigue, Guy-lean Le Poll, ancien légionnaire, devenu mercenaire, « chargé de mission auprès du chef de l’État (François Bozizé, en 2011), pour tout ce qui concerne la sécurité intérieure d’État, c’est-à-dire espionnage, contre-espionnage, ingérence, contre-ingérence ».
Ce barbouze à la panse énorme, assassiné depuis, délivre, en caméra cachée, une analyse géostratégique moins enthousiaste que nos médias : « Historiquement, la France considère la République centrafricaine comme son livret de Caisse d’épargne, c’est-à-dire qu’elle pense, et elle croit que tout ce qui est dans le sous-sol est à elle. Et à personne d’autre. Dans le sous-sol, on a du cuivre, du fer, du manganèse, du cobalt, de l’uranium, du mercure rouge. Il y a tout ça. On sait où, mais à chaque fois qu’on (l’État Centrafricain) demande une subvention, une aide ou quelque chose pour faire des phases d’exploitation, on a des problèmes.

– Comment font-ils ?
– Quand vous voulez empêcher quelqu’un de courir, on met un caillou dans sa chaussure. Si on veut empêcher un État de se développer, les ressources qu’il va utiliser pour courir après les rebelles, il ne pourra pas les utiliser pour se développer.
Charles Massi était ministre d’État, et il a profité de sa position pour détourner l’argent de l’État, acheter des armes, et monter une rébellion, essayer de faire un coup d’état, avec l’aide de la France.
La colonne qui a attaqué Birao avait vingt-sept véhicules. Les Français le savaient très bien, mais ils n’ont rien dit. Le caillou dans la chaussure. »

Sans compter l’asile qu’on offre à des réfugiés politiques d’un genre particulier : « Les Français ont donné une très mauvaise habitude aux Centrafricains, qui est la corruption. Quand on attrape un ministre, ici, qui est corrompu, il obtient automatiquement un visa, un passeport, et une carte de séjour en France. »

Puis, dans le Fakir de juin 2016, on revenait sur les scandales de viols qui touchaient l’armée française, toujours en Centrafrique.
« L’honneur de la France serait engagé », s’émeut François Hollande depuis Washington. C’est que l’Unicef a recueilli le témoignage de quatre-vingt-dix-huit jeunes filles violées par des Casques bleus. « On ne peut pas et je ne peux pas accepter qu’il y ait la moindre tache sur la réputation de nos armées, c’est-à-dire de la France. »
Il y a deux ans déjà, Le Guardian publiait le rapport d’une employée de l’ONU, rapportant des viols commis par des militaires français sur des enfants de neuf à treize ans.

François Hollande menaçait alors de sanctions « exemplaires », il se montrerait « implacable ». Depuis, aucun des soldats mis en cause n’est poursuivi par la justice.
Mon copain Djouneid, para à la retraite, m’en avait déjà causé, des « opérations » au Tchad, au Liban, en Centrafrique, et de toute la saloperie qu’el1es charriaient.

Extrait d’un article du dossier « Françafrique » dans le journal Fakir de février 2018.

Moscovici et le Cercle de l’Industrie

Le cercle de l’industrie

Moscovici a vice-présidé, durant des années, jusqu’en 2012, le Cercle de l’Industrie.
Kezako ?
Un lobby. Un lobby patronal.
Qui, je recopie leur site, « rassemble 40 grandes entreprises françaises » : Total, L’Oréal, Lafarge-Holcim, Dassault, Sanofi, etc.
« Créé en 1993, le Cercle de l’Industrie est un lieu de dialogue et d’échanges destiné aux grandes entreprises industrielles… Il se distingue par sa spécificité industrielle, son engagement pour la construction européenne et son bipartisme politique… »
Une fois quittée la vice-présidence du Cercle, Pierre Moscovici le fréquente toujours, mais, comme invité. En tant que ministre de l’Économie (le 10 juin 2013), puis comme Commissaire européen aux affaires économiques et financières (8 juillet 2015, 1er juin 2017).

