Néo-Extractivisme

L’extractivisme a certes toujours existé en Amérique latine, mais depuis quelque temps nous assistons à une accélération de l’extraction des ressources du sous-sol.
Dans un conte×te de crise socio-écologique, la majorité des gouvernements ont adopté un modèle néolibéral de mal-développement qui accentue la pression sur les biens et les terres.
En exigeant toujours plus de ressources minières et énergétiques, il crée des phénomènes croissants de dépossession territoriale.

On distingue actuellement plusieurs formes de néo-extractivisme : la multiplication des projets miniers d`or, d’argent et de cuivre qui sont le fait d’entreprises canadiennes et, de plus en plus, chinoises ; l’exploitation des terres rares utilisées dans les technologies de pointe (lasers, radars, etc.) et dans l’industrie du numérique et celle des gaz et pétroles de schiste par fracturation hydraulique (le « fracking ») ; enfin, la construction de méga-barrages hydroélectriques, notamment en Argentine et au Brésil, qui sont un désastre pour l’environnement.

C’est surtout à partir de 2013-2015 que s’est intensifié le néo-extractivisme lié aux énergies extrêmes : fracking, off-shore profond, sables bitumineux.
Le site de Vaca Muerta en Argentine a commencé à cette époque a être exploité avec une vision « eldoradiste » totalement irréaliste : le pays allait soi-disant devenir une puissance énergétique mondiale… alors que nous importons toujours du gaz de Bolivie ! Le fracking a colonisé toute la province de Neuquen, le sud de celle de Mendoza et dans l’Alto Valle de Rio Negro, il s’est même développé au milieu des plantations traditionnelles de poires et de pommes.

Le gouvernement entretient un discours totalement hypocrite qui mêle les intérêts des producteurs de fruits à ceux des compagnies pétrolières ; lesquelles sont subventionnées, en particulier lorsque les cours mondiaux du pétrole baissent, afin de les inciter à rester.
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Le néo-extractivisme s’est ensuite étendu au Mexique et à la Colombie. Bien sûr, il y a des résistances, en particulier lorsque les syndicats sont en lien avec les communautés locales. Par exemple, en Colombie, ou les travailleurs du pétrole sont contre la fracturation hydraulique et mènent des actions en vue de l’interdire. Mais jusqu’ici, seul l’Uruguay a imposé un moratoire sur le fraocking. Au Mexique, le président Lopez Abrador s’est également engagé dans ce sens pendant sa campagne ; mais qu’en sera-t-il vraiment ?

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La répression est en effet terrible : l’Amérique latine est la région du monde où l’on assassine le plus les militant-e-s des droits de l’homme, les femmes et les activistes environnementaux qui militent contre l’extension des mines et l’agrobusiness (la déforestation massive, l’utilisation des pesticides…). […]

Extraits des réponses de Maristella Svampa, sociologue argentine, dans un entretien réalisé par Isabelle Bourboulon dans Lignes d’attac d’avril 2019.

Réchauffement

À l’évidence, ce monde connaît un tournant historique. Nous allons vers un réchauffement de trois à quatre degrés par rapport à 1880, et cela d’ici la fin du XXIe siècle. Un chaos climatique s’annonce. Et si rien n’est fait, il pourrait rendre inhabitables de grandes parties de cette planète – à l’orée 2300, c’est carrément un réchauffement de 8 à 13 degrés qui est envisagé… Dans ce contexte, les négociations pour le climat que mène la petite caste des gouvernants, à l’abri dans des bureaux climatisés, paraît bien risible.

Alors oui, la situation est catastrophique, non seulement au vu des conséquences très réelles et physiques de ce « crime » climatique, mais aussi en regard de l’hégémonie de ces gouvernants qui prétendent apporter les solutions aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes initiés. Il est aussi de plus en plus clair que ce n’est pas la prétendue « transition énergétique » qui apportera le salut de l’humanité, puisque celle-ci consiste en réalité en une addition des énergies fossiles, nucléaires et renouvelables.

