Le pape François appelle à la décroissance

Stupeur et tremblements dans les rédactions : « le pape François appelle à la décroissance ». L’encyclique Laudato si a ouvert une brèche. Alors que tous ont tellement rêvé de voir ce satané mot de décroissance enterré, voilà le pape en personne qui le sort de sa mitre ! L’encyclique l’affirme clairement : l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources une saine croissance en d’autres parties.
Le pape dénonce l’idée d’une croissance infinie ou illimitée qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues. Contre le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la « presser » jusqu’aux limites et même au-delà des limites, François exhorte à en finir aujourd’hui avec le mythe moderne du progrès matériel sans limite. Il s’attaque à l’imposture de la croissance verte et appelle à redéfinir le progrès : La qualité réelle de vie des personnes diminue souvent – à cause de la détérioration de l’environnement, de la mauvaise qualité des produits alimentaires eux-mêmes ou de l’épuisement de certaines ressources – dans un contexte de croissance économique. Dans ce cadre, le discours de la croissance durable devient souvent un moyen de distraction et de justification qui enferme les valeurs du discours écologique dans la logique des finances et de la technocratie ; la responsabilité sociale et environnementale des entreprises se réduit d’ordinaire à une série d’actions de marketing et d’image. Diable !

L’état des lieux dressé par ce texte est sans ambiguités. Oui, la croissance est destructrice. Elle dévaste les écosystèmes, ravage les paysages, réchauffe le climat, intoxique les corps et transforme le paradis terrestre en un immense dépotoir, bref en enfer…

La pape met en cause la culture du déchet, qui affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordures. La nature comme l’homme sont réduits en ressources à exploiter, broyés pour le saint profit.
Mais ce n’est pas que le patrimoine naturel qui est menacé, c’est aussi la diversité des peuples et des terroirs, leurs histoires et leurs particularismes. La croissance économique tend à produire des automatismes et à homogénéiser. […] La vision consumériste de l’être humain, encouragée par les engrenages de l’économie mondialisée actuelle, tend à homogénéiser les cultures et à affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité.
La société de consommation est une société de mutilation, où les individus unidimensionnels sont réduits à un statut d’engrenage au service d’une méga-machine dévorante. Le consumérisme obsessif est le reflet subjectif du paradigme techno-économique. Cette existence conditionnée de producteur-consommateur est sans profondeur, sans intériorité, aliénante : Plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer.

Pour sauvegarder notre maison commune, le pape François appelle donc à reprendre la main sur la technocratie qui nous dirige. Contrairement à ceux qui affirment que les problèmes écologiques seront résolus simplement grâce à de nouvelles applications techniques, sans considérations éthiques ni changements de fond, l’encyclique prône une profonde réorganisation des rapports sociaux, à une transformation des styles de vie, des modèles de production et de consommation, des structures du pouvoir, à une remise en cause de l’appropriation privée.
Son écologie, ce n’est pas une simple lecture biologique et mathématique du monde, mais une recherche philosophique et anthropologique sur l’essence de l’humain, le sens de l’existence. Car la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure, incarnée dans le quotidien, vécue avec joie et authenticité, créativité et dignité, qui remet en cause le sentiment de toute-puissance, la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs, qui valorise la bonté, l’humilité contre le gaspillage et l’avidité, qui nécessite d’avoir recours aux diverses richesses culturelles des peuples, à l’art et à la poésie, à la vie intérieure et à la spiritualité.

Extraits d’un article de Vincent Cheynet et Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance de juillet-août 2015.

Pétition contre la publicité à l’école

Les grandes entreprises vont sauver la planète…

Sous couvert d’écologie, des grandes entreprises (Bolloré, Euro RSCG, Havas, Carrefour, Hase, etc.) financent l’association de Madame Maud Fontenoy, la “Maud Fontenoy Foundation”. Les thèses de Madame Maud Fontenoy trouvent un large écho dans les grands médias : soutien du nucléaire, du gaz de schiste, des OGM ou de la croissance. Ces thèses vont directement à l’encontre de tout ce qui a été depuis toujours défendu par les écologistes. Madame Maud Fontenoy revendique elle-même « un message différent sur l’écologie » (France 2, 3-4-2015). L’un de ses livres, on ne peut plus clairement intitulé Ras-le-bol des écolos, a été qualifié de « manifeste éco-capitaliste » par l’association Action Critique Médias (Acrimed, 3-3-2014). Des personnalités médiatiques de sensibilités diverses telles que Natacha Polony, Aymeric Caron ou encore le journaliste écologiste Hervé Kempf, ont dénoncé publiquement ce qu’ils considèrent comme une imposture (France 2, 12-4-2014, Reporterre, 26-3-2015). En effet, le discours développé par Madame Maud Fontenoy vise à cautionner l’idée selon laquelle l’idéologie productiviste et consumériste et la protection de la nature seraient compatibles. On comprend tout l’intérêt de grandes entreprises à financer une telle vision de l’écologie.

Derrière un discours présenté comme « non idéologique », « non partisan », Madame Maud Fontenoy professe son idéologie libérale. Elle est une proche de l’UMP dont elle a été candidate aux élections régionales en Île-de-France derrière Jean-François Copé. Elle fut ensuite un ardent soutien de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Les grandes entreprises font leur publicité à l’école…

Aujourd’hui, avec ses « kits pédagogiques », c’est à l’intérieur même de l’éducation nationale que s’immisce insidieusement la “Maud Fontenoy Foundation”. Ces tentatives d’infiltration des établissement scolaires par des grandes entreprises, par l’intermédiaire de fondations, ne sont pas nouvelles. Des associations de protection de l’enfance ou de lutte contre la publicité les dénoncent depuis longtemps. Nous vous rappelons que dès 1936 l’Assemblée nationale a proclamé l’interdiction absolue de toute publicité à l’école. Ce principe protecteur de l’enfance a été sans cesse réaffirmé, témoignant ainsi de l’existence d’un véritable consensus national sur cette question. Nous vous rappelons le devoir de neutralité de l’école. La “Maud Fontenoy Foundation” et ses sponsors n’y font pas exception. Ils n’ont rien à faire dans les établissements scolaires. Nous vous demandons leur exclusion immédiate des écoles, collèges et lycées.

Pétition lancée par le journal La Décroissance en mai 2015.

Les politiques soutiennent le business

Depuis des années, le groupe GDE, l’un des leaders français du traitement des déchets, régale cours d’eau et sous-sols de produits ultra-polluants, alors qu’il est censé travailler… à la préservation de l’environnement. Est-ce à cause de son riche réseau politique ? Il s’en est, jusque-là, sorti sans trop salir sa réputation.
Le 16 septembre, le tribunal de Caen n’a pu que constater la prescription des poursuites contre GDE pour « abandon illégal de déchets » : aucun magistrat n’avait, depuis trois ans, effectué le moindre acte dans cette procédure. Une sacrée chance pour l’entreprise, qui avait déposé dans au moins trois terrains vagues du Calvados plus de 150 000 tonnes de résidus de broyage automobile, imprégnés d’hydrocarbures et de métaux lourds. (…)
Deux jours plus tard, le tribunal d’Argentan s’est déclaré incompétent pour statuer sur le « risque réel et imminent » que représente l’exploitation de la décharge de Nonant-le-Pin. Un trou de verdure au pays des haras équestres, où GDE voudrait entreposer, d’ici à 2031, plus de 2 millions de tonnes de restes de broyage automobile.
La bataille – juridique et politique – autour de cette poubelle géante dure depuis 2007. A l’époque, le ministère de l’industrie refuse l’installation de GDE, dénonçant « un risque de pollution très important », ce que confirme le préfet, en 2010. Et ce dernier campe fermement sur ses positions lorsque, début 2011, le tribunal administratif estime l’installation inoffensive. Du coup, le dossier monte plus haut : en mai, Alain Lambert, ex-ministre et président du conseil général – qui se dit officiellement neutre dans ce dossier -, écrit en douce à la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet , pour la prier de tordre le bras au préfet. Ce qu’elle fait aussitôt.
L’attitude cachottière de Lambert s’explique-t-elle par l’activité de son entourage ? C’est ce que suggère un reportage diffusé le 24 septembre dans l’émission « Pièces à conviction » (France 3). Alain Pelleray, son directeur de cabinet (jusqu’en 2011), est en effet actionnaire d’une entreprise de ferraille qui revend sa marchandise à… GDE. Et à des tarifs supérieurs à la moyenne : environ 170 euros la tonne, alors que les prix des concurrents avoisinent les 150 euros. (…)
En février, le groupe et l’un de ses patrons ont été mis en examen pour complicité d’escroquerie à la suite de constats fâcheux concernant le pesage des ordures. (…)
Si GDE n’a pas jusqu’à présent affronté d’ennuis plus sérieux, c’est, affirme un concurrent, parce que le groupe pèse un millier d’emplois en France et sait rendre des services aux communes qui abritent ses sites de production. Il dispose donc du soutien de nombreux élus locaux. Mais aussi nationaux, grâce à l’embauche, en 2012, de Hugues Moutouh, préfet, avocat et ancien conseiller de Guéant et de Sarkozy. Il y a quelques semaines, Moutouh est devenu l’un des patrons du club de foot (cher à Jean-Louis Borloo) de Valenciennes, dont GDE est le principal sponsor.
Ministre de l’écologie de 2007 à 2010, Borloo doit donc, comme tant d’autres, voir en cette boîte une amie de la nature.

Extraits d’un article de Jean-François Julliard dans Le Canard enchaîné du 15 octobre 2014.

Abandonnons l’élevage industriel !

L’affaire des lasagnes de « boeuf » produites à base de cheval illustre parfaitement les errements d’une industrie agroalimentaire qui a rompu tous liens avec le vivant. Les animaux sont considérés comme des « sous-produits », le consommateur n’est qu’un porte-monnaie et l’environnement qu’une variable d’ajustement.

La consommation mondiale de viande a plus que quintuplé en à peine 50 ans. Cette boulimie de produits carnés est un cas d’école qui soulève de multiples questions en lien avec la sauvegarde de notre planète et la survie de ses habitants. L’élevage et la pêche ont aujourd’hui des conséquences dramatiques pour les humains, les animaux et l’environnement. En plus de raisons morales, culturelles ou économiques, de nombreux arguments écologiques et sociaux plaident pour une nette modération de la consommation de viande.

Recherchant la rentabilité à court terme, l’industrie agroalimentaire exploite et maltraite des animaux d’élevage. Mais nous sommes toutes et tous victimes de l’élevage industriel à des degrés divers : les pays du Sud, qui voient une grande partie de leurs terres monopolisées ; les consommateurs, qui ingèrent une nourriture de mauvaise qualité dont la consommation excessive prédispose à l’obésité et à diverses pathologies; les éleveurs, qui doivent supporter des conditions de travail très difficiles pour un revenu de plus en plus précaire.

Sur le plan environnemental, l’eau, l’air et les sols ne peuvent supporter de si grandes concentrations d’animaux ; la biodiversité animale et végétale se réduit sous le poids d’une standardisation agricole extrême ; la production des produits animaux requiert énormément d’eau et d’énergie et rejette quantité de gaz à effet de serre.

Des solutions existent mais vont à l’encontre d’intérêts économiques bien établis. Face à l’inertie des pouvoirs publics, de plus en plus de citoyens, personnalités et organisations se mobilisent afin de réclamer une alimentation plus diversifiée et moins carnée et favoriser un élevage respectueux du bien-être des animaux et de l’environnement.

Extrait d’une campagne de l’association Agir pour l’environnement pour soutenir un modèle d’agriculture durable et extensif.

Changer de société pour sauver notre planète

Crises énergétiques et climatiques, raréfaction des ressources naturelles, effondrement brutal des écosystèmes, contaminations chimiques, radioactives, électromagnétiques, génétiques… Face à l’urgence écologique, Agir pour l’Environnement n’a de cesse de mener campagne en faveur d’une planète vivable. En 15 ans, une quarantaine de campagnes a été menée en partenariat avec de très nombreux acteurs associatifs et syndicaux. Chaque campagne est l’occasion de démontrer qu’un autre monde est possible.
Les trente glorieuses et cinquante gaspilleuses continuent à être le modèle indépassable auquel se réfèrent la plupart de nos décideurs politiques et économiques. Nucléaire, autoroutes, pesticides, nanotechnologies, OGM, agrocarburants, microparticules, aéroports, antennes relais, publicité… sont sans cesse évoqués comme solutions pour relancer la sacro-sainte croissance économique.
Le système économique dominant semble frappé de cécité aiguë. Nos sociétés semblent continuer ainsi à croire qu’une croissance infinie dans un monde fini est possible et souhaitable. Alors que tous les indicateurs sont au rouge, nous perdons ainsi un temps précieux.

Extrait d’un document de l’association Agir pour l’environnement qui résume bien la situation actuelle.
Certains décideurs politiques habillent quelquefois de vert leurs discours mais aucun acte, aucune décision…