Accueil des migrants

Rédaction de Siné Mensuel : Macron critique le rôle des associations, il répond même à une tribune de Jean-Marie Le Clézio qui l’avait pourtant soutenu lors de la présidentielle : « Il faut se garder des faux bons sentiments. »
Damien Carême : Je trouve ça scandaleux, pitoyable. Que le chef de l’État ose dire ça, ou accuser les associations ! Il est là pour assurer la cohésion nationale. Or il joue l’éclatement de cette cohésion. Si les associations n`avaient pas été là, la France serait la honte de l’Europe, voire du monde entier.
L’État doit apprendre à travailler avec le monde associatif, avec les ONG, pour repérer, rechercher les solutions qui peuvent marcher. On y a tous intérêt…
– Son « mauvais génie », c’est Gérard Collomb ?
– J’ai vu le ministre de l’Intérieur au mois de septembre, je ne veux plus le voir. Pendant trois quarts d’heure, il ne m’a parlé que de répression. Il voulait même passer un accord avec la Libye ! Avant même que les documents ne sortent sur la torture dans ce pays, tous ceux qui sont sur le terrain le savaient. Les ONG le savaient, même moi, je le savais. Il suffisait de rencontrer des migrants passés par ce pays ! On ne peut pas construire de politique d’immigration avec des mecs dans des ministères qui ne bougent pas leurs fesses de leur bureau !
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Rédaction de Siné Mensuel : L’argumentaire de Macron distinguant les bons migrants, réfugiés, et les mauvais, économiques, semble fonctionner ! Vous faites ce tri ?
Damien Carême : Bien sûr que non ! S’ils quittent leur pays, leurs attaches, leur histoire, leur culture, tout ce qu’ils ont, ce n’est pas par plaisir ! Qu’ils fuient le terrorisme ou la famine…
– Ce discours est-il audible dans l’opinion ?
– Oui, quand on explique. Depuis plus d’un an j’interviens un peu partout en France, devant des salles pleines de gens qui se demandent comment on peut faire. Ils refusent de trier les « bons » et les « mauvais ». Qui est-on pour se permettre de juger ? Quand la population se trouve au contact des réfugiés. son point de vue évolue. Au moment de l’ouverture des centres d’accueil et d’orientation (CAO), il y a moins de deux ans. L’État a dû forcer la main de quelques villes qui n’y étaient pas favorables, et s’était engagé à les fermer le 31 mars. Finalement, ce sont les maires qui ont demandé aux préfets de poursuivre. Parce qu’il s’y est joué des solidarités qui n’existaient pas avant. Sur les 500 centres ouverts, pas une ville où ça se soit mal passé.
– Pourtant, nous avons été abreuvés d’images de manifestations hostiles.
– L’univers médiatique entretient ce fantasme. Aujourd’hui, la presse en continu envoie une équipe qui va rester une heure. On diffuse du spectaculaire. Mais je n’ai jamais vu un reportage de fond qui racontait les interactions entre population accueillante et population accueillie. Rencontrer des gens. Voir les solidarités, cela demande du temps et les médias ne le prennent pas.

Extraits d’un entretien entre la rédaction de Siné Mensuel et Damien Carême, maire de Grande-Synthe, dans Siné mensuel de février 2018.