Pôle emploi se modernise…

À partir de janvier 2016, les inscriptions se feront uniquement par internet.
[…]
Pour les sans-emploi qui n’ont pas de scanner ou de compétences en informatique, des jeunes en service civique qui auront suivi une formation de 3 jours les aiguilleront.
[…]
On va continuer sur la voie des services dématérialisés, avec notamment le développement de l' »Emploi Store », une plateforme numérique résultant d’un partenariat public-privé, sur laquelle il n’y a même plus le logo de Pôle emploi.
[…]Comme les politiques n’ont plus aucune marge de manœuvre possible sur l’activité ou la répartition du temps de travail, ils essaient de faire baisser la température sociale en sabotant le thermomètre. Une technique voisine de celle appliquée en Grande-Bretagne où les chomeurs sont incités à se mettre en contrat « zero hour » : horaires et salaires variant selon le bon plaisir des employeurs, on peut ne rien gagner pendant des mois et rester dans la catégorie « salarié ».
En France, dans la novlangue des super managers de Pôle emploi, on appelle cela des contrats « atypiques » qui sont en passe de devenir la norme […]

L’autre objectif à terme semble aussi de diminuer l’activité de Pôle emploi pour le remplacer par un système de maisons de services au public : des lieux qui feraient un peu de tout et qui n’emploieraient plus de fonctionnaires mais des sous-traitants associatifs assis sur un siège éjectable. Un modèle déjà très présent dans les pays où tout a été privatisé : les plus précaires sont alors gérés par des associations caritatives sous contrat avec l’État.
Pour les rupins de la galère, des assurances privées viendraient fort opportunément couvrir leurs risques. Un vieux rêve du Medef qui, dans cette affaire, est juge et partie : il cogère l’Unedic, un organisme qui porte atteinte au marché assurantiel qu’ils veulent développer.

Extraits d’un article de Julie Go dans le journal CQFD de novembre 2015.

Menace de génocide sur les chrétiens d’Orient ?

Y a-t-il une menace de génocide sur les chrétiens d’Orient au Levant, comme le claironnent depuis quatre ans maintenant aussi bien les chancelleries que les archevêques, la Croix-Rouge ou Florian Phillipot ?
Très objectivement, sans nier la réalité des persécutions, la Syrie n’a connu aucun massacre d’ampleur, avec principalement deux faits de prises d’otages dans le nord-est par Daech, aux confins de la ligne de front avec les Kurdes.
Si on fait un décompte macabre, les tués déclarés chrétiens représentaient, en 2014, 0,48 % des 240 000 morts. La seule tuerie de masse de chrétiens par des djihadistes qui fait référence dans les discours officiels a eu lieu au Kenya, où une centaine d’étudiants furent exécutés par les shebabs, à Garissa en avril 2015. On est tout de même assez loin de l’Orient…

En France, la focalisation sur cette supposée menace de génocide, puisque c’est sous ce terme que les médias et l’ONU communiquent, revêt une fonction fortement idéologique. Elle permet à la classe politique et à l’intelligentsia d’agiter le chiffon rouge du choc des civilisations. Pour Valls ou BHL, le logiciel d’explication du conflit se développe sur l’algorithme de la guerre de religions, avec en fond d’écran à peine grisé la haine de l’islam, surtout son incompatibilité avec les sociétés occidentales et leurs zones d’influence.

Pourtant, qui assiège et bombarde avec un acharnement viscéral le fief rebelle de Zabadani, où le soulèvement a été déclenché par le père Paolo ? Le régime baassiste. Et qui, en solidarité, tente de desserrer l’étau en répondant coup pour coup sur des localités d’Idleb ? L’armée de la conquête, coalition de groupes islamistes. Eh oui, la réalité des peuples échappe parfois aux analyses à la découpe…

Extrait d’un article du supplément Syrie du journal CQFD d’octobre 2015.