Comment est né ce lobby ? À l’initiative de Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l’Industrie, comme le narrent Véronique Le Bihon et Vincent Giret dans Les Vies cachées de DSK :

Ce petit matin de février 1993, tout le CAC 40 défile en haut des Champs- Élysées. De leurs voitures avec chauffeur, descendent Lindsay Owen-Jones (PDG de L`0réal), Didier Pineau-Valencienne (Schneider), […]

À l’appel de leur ministre, Dominique Strauss-Kahn, trente-cinq patrons se rendent au siège de Publicis. Et à sa demande, encore, ils acceptent de verser 200 000 francs chacun pour son futur « Cercle de l’industrie« .
C’est que DSK le sait, déjà : les carottes sont cuites. Le Parti socialiste sera balayé aux prochaines législatives. Mieux vaut préparer son reclassement, dès maintenant « Ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur », […] il a bien rempli son carnet d’adresses, des amitiés sont nées, et une idée : défendre les intérêts des industriels à Bruxelles.
Pour bâtir l’Europe sociale, voilà qui paraît urgent à Dominique Strauss-Kahn : créer un nouveau cénacle patronal… « Il est sûr que son travail au Cercle a contribué à asseoir sa popularité parmi les patrons », témoigne Bertrand Collomb, le boss des ciments Lafarge.
Il fallait bien, plaidera-t-il ensuite, « connaître la vie des entreprises »…

« Populaire parmi les patrons », il sera ainsi logiquement, nommé ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Jospin en 1997. Tout comme le « populaire » Jacques Delors le fut du gouvernement Mauroy. Tout comme le « populaire » Moscovici le sera du gouvernement Ayrault. Tout comme le « populaire » Macron du gouvernement Valls. Les patrons choisissent ainsi leurs propres ministres. Parmi leurs lobbyistes…

« Comment Moscovici veut en finir avec l ‘évasion fiscale. »
C’est BFM qui annonce ça, et sans ironie. Et de résumer : « Le commissaire européen aux Affaires économiques a d’abord rappelé son souhait d’établir une « liste noire des paradis fiscaux », une proposition que Bruxelles doit examiner « dans un mois ». « Il faut des sanctions », a-t-il martelé, appelant à « frapper au portefeuille » les entreprises et les pays encourageant ce genre de pratiques. »
C’est rigolo, non ?

Extraits d’un article de François Ruffin dans le journal Fakir de décembre 2017.

Vaccins : Semblant de démocratie

Il faut remonter à l’an dernier, à 2016. Une enquête secoue le petit monde de la médecine : elle révèle que, parmi 67 pays, les Français sont les plus méfiants à l’égard des vaccins. Le seul en rouge très foncé sur la carte, répondant « non » à plus de 40 % à la question : « En général, je pense que les vaccins sont sûrs ».
D’où l’idée d’une « consultation citoyenne ». Logiquement, elle devrait être confiée à la Conférence nationale de santé, qui siège depuis 1996. Mais voilà que son président, Thomas Dietrich, en claque la porte, dénonçant « une instance consultative fantoche ».

Nous recopions ici largement son entretien avec LeLanceur.fr, tant sa position nous paraît juste :