Les historiens de l’énergie et de l’extractivisme, par exemple Christophe Bonneuil, Philippe Bihouix ou encore Anna Bednik, l’ont bien montré : cette transition est d’abord et avant tout une transition de l’économie en recherche de nouveaux gisements. La fusion entre les technologies de l’information et le high tech énergétique incarne cette troisième révolution industrielle louée par les apôtres de l’économie verte. Une fusion qui n’est possible qu’avec l’extraction pharaonique de métaux et terres rares, nécessairement accompagnée d’immenses ravages environnementaux et humains. Voyez le dernier livre de Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, c’est édifiant.

La fable de l’économie verte est ainsi en train de tomber. Seulement voilà, malgré l’urgence de la situation, nous allons perdre 50 ans en nous lançant dans cette nouvelle religion verte de l’hyper-industriel. Un demi-siècle d’extractivisme fou, jusqu’à l’épuisement de ces nouvelles mines… Non décidément, la solution ne viendra pas de ces géo-ingénieurs et autres intendants de la planète.

Comment croire des êtres qui prétendent gouverner le monde depuis un point de vue si manifestement étranger à celui-ci ? Comme s’ils pilotaient le globe depuis une cabine spatiale – rien de ce qui arrive ne semble les toucher sensiblement. Si nous devons prendre à bras- le-corps les problèmes de notre temps, ce sera sans eux. Comme le montrent bien les camarades de l’Amassada à travers leur lutte contre le méga-transformateur RTE et les méga- centrales éoliennes du Sud-Aveyron. Ce n’est pas à une politique de gestion technocratique, de management écologique, quel qu’il soit, ou de gouvernance climatique qu’il faut en appeler, mais bien à un radical retour sur Terre. En finir avec cette vue surplombante sur les êtres, qui les réduit à des lignes d’algorithmes et à des plans comptables, serait déjà un bon début.

Il s’agit donc d’habiter ce monde, au plein sens du terme. C’est-à-dire partir de là où on vit, de là où on lutte, partir de nos situations singulières, élaborer des liens entre les êtres qui sont là, humains et non-humains, commencer à regarder les sols non comme une matière première mais comme une architecture vivante, comprendre une forêt non comme un stock sur pied mais comme une communauté de vie. Tout est à réapprendre à ce niveau sensible des connaissances. Cela s’annonce passionnant. Et augure de bien des alliances inédites. L’objectif est d’en finir avec la posture universelle d’un Homme maître et possesseur de la nature. Nous en avons assez soupé de cette pathologie toute occidentale.

Extrait d’un entretien de Jean-Baptiste Vidalou (auteur de Être forêts – Habiter des territoires en lutte) dans CQFD de février 2018.

Cop 21, la communication événementielle

Si par profession de foi participative le gros des ONG croit encore aux vertus miraculeuses des Grands-messes et promesses solennelles des États sur le climat, les francs-tireurs bien informés de ces mêmes organisations ont cessé de se bercer d’illusions et mettent un point d’honneur à anticiper l’échec de la Cop 21.
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Pour les plus critiques, la messe est dite. La question ne se pose même plus, ces négociations sommitales ostentatoires et ultra-médiatisées sous le signe de la finance omniprésente s’annoncent comme une énième vaste et affligeante fumisterie : Le résultat de la Cop 21 est écrit… depuis 1972, S’il s’agit de bien accueillir les convives (…) de superviser des débats qui tournent en rond, la Cop 21 peut être très bien « réussies ». Sur le fond par contre, on voit mal comment on pourrait réussir des négociations qui n’ont jamais eu vocation à aboutir. Car les grandes puissances économiques et les classes dirigeantes ont choisi, et depuis longtemps, la course aux profits plutôt que la protection des ressources. (citations d’Aurélien Bernier dans La Décroissance n°121)

