Le numérique est bon pour (presque) tous les enfants

Les dirigeants de la Silicon Valley transforment le monde en un environnement totalement technologique, mais se montrent comme parents particulièrement réticents à l’égard de ces applications innovantes, écrit Nick Bilton, journaliste spécialiste de la technologie auprès du journal américain The New York Times. Bilton a en effet constaté que l’élite de la Silicon Valley contrôle de manière stricte l’utilisation de la technologie par leurs enfants.
« Le défunt Steve Jobs a admis à l’époque que ses enfants n’avaient jamais utilisé un iPad, un des grands succès d’Apple », explique Nick Bilton. Jobs faisait également remarquer aussi que l’utilisation de la technologie était particulièrement limitée dans sa maison.
Plus tard, il est apparu que Jobs n’était pas une exception. Dans la famille de Evan Williams, un des fondateurs de Twitter, les enfants n’ont pas non plus de tablettes et en outre, la lecture de livres imprimés est encouragée. Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine de technologie Wired, a même admis qu’il ne tolérait pas d’écran d’ordinateur dans la chambre de ses enfants.
« Nous avons constaté en premier les dangers de cette technologie et je ne veux pas que mes enfants puissent être confrontés à ces problèmes », a affirmé Anderson pour justifier ces restrictions.
Bilton dit avoir constaté que la plupart des pionniers de la technologie limitent l’utilisation de gadgets comme les tablettes ou les smartphones par leurs enfants à 30 minutes par jour pendant la semaine, alors que d’autres ne tolèrent l’usage de la technologie que pendant le week-end.
A partir de l’âge de dix ans, les enfants de ces pionniers peuvent, selon le journaliste, utiliser pour la plupart un ordinateur, mais uniquement pour leurs travaux scolaires.
Hannah Rosin, journaliste auprès de The Atlantic, a constaté un phénomène similaire chez les concepteurs d’applications pour enfants. « Là aussi, il a semblé que le divertissement numérique est tabou pendant la semaine », dit-elle.
Les restrictions par rapport à la technologie se reflètent aussi souvent selon les observateurs dans le choix des écoles que les entrepreneurs de Silicon Valley réservent à leurs enfants.
Beaucoup de cadres d’entreprises de Google, Yahoo, Apple et eBay semblent en effet avoir inscrit leurs enfants à la Waldorf School dont la philosophie ne laisse aucune place à la technologie qui selon la direction, représente une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves.

Un article d’Arnaud Lefebvre le 17 septembre 2014 sur le site Express.be.

L’Europe et ses politiques économiques inappropriées

Dans le Daily Telegraph, Ambrose Evans-Pritchard cite Paul De Grauwe, qui enseigne à la London School of Economics, et qui dénonce une erreur de nos politiciens qui se sont trompés de diagnostic pour la cause profonde du marasme durable de l’Europe. Ils ont agi comme s’il s’agissait d’une crise de l’offre et ont répondu en imposant des réformes et une politique d’austérité, ce qui a eu pour effet d’en exacerber les symptômes :

« Ils font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher une reprise, et ils ne devraient donc pas s’étonner qu’il n’y ait effectivement pas de reprise.
C’est du «fondamentalisme de l’équilibre budgétaire», et il est devenu une religion. Nous avons appris des années 1930 que lorsque tout le monde essaie de rembourser ses dettes et que le gouvernement cherche aussi à se désendetter en même temps, le résultat est une spirale descendante. Les rigidités de l’économie européenne existent depuis des années. Elles n’ont absolument rien à voir avec le problème que nous connaissons aujourd’hui. »

Une observation qui est peut-être mieux illustrée par ce qui s’est passé dans le secteur du ciment espagnol, où les ventes se sont effondrées de 83% depuis l’éclatement de la bulle de la construction en 2007. Après ce gel du secteur de la construction, le gouvernement espagnol a décidé simultanément de suspendre toutes les dépenses dans les infrastructures publiques, produisant une combinaison fatale pour les 37 producteurs actifs dans le secteur. La production de ciment en Espagne vient seulement de revenir au niveau qu’elle atteignait au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
« Il s’agit d’une récession provoquée par une erreur de politique. Ce n’est pas tant la crise financière qui a fait des dégâts dans la zone euro, que la réponse politique qu’on lui a donné », écrit Euro Intelligence. « Une volonté obsessionnelle de réduire les dépenses dans une conjonction toxique de banquiers centraux obsédés (qui semblent obsédés de tout, sauf d’atteindre leurs propres objectifs d’inflation) ».

Extrait d’un article d’Audrey Duperron du 16 août 2014 publié sur le site express.be

Le cynisme de la caste dirigeante

La « Berlusconisation de Sarkozy » est révélatrice du sentiment d’impunité toujours plus fort au sein de la classe politique, écrit Josep Ramoneda dans le quotidien espagnol El País. Bien que son crédit politique soit entamé à Paris, il semble que dans la «bulle parisienne» il soit toujours traité avec déférence par les journalistes serviles qui l’ont interviewé lors de sa sortie de garde à vue la semaine dernière.
Sarkozy a brisé l’aura de la fonction présidentielle, en faisant de sa vie privée un spectacle, comme un adolescent le ferait sur Facebook. Tous les jours, il promettait la révolution française, mais a gouverné sans jamais mener une seule réforme. Il a fait de la télévision de ses amis son bras idéologique. Il a critiqué le système institutionnel, mais n’a rien fait pour le changer. Quand Marine Le Pen a commencé à monter en puissance, il n’a pas hésité à reprendre à son compte des éléments xénophobes du programme de l’extrême droite, et à s’en prendre aux Roms, explique le journaliste.
Ramoneda définit lui-même «la Berlusconisation »:
Un modèle politique fondé sur l’idée que tout est permis au nom de l’argent, sur la normalisation et la légalisation des privilèges des riches, sur le mépris des institutions de l’Etat et sur la tentative de contrôler la société par le truchement du monopole de l’audiovisuel ».
D’après Ramoneda, l’exposition d’un pouvoir ostentatoire combinée avec un cynisme populiste issu de l’extérieur afin de se sortir des embûches politiques a eu pour effet de remplacer l’axe gauche droite de la politique traditionnelle par une opposition entre l’élite et le peuple. Cela vaut aussi pour l’Espagne, où Mariano Rajoy est mis en cause dans l’affaire ’Barcenas’, une affaire de corruption.
Ramoneda établit le lien entre le mépris de cette « caste » et les phénomènes de corruption, et la montée des populismes. Il met en garde contre les conséquences possibles d’une telle confrontation entre cette élite sans scrupule et le public en colère :
L’histoire montre, du moins en Espagne, que, dans ces cas, l’argent et les militaires finissent toujours par pencher du même côté ».

Article de Mylène Vandecasteele sur le site express.be.

Lien entre la productivité et l’emploi salarié

La théorie du marché libre sur laquelle se fonde nos sociétés s’avère fausse, estime le Professeur Amos Witztum, un économiste de la London School of Economics. « On nous a dit que si nous faisions de longues études, et que nous travaillions dur, tout se passerait bien. Mais cette assertion ne tient plus depuis longtemps », dit-il. Des études de l’OCDE montrent que la hausse du PIB par tête liée aux gains de productivité ne s’est accompagnée que de progressions de salaires proportionnelles à la hausse de l’inflation, au mieux, mais qui ont été très inférieures à cette croissance de la productivité. Le lien traditionnel entre la productivité et la rémunération, c’est-à-dire entre le rendement des salariés, et la compensation qu’ils reçoivent, une pierre angulaire du système de marché traditionnel, ne s’applique plus. L’argent gagné par cette productivité qui n’a pas été utilisé pour payer des salaires a profité aux capitalistes, au travers des dividendes que les sociétés leur ont payés.

En outre, le professeur Witztum observe que souvent, les emplois que les gens trouvent ne correspondent pas à leurs qualifications. Au Royaume Uni, par exemple, le nombre d’employés surqualifiés pour leur emploi est passé de 21% en 1992 à 33% en 2006.

De ce fait, les salariés vieillissants redoutent de plus en plus de perdre leur emploi au profit d’employés plus jeunes, ou de l’automatisation. Le progrès technologique permet d’augmenter la productivité, mais il explique également 80% de la baisse des salaires des travailleurs.

« Nous vivons dans un monde où la technologie permet la production d’une partie de plus en plus grande des choses dont nous avons besoin. Il serait plus sage de saisir l’opportunité que la technologie représente, plutôt que de pousser les gens à en faire encore davantage pour avoir un salaire », estime Witztum.
(…)
Il ne croit pas que la social-démocratie soit la bonne réponse au capitalisme, parce qu’elle est basée sur les principes du marché qui sont injustes, « intrinsèquement antisociaux ».

Extraits d’un article d’Audrey Duperron sur le site Express.be le 12 mai 2014.