Thomas Dietrich : Nous devions organiser un grand débat public sur la vaccination, notamment parce qu’il y avait beaucoup de questions à ce sujet. En fait, le jeu était biaisé. La ministre a commencé à vouloir relire les avis de la Conférence nationale de santé avant qu’ils ne soient publiés, notamment pour expurger les passages qui ne convenaient pas à son cabinet ministériel. Concernant le grand débat public sur la vaccination, le format que j’avais monté était jugé trop indépendant…
L’organisation a donc été retirée à la Conférence nationale de santé pour la transférer à l’Agence nationale de la santé publique (ANSP), une agence sous tutelle de l’État qui, en parallèle, fait de la publicité pour les vaccins.
[…]
Le ministère avait peur que ce débat libère la parole. En fait, il y avait surtout la peur d’une sorte de curée contre la vaccination qui soit orchestrée par les ligues anti-vaccinales, qui, soit dit en passant, sont assez virulentes, voire violentes.
De mon côté, j’ai toujours dit que tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie. Le but était d’organiser un vrai débat, pour qu’on pose les bonnes questions et qu’on arrête d’avoir une baisse de la couverture vaccinale.
[…]
« Le semblant de démocratie » va néanmoins se poursuivre, via un « Comité d’orientation de concertation citoyenne de la vaccination ». Avec pour but, donc, de rétablir la confiance…
Mais quelle en est la composition ?
« Les déclarations publiques d’intérêts de trois des seize membres du comité d’orientation mentionnent des liens d ‘intérêts avec des laboratoires développant des vaccins », note Le Monde. Plus un quatrième, « le professeur Thierry May qui ne mentionne pas des dizaines de conventions et avantages avec des laboratoires pharmaceutiques, dont MSD et Sanofi ». Plus une cinquième, « Claire-Anne Siegrist, professeur de vaccinologie et de pédiatrie, qui entretient des liens avec DBV Technologies, qui étudie un vaccin épicutané sous forme de patch de rappel contre la coqueluche. »
Plus un sixième, le président du comité : « Le professeur Fischer n’a pas mentionné le prix Sanofi-Institut Pasteur reçu pour ses recherches sur les déficits immunitaires, d’un montant de 100 000 euros. » Et tout ça, alors que « promouvoir une réelle pédagogie de la transparence » est une priorité du comité.
L’association Formindep, qui œuvre pour une information médicale indépendante, évoque un « fiasco déontologique ». Bref, de quoi rétablir une pleine « confiance »…
[…]
D’où cette idée d’agir en deux temps : d’abord élargir l’obligation vaccinale, puis à terme, supprimer l’obligation vaccinale comme ailleurs en Europe. Pour les récalcitrants, serait proposée une clause de refus : les parents réfractaires signeraient un document « pour leur faire prendre conscience qu’ils prennent une responsabilité, une prise de risque pour leur enfant et pour la communauté des gens qui vivent autour d’eux et qu’ils risquent aussi que leur enfant puisse être refusé par une directrice de crèche, ajoute le médecin. Toutefois, s’il y avait trop de refus de la vaccination, cette possibilité d’exemption pourrait être supprimée. »

Extraits d’un dossier sur la vaccination dans le journal Fakir de septembre 2017.

Trop chers salariés

Vanguard group

[…] Qu’on divise ça, maintenant, par votre salaire annuel : 25 O00 € à peu près (avec toutes les cotisations, retraites, chômage, maladie). Ça nous donne 520. Ça signifie qu’un ouvrier de chez Whirlpool doit travailler 520 ans pour égaler le revenu annuel du PDG. Soit depuis la découverte de 1’Amérique par Christophe Colomb ! Ou bien, traduit autrement : à lui tout seul, ce Jeff Fettig gagne plus que tous les salariés de Whirlpool Amiens, plus ceux du sous-traitant Prima, plus les intérimaires ! C’est déjà indécent. Mais l’indécence sublime, c’est de prétendre que, aujourd’hui, c’est vous, ce sont les salariés d’Amiens, et de Prima, et les intérimaires, qui coûtent trop cher ! Qui ne sont pas compétitifs.
[…]
Qui connaît William MacNabb, ici ? Attendez, on vous le montre…
C’est le PDG de Vanguard Group. Qui connaît Vanguard Group ? Vanguard Group, c’est un fonds qui gère 3 000 milliards d’euros, soit un peu plus que le PIB de la France. Et Vanguard c’est, notamment, le principal actionnaire de Whirlpool. Donc, quelque part, William MacNabb c’est le patron du patron Jeff Fettig…

Le fonds Vanguard Group est également actionnaire de Monsanto. La multinationale de la chimie qui déverse le Roundup, tous les pesticides, le Lasso, les OGM, avec du cancer pour les agriculteurs, de la pollution dans nos rivières, l’agent orange pendant la guerre du Vietnam.

Le fonds Vanguard Group est aussi actionnaire de la société pétrolière Exxon, avec sa marée noire en Alaska. Depuis des décennies, et encore aujourd’hui, Exxon a financé des lobbies, des recherches orientées, les a publicisées, pour défendre l’idée que le climat se réchauffe naturellement, que ce n’est pas à cause de l’activité humaine, et encore moins du pétrole.

Le fonds Vanguard Group, c’est également l’actionnaire de Dow Chemical. C’est-à-dire la catastrophe de Bhopal, en Inde, en 1984 : plus de 20 000 morts, plus de 300 000 malades. Et l’entreprise a usé de toutes les chicaneries juridiques, de tous les stratagèmes d’avocaillons, pour ne pas payer, ou le moins possible, pour retarder les échéances, sans excuse publique, jamais honteuse.

Le fonds Vanguard Group, c’est enfin l’actionnaire de Foxconn, le sous-traitant de Apple en Chine, surnommé les « usines à suicides ››.

Je liste ça parce qu’on le voit, séparer l’écologie et le social n’a pas de sens. De même qu’opposer les travailleurs de Picardie, d’Inde ou de Chine. Derrière tout ça, il y a un ennemi commun : William MacNabb, The Vanguard Group, cette finance qui a mille noms, mille visages et presque tous les partis… C’est une seule et même bataille qui est engagée ici et ailleurs, avec un enjeu clair : ne pas laisser notre destin, ni celui des salariés d’Amiens, ni celui de la planète, entre les mains de ces seigneurs.

Extraits d’un article de François Ruffin dans le journal Fakir d’avril juin 2017.

L’Europe des délocalisations

Monsieur Gest, député-président de la métropole, Monsieur Bertrand, président des Hauts-de-France, êtes-vous des crétins ?
C’est la question que je me pose, à la lecture de votre communiqué :
« C’est avec colère et incompréhension que nous apprenons la décision de Whirlpool de fermer définitivement en 2018 son site de production de sèche-linge situé à Amiens. »
« Cette fermeture répond à des impératifs exclusivement fondés sur la rentabilité financière… L’objectif de la Direction est bien de procéder à une simple délocalisation en s’appuyant sur une minimisation du coût du travail en Pologne… »
[…]
Mais non, je ne vous prends pas pour des crétins.
Vous comprenez très bien tout ça. Vous feignez juste de ne pas comprendre, plus hypocrites qu’imbéciles.
Vous comprenez d’autant mieux que, depuis des décennies, pas tout seuls, non, avec tous vos collègues, avec vos partis, mais vous aussi, personnellement, vous qui avez siégé au Parlement européen, ou à l’Assemblée nationale, ou dans des gouvernements, depuis des décennies vous approuvez cette Europe de « la libre circulation des capitaux et des marchandises ».
Cette Europe dont le but, oui, le but, la finalité voulue, recherchée, affichée par ses dirigeants (je vais y revenir, le redémontrer) n’est pas « la paix », la « prospérité » et autres salamalecs, mais la « concurrence libre et non faussée » des travailleurs entre eux. La recherche du moindre coût. Le profit pour les actionnaires.
Cette Europe qui fait de Whirlpool non une exception, mais la règle. Cette Europe qui fait des multinationales nos maîtres, vous, oui, Alain Gest, Brigitte Fouré, Xavier Bertrand vous l’avez voulue, vous l’avez fabriquée.
[…]

Le rapport Secafi Alpha

Les travailleurs slovaques acceptaient, d’après les documents, des « salaires dix fois moins élevés ». Sans compter des cotisations maladie directement payées par l’État. Au final, en France, la main d’œuvre représentait 12 % de la valeur du lave-linge. Contre 2 % en Slovaquie.
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Le marché unique validé, la European Round Table n’en reste pas là. Elle pose, aussitôt, au tournant des années 1990, une autre revendication : « Les routes sont trop étroites, déplore Giovanni Agnelli, le patron de Fiat, lors d’une émission La Marche du siècle. Le trafic va doubler dans les années qui viennent, si l’Europe se fait. » (18 septembre 1991)
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La réponse de Jacques Delors ne se fait pas attendre : il apporte satisfaction en direct : « On ne pourra pas tirer tous les bénéfices du grand marché intérieur si l’on ne peut pas circuler plus vite et moins cher dans toute l’Europe. »
Dès 1991, le président de la Commission lance le TEN – le Trans Europe Network. Qui comporte 12 000 kilomètres de voies rapides pour poids lourds. Les barrières douanières étaient abolies, jusqu’à l’Europe de l’Est. Les barrières monétaires tomberaient avec Maastricht. Il convenait donc, également, de faire tomber les barrières physiques : que les distances soient raccourcies par des autoroutes, que les montagnes soient aplanies par des tunnels, que l’on roule même sous les mers. De quoi gagner du temps. Et donc de l’argent. Que règne la « libre circulation des marchandises », et à moindre coût.

Extraits d’un article de François Ruffin dans le journal journal Fakir de février mars 2017.