La science asservie

Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé, avait (un peu) fait parler d’elle au cœur de l’été 2012, en refusant avec fermeté la Légion d’honneur dont voulait la décorer la ministre verte Cécile Duflot. Elle avait fait savoir que la seule récompense souhaitable pour ces travaux serait un changement complet d’orientation des politiques publiques, dans le sens de la prévention du cancer.

Bien sûr, la presse ne s’était pas appesantie sur ce geste rare. Le dernier livre de Thébaud-Mony, La science asservie, est, lui, carrément passé inaperçu, bien que son propos soit fracassant. C’est assez compréhensible d’un certain point de vue, car la lecture de ce livre est douloureuse, insupportable même parfois. Il porte sur le lien entre cancers, Big business et Big science. Pour être plus précis : sur la façon dont les grandes industries empoisonnent notre milieu et trouvent systématiquement des appuis dans la recherche scientifique pour les aider à masquer le fait qu’elles détruisent consciemment un grand nombre de vies – à commencer par celles de leurs ouvriers.
[…]
En matière d’amiante, par exemple, Annie Thébaud-Mony souligne que des révélations ont été faites dès 1906 dans deux des nations capitalistes les plus avancées. Un inspecteur du travail de Caen, Denis Auribault, publie cette année-là une enquête sur les conditions de travail dans une filature d’amiante : se fondant sur les dires du directeur de l’usine et d’un contremaître présent depuis l’ouverture de l’usine en 1890, il dénombre 50 décès d’ouvrières en 15 ans. La même année, à Londres, le docteur Murray présente devant la commission des maladies industrielles le cas d’un travailleur victime d’asbestose (type de fibrose provoquée par l’inhalation de poussières d’amiante), qu’il a soigné et vu mourir, après dix ans d’exposition à l’amiante. Vingt ans plus tard, en Afrique du Sud, un médecin employé dans une mine de la firme Turner & Newal montre que 70 % des travailleurs y souffrent d’insuffisance respiratoire, accompagnée d’une perte de poids ; la moitié des mineurs de fond et des ouvriers du moulin sont selon lui atteints d’asbestose. Son rapport lui vaut d’être licencié, et ses résultats, consignés dans une thèse universitaire non publiée, ne seront découverts que plusieurs décennies après.

Extraits d’un article de Matthieu Amiech dans le journal CQFD d’octobre 2015.

Déchets nucléaires et déni de démocratie

Dix ans de prison et la menace de 150 000 euros d’amende : c’est la peine qu’encourra Loïc, un Anonymous de 19 ans, en novembre prochain, au tribunal correctionnel de Nancy.
Accusé d’accès et maintien frauduleux dans un système informatique commis en bande organiséedéni de démocratie inhérent au projet d’implantation d’un laboratoire de l’Andra, en 1993, approuvé par les conseils généraux de la Meuse et de la Haute-Marne, alors que, dès cette époque, la population s’est plainte de n’avoir pas été consultée pour ces décisions, ni même informée au préalable.
Ils souligneront que, en 2006, une pétition restée sans suite de plus de 60 000 signataires réclamait un référendum sur l’enfouissement des déchets radioactifs. Ils balanceront les tentatives d’influence du lobby nucléaire sur les collectivités territoriales, ces dizaines de millions d’euros déversés chaque année en Meuse et en Haute-Marne. 30 millions s’infiltrant dans tous les projets sans que les habitants le sachent.

Extraits d’un article de Franck Dépretz dans le journal CQFD de septembre 2015.

Pandémie de grippe ou de cancers ?

L’État avait passé la commande de 94 millions de doses de vaccins. La grippe H1N1 venue des confins asiatiques était aux portes du pays ; l’hécatombe nous guettait. Et puis… rien. Passons outre les multiples polémiques liées à la nocivité du vaccin et laissons le toxicologue André Cicolella faire le bilan de la pandémie : L’impact de celle-ci fut inférieur aux grippes habituelles […]. En France, le bilan au bout de six mois était de 91 décès, tandis que sur la même période 75 000 personnes étaient mortes de cancer, première cause de mortalité en France, dans une indifférence quasi générale. Là est pourtant la vraie pandémie, en France comme dans le monde.
À la tête du Réseau Environnement Santé, Cicolella émet une hypothèse que l’on peut résumer ainsi : les différents promoteurs officiels de la santé publique nous enfument. Tandis que des maladies dites chroniques (cancer, diabète, obésité, maladies cardiovasculaires et respiratoires, etc.) explosent et font des ravages sanitaires, le pouvoir médiatico-politique se complait à jouer avec nos peurs ancestrales des maladies infectieuses.
[…]
Depuis les années 80, l’incidence du cancer, pour ne parler que de lui, a crû de plus de 100 % en France.
[…]
Voilà plusieurs décennies que des études indépendantes s’empilent et dressent le même constat : deux cancers sur trois ont des causes environnementales. Quant au rôle des perturbateurs endocriniens, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) continue sa politique de l’autruche tandis que des rapports de plus en plus alarmants font montre de leur dangerosité à des doses infinitésimales. À la botte de ces fossoyeurs qui font de la planète (et de nos corps) un réceptacle à polluants : les industriels de la chimie.

Un million de tonnes de chimie de synthèse était produite en 1930 dans le monde ; entre 400 et 500 millions aujourd’hui. Chiffre d’affaires du secteur dans l’hexagone pour l’année 2014 : 82,4 milliards d’euros. Vu le marasme économique du moment, il serait suicidaire de mettre l’industrie chimique à la diète. Pire : de lui demander des comptes sur les saloperies qu’elle propage. Consciente de cet indéniable enjeu de santé publique, l’Europe a adopté la réglementation Reach censée permettre l’évaluation de quelque 30 000 substances chimiques… sur 47 millions recensées dans le monde. Il s’agit avant tout de ne pas affoler le populo.

Extraits d’un article de Sébastien Navarro dans le journal CQFD de septembre 2015.

Deux poids deux mesures pour les syndicats agricoles

Pour beaucoup d’entre nous, l’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve […] Les acteurs de l’agro-industrie s’emparent maintenant du cœur même de notre métier : la production, ont déclaré le 17 juin dernier les neuf militants de la Confédération paysanne à l’issue des six heures du procès en appel. Leur tort ? Deux actions d’occupation et de démontage sur le site de la ferme-usine des 1000 vaches dans la Somme en septembre 2013 et mai 2014.

Ce projet porté par Michel Ramery, riche entrepreneur du BTP, consiste à élever des centaines de vaches nourries par des robots pour valoriser leur bouse en biogaz, opération plus rentable que la vente de leur lait. Les syndicalistes paysans y voient un pas de plus dans l’industrialisation de l’agriculture et dans la dépossession de leur métier par l’agro-business.
Le palais de justice d’Amiens les a condamnés en octobre dernier pour recel et dégradations sur bien d’autrui commis en réunion et refus de soumission au prélèvement biologique. Le jugement en appel, lui, sera rendu le 16 septembre prochain et les neuf d’Amiens encourent entre 2 et 5 mois de prison avec sursis et diverses amendes dont 250 000 euros de dommage et intérêts.

Alors que leur action était avant tout symbolique (quelques pièces de la salle de traite ont été dévissées puis remises en main propre au ministre de l’agriculture), il a été démontré par les autorités le 9 juin dernier que la ferme-usine était dans l’illégalité. Près de 800 vaches, au lieu des 500 actuellement autorisées, ont été décomptées et sont l’objet de conditions d’élevage catastrophiques. Quant aux membres de la FNSEA (le syndicat productiviste et majoritaire) qui ont saccagé et incendié en septembre dernier les bâtiments de la Sécurité sociale des agriculteurs du Finistère, ils n’ont toujours pas été inculpés…

Article de Mickaël Correia paru dans le journal CQFD de juillet-août 2015.

Interdit de protester contre la mort de Rémi Fraisse !

J’abdique!, a déclaré le parquet en ouverture du procès contre la personne qui était suspectée d’être directrice de publication du site d’information toulousain Iaata, et qui risquait 5 ans de prison et 40 000 euros d’amende pour un compte rendu de manif publié en ligne.
Le procès n’aura même pas eu lieu, les accusateurs ayant plié devant les conclusions envoyées par la défense avant l’audience. Une belle déculottée pour des magistrats aussi impulsifs que vindicatifs, qui voulaient par cette attaque intimider celles et ceux qui protestent contre les violences policières et la mort de Rémi Fraisse.
Cette tentative de procès aura au moins renforcé la solidarité envers les médias libres. Vive les enfants de Cayenne !

Article paru dans le journal CQFD de juillet-août 2015.

Plus d’information sur ce non-procès dans l’article Tout ça pour ça ! bref compte rendu du procès de 1 74 09 99 etc.

Agrobusiness et accaparement des terres agricoles

Agro-écologie ou agrobusiness ? intérêt général ou intérêts particuliers ?

En France, si le ministère de l’Agriculture clame haut et fort vouloir hisser notre pays au titre de champion de l’agro-écologie, la loi pour l’avenir agricole votée à l’automne dernier ne bouscule en rien les verrous de l’accès au foncier.
Les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) continuent d’être des organismes parapublics opaques qui participent à la concentration des terres aux mains des plus gros propriétaires. En 2013, la cour des comptes accusait même les Safer d’avoir »perdu de vue les missions d’intérêts général dont elles étaient investies », c’est à dire l’installation des jeunes. En 2012, sur les 88000 hectares rétrocédés par la Safer, seulement 2700 concernaient la première installation de jeunes agriculteurs… Alors qu’en dix ans, un quart des agriculteurs a disparu en France, les démarches pour l’installation demeurent un véritable parcours du combattant pour tout jeune paysan. Les différentes étapes et structures (Chambre d’agriculture, commission départementale d’orientation agricole, mutuelle sociale agricole…) liées à l’installation agricole restent aux mains de la FNSEA, le syndicat productiviste majoritaire. Face à ces embûches, aujourd’hui, seul un tiers des installations arrive à bénéficier d’aides publiques.

Dernière trouvaille dans l’arsenal des politiques publiques, la « compensation collective agricole », inscrite dans la loi d’avenir agricole, prendra effet en 2016.
Tous les projets d’aménagement « susceptible d’avoir des conséquences négatives importantes sur l’économie agricole » devront comprendre « des mesure de compensation collective visant à consolider l’économie agricole du territoire ».
Au vu des premières expérimentation en cours, la FNSEA, aux manettes de ce dispositif, a pour ambition d’en faire un nouvel outil de concentration des terres.

Xavier Beulin, la FNSEA et les agrocarburants

Ainsi dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique a-t-elle défini avec Vinci un futur « fond de compensation économique agricole » de 3 millions d’euros qui pourrait soutenir à terme la culture d’agrocarburants et des acquisitions de terres.
En Île-de-France, une mesure de compensation collective agricole s’est entre autres traduite par un vaste engagement d’achats de produits oléagineux auprès de Diester, filiale agrocarburants en mauvaise santé financière de Sofiprotéol, groupe agro-industriel dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA…

Les investissements étrangers dans le foncier agricole se multiplient également. Ces trois dernières années, des investisseurs chinois ont mis la main sur une centaine de domaines bordelais. Un fond de pension belge a déjà racheté des centaines d’hectares dans le nord de la France. En Bretagne, Synutra, géant de la nutrition infantile en Chine, fait actuellement construire à Carhaix une énorme usine de transformation de lait. À partir de 2016, 700 éleveurs livreront un million de litres à Synutra qui l’exportera en poudre de lait pour les nourrissons de la classe moyenne chinoise.

Extrait d’un article de Mickaël Correia dans le journal CQFD de juin 2015.

