118 organisations réfutent la thèse d’un réchauffement climatique !

Elle se réunit chaque année pour une conférence annuelle sur las changements climatiques. En 2014, c’est la capitale du toc et du fric, Las Vegas, qui a accueilli l’événement. Un décor symbolique pour l’Institut Heartland qui a invité plus de 400 personnes dans le gigantesque Mandalay Hotel pour trois jours de conférences, de débats et de copieux repas. Basé à Chicago, ce « think tank » néolibéral officie depuis les années 90. À l’époque, son credo était la santé publique et plus particulièrement la défense de l’industrie du tabac. Son président, Joe Bast, n’hésitait pas à claironner que « les liens entre cigarette et cancer sont basés sur de la science de pacotille (junk science) ». Ses principaux mécènes étaient ExxonMobil et l’industrie du tabac. Mais depuis les années 2000, c’est le réchauffement climatique qui les occupe.
La conférence climatique du Heartland est sponsorisée par trente-deux organisations. Moyenne d’âge des invités : 70 ans. Profession : retraités. Signe distinctif : libertariens, imbibés par cette idéologie ultra-libérale qui abhorre l’État et toute forme de régulation.
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Comme dans une pièce de Broadway, le contre-mouvement climatique a ses stars qui tiennent l’affiche mais surtout ses régisseurs, ses techniciens et ses producteurs qui œuvrent dans l’ombre. C’est sur ces derniers que le sociologue Robert Brulle, de l’université Drexel, a travaillé. (…)
Fin 2013, Brulle a dévoilé les financements de 118 organisations majeures qui réfutent la thèse d’un réchauffement climatique. Au total, entre 2003 et 2010, 91 d’entre elles ont reçu 558 millions de dollars. Officiellement, car en réalité, elles auraient disposé de près de 900 millions de dollars. (…)
Jusqu’en 2007, les argentiers classiques du mouvement sceptique s’appelaient ExxonMobil, Chevron ou les frères Koch. Ces deux milliardaires ont fait fortune grâce aux richesses du sous-sol américain et canadien. Ils financent abondamment le Tea Party et ont lâché jusqu’à 500 millions de dollars en 2011 pour renverser, en vain, Obama. Or, d’après Brulle, ils ne font plus de contributions publiques au mouvement des négateurs. Et comme aux États-Unis le donateur peut rester anonyme, une lessiveuse institutionnalisée suffit pour servir d’intermédiaire. C’est ce que fait Donors Trust, une boîte noire qui redistribue des centaines de millions de dollars aux négateurs. « Il est désormais impossible de tracer 75 % des fonds qu’ils reçoivent », assure Brulle.

Extraits d’un article de Laure Noualhat dans Siné mensuel de novembre 2014.

Réchauffement climatique ?

Dans les années 1970, les précurseurs de l’écologie politique étaient fréquemment accusés d’être « catastrophistes » et de jouer aux Cassandre. Mais aujourd’hui, leurs alertes sur la destruction accélérée de la biosphère se trouvent validées par les rapports émanant des institutions internationales les plus capitalistes qui soient.
Ce n’est plus un obscur journal indépendant comme « La gueule ouverte » qui annonce la fin du monde ; ce sont le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la banque mondiale, l’ONU, l’Agence internationale de l’énergie, l’Organisation mondiale de la santé… Peu suspectes d’anti-productivisme forcené, ces vénérables autorités font virer leurs voyants au rouge. Année après année, des milliers de pages de plus en plus pessimistes rejoignent les bureaux des décideurs politiques, qui continuent à ne jurer que par la relance de l’économie et le redressement destructif.
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Dans son rapport « Turn down the heat », la banque mondiale appelle elle aussi à tout faire pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°.
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La banque reconnaît qu’il y a un risque d’insécurité alimentaire, de surmortalité, de déplacements massifs de populations, d’écroulement d’institutions, de défaillances d’États, de systèmes de santé, d’infrastructures techniques nécessaires à notre subsistance (comme les réseaux d’eau, d’électricité)… Et voilà que cette agence de l’ONU, vouée depuis sa fondation au Développement infini, reconnaît que la pression croissante sur l’écosystème planétaire est en train « d’approcher des limites critiques ». Et voilà que la perspective même d’un effondrement de civilisation n’est plus esquivée.
Une étude retentissante financée par la NASA l’a récemment annoncé en ayant recours à des modélisations mathématiques : les niveaux actuels de surconsommation de ressources et d’inégalités galopantes conduisent au chaos. Même l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) reconnaît que l’écart entre riches et pauvres, qui continue à se creuser, est toujours plus insoutenable. Pour éviter l’effondrement, le rapport des mathématiciens financé par la NASA appelle à réduire le prélèvement de ressources naturelles, à mettre fin à l’inégalité, à partager, sans croire que les gains d’efficacité apportés par la technologie puissent nous sauver : le « progrès » technique s’est au contraire toujours accompagné d’une extraction croissante de ressources.

Extraