Vue déformée des conflits à l’étranger

Le développement de l’action humanitaire depuis les années 1970 couplé aux guerres justes contre le terrorisme a gommé la dimension politique des conflits armés en Afrique. Marielle Debos, chercheuse en science politique, nous éclaire sur la nécessité de renouer avec une pensée du politique.

Les discours dominants tendent à les dépolitiser. Ces conflits sont traités soit comme des questions sécuritaires – il faut s’y intéresser parce qu’ils représentent une menace au-delà du continent africain -, soit comme des questions humanitaires – il faut s’y intéresser parce qu’il faut aller sauver les Africains-, beaucoup plus rarement comme des questions politiques.
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Dans les années 1990, les conflits africains étaient d’emblée étiquetés ethniques. Aujourd’hui, la violence est présentée comme un problème avant tout religieux. Par exemple, les affrontements qui ont éclaté en Centrafrique en 2013 ont été interprétés comme inter-religieux, alors même que les lignes de clivage entre les forces politiques et les groupes armés étaient plus complexes qu’une simple opposition entre chrétiens et musulmans.
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La Centrafrique est l’un des pays les plus pauvres du monde en dépit de l’exploitation des diamants, les ressources sont concentrées dans la capitale laissant les zones rurales dans des conditions d’extrême austérité. Les services publics, qui n’ont jamais bien fonctionné, ont été affaiblis par les programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions financières internationales. Ces éléments sont cruciaux si l’on veut comprendre la violence politique qui a marqué l’histoire du pays et le conflit extrêmement violent qui a éclaté en 2013.
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La radicalisation religieuse n’est cependant pas un processus qui se déroulerait uniquement sur le plan de la religion ou des idées. Pour comprendre comment des gens finissent par s’enrôler (ou par être enrôlés) dans de tels groupes, il faut prendre en compte leurs trajectoires sociales et le poids des contextes. S’intéresser à l’histoire des gens ordinaires qui à un moment de leur vie s’engagent dans des groupes violents permet une compréhension plus fine de la dynamique de ces groupes que la seule hypothèse d’une adhésion idéologique au projet djihadiste. On a besoin d’analyses qui considèrent la religion comme un fait social comme un autre et qui prennent en compte les processus multiples qui participent de la création et du développement des groupes armés.

Extraits d’un entretien entre Marielle Debos, chercheuse en science politique, et Mathieu Léonard du journal CQFD (mars 2015).