Öcalan et la future société kurde

Par la force des choses, Öcalan l’enfermé est passé d’un rôle de dirigeant à celui d’inspirateur, appuyant intellectuellement la mutation du PKK d’une organisation de lutte armée en un mouvement de masse, ainsi que la conversion d’une idéologie de libération nationale à une praxis de la démocratie radicale.
Depuis une dizaine d’années, Öcalan s’est imprégné entre autres des théories de l’Américain Murray Bookchin sur le communalisme libertaire, au point de se revendiquer comme son disciple à la mort de ce dernier en 2006. Ce système ne raisonne pas en termes de dictature du prolétariat mais repose sur la démocratie directe. Il est censé s’exercer depuis la commune en fonction des besoins sociaux et environnementaux de celle-ci, et aux moyens d’une industrie raisonnée, d’un urbanisme contrôlé, d’une agriculture biologique et de coopératives économiques.

Du 3 au 5 avril dernier s’est tenu à l’université de Hambourg un colloque-marathon, sous le patronage symbolique d’Öcalan, qui entérinait ce virage idéologique en prenant pour thème Défier la modernité capitaliste, construire le confédéralisme démocratique. Traduit simultanément en anglais, allemand, turc, kurde, espagnol et italien, il réunissait à la fois des acteurs du mouvement kurde, des activistes internationaux (Indiens, Grecs, Sud-Africains, etc.) et des intellectuels anticapitalistes en vogue comme David Harvey, John Holloway, David Graeber ou Janet Biehl, la légataire de Bookchin.
De même, on peut observer que les livres en turc de Jacques Rancière, Judith Butler, Noam Chomsky, Franz Fanon, Antonio Gramski, Hannah Arendt, Rosa Luxemburg ou encore Dieu et l’État, le classique de Bakounine, tiennent une bonne place dans les rayons de sociologie occidentale de la librairie du mouvement à Diyarbakir.

Extrait d’un article de Mathieu Léonard dans le journal CQFD de mai 2015.

L’État est partout

Dans les démocraties, les citoyens […] sont consommateurs égoïstes de services publics qu’ils ne songent plus eux-mêmes à rendre aux autres. […] Je nomme ces gens – largement majoritaires, et pas seulement au sein des démocraties – les « résignés-réclamants ». Résignés à ne pas choisir leur vie ; réclamant quelques compensations à leur servitude.
Dans la bouche d’un grand valet de l’État comme Attali, ce constat plein de mépris n’est bien sûr qu’une énième couche de mélasse sur la tartine ultra-libérale. Néanmoins, une fois écarté le baratin égocentré du coach sarko-mittérandien, il faut reconnaître qu’il y a du vrai là-dedans. Partout où l’État a mis les mains, la société a perdu en culture de l’entraide et en liberté de manœuvre. Partout où l’État avance, la société civile recule.
En France, l’administration, qui a servi de modèle à la bureaucratie soviétique comme au parti d’État mexicain, a tendance à investir toute la vie sociale, jusque dans la gestion des grandes émotions collectives (Je suis Charlie).
Quel secteur économique n’est pas branché sur ses mannes ? Presse, agriculture, industrie, secteur associatif et culturel… L’État règne partout, et jusque dans les têtes.
(…)
Les temps de crise où le système tremble sur ses bases voient surgir des résistances populaires pleines de promesses. C’est le cas de l’Argentine en 2001, de la Grèce depuis quatre ans, mais aussi, finalement, partout où l’État est vécu comme un corps étranger, coercitif et corrompu, et où le soutien mutuel demeure un ciment à la fois vital et spirituellement revigorant. C’est le cas des communautés zapatistes du Chiapas qui refusent toute aide de l’État et construisent des cliniques, des écoles, des coopératives de production et des organes de démocratie directe en ne comptant que sur leurs propres forces. Car là où l’État se retire en faisant des courbettes aux grands prédateurs, le darwinisme social des Anglo-saxons fait des ravages ; ailleurs, ce sont les mafias ou les intégristes de tout poil qui s’immiscent dans les espaces laissés vacants.

L’alternative réside dans une réappropriation-relocalisation-autonomisation de l’activité humaine. Non pas solitairement, comme le prescrit le pathétique gourou Attali, mais en association librement consenties. Une utopie bien plus concrète et enthousiasmante que l’illusoire retour à l’État-providence.

Extraits d’un article de Bruno Le Dantec dans le journal CQFD d’avril 2015.