Pendant que la « Coalition Climat 21 », regroupement large et apolitique d’ONG, syndicats et autres associations fait dans la mobilisation unanimiste et l’événementiel pour apporter sa contribution participative à la Cop 21, les franc-tireurs se démarquent et annoncent d’avance la saveur amère de l’échec. Même le paysan philosophe Pierre Rabhi, personnage hautement consensuel dans le paysage médiatique hexagonal, a exprimé clairement son pessimisme sur la réussite de cette grand messe… Pour ne rien arranger, il faut rappeler aussi qu’au début de l’année 2015, la revue Nature avait versé en mise en bouche la ciguë dans le calice du capitalisme. Durant les deux prochaines décennies, le programme obligatoire des réjouissance s’avère tout simplement inenvisageable sans un changement radical dans notre mode de vie non négociablePour donner une chance de limiter le réchauffement à moins de 2°C, un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus des trois quart des réserves de charbon devraient rester sous terre. (citations de la revue Nature du janvier 2015) La ciguë est donc servie en primeur aux extractivistes et un régime hypocalorique drastique s’impose au plus vite pour la civilisation thermo-industrielle.
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Disons-le sans détour, avec cette vingt-et-unième version de la Cop, l’État organisateur officialiserait en grande pompe son entrée dans l’ère du capitalisme du désastre.

Rappelons que selon ce concept, avancé et argumenté par Naomi Klein dans son livre Stratégie du choc, vers la montée d’un capitalisme du désastre, les crises et catastrophes quelle qu’en soient leurs origines ne sont plus considérées par les acteurs économiques transnationaux comme des problèmes mais comme autant d’opportunités d’investissement et de croissance économique.
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Par le traitement apporté à cette 21e version Cop, son décorum grandiose et béatement œcuménique, il est difficile de ne pas voir l’organisation d’une communication événementielle au profit de ces transnationales désormais labelisées amies du climat et ouvertement présentées comme porteuses de solutions. Grands groupes financiers et industriels invités d’honneur à la Cop 21 nous sont présentés officiellement comme autant de bienfaiteurs potentiels (citations du monde.fr). Avec EDF comme sponsor et invité d’honneur, la France pérennise sa Bérézina nucléaire.

Extraits d’un article de Jean-Marc Sérékian dans le journal Les Zindigné(e)s de novembre 2015.

Areva, une société philanthropique

Mi-novembre 2014, la fondation Areva s’auto-congratulait du lancement de deux nouvelles opérations humanitaires, l’une pour scolariser 900 enfants nigériens, l’autre, en partenariat avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, pour faire opérer en France cinq enfants nigériens, atteints d’une malformation cardiaque et dans l’incapacité d’être opérés dans leur pays d’origine faute de matériel, de compétences ou de moyens financiers.

Mais cette absence de moyens financiers ne serait-elle pas en bonne partie causée par les exonérations fiscales exorbitantes dont les filiales d’Areva exploitant l’uranium nigérien ont bénéficié depuis des décennies ? Il faudrait que la Fondation Areva communique un peu plus avec sa maison mère : elle aurait pu l’inciter à être plus souple lors de la dernière négociation de son contrat avec l’État nigérien pour l’exploitation de l’uranium. Ces négociations ont duré pas moins de 18 mois, et il a fallu la pression de la société civile nigérienne et d’ONGs internationales (à commencer par Oxfam) pour que cet accord rééquilibre (un peu) les choses en faveur du Niger, à savoir pour que – au moins sur le papier – l’accord respecte… le code minier du Niger, une loi de 2006.

L’indécence atteint son comble avec cette opération en partenariat avec Mécénat Chirurgie Cardiaque. D’une part, les mines d’uranium d’Areva polluent l’environnement de dizaines de milliers de Nigériens et les contaminent, accroissant les risques pour leur santé. D’autre part, le lobby nucléaire (au sein duquel les experts d’Areva y ayant travaillé jouent un rôle éminent) a tout fait pour étouffer les travaux scientifiques du couple de médecins et chercheurs biélorusses Youri Bandajevski et Galina Bandajevskaya, qui ont démontré que l’absorption chronique à faible dose de césium 137 présent dans la nourriture et l’eau des territoires contaminés par Tchernobyl génère des pathologies cardiaques graves. Avec Tchernobyl et Fukushima (où Areva a fourni le combustible MOX), ce ne sont pas cinq, mais des dizaines de milliers d’enfants qui souffrent de pathologies cardiaques.

Ces actions sont financées grâce à l’AthleWorldTour, un défi sportif et solidaire lancé en 2010 par Areva auprès de ses 45 000 salariés. Pour un coût de 100 000 €, ces deux actions permettent à Areva de s’acheter une bonne conscience à peu de frais.

Un article du magazine Sortir du nucléaire de février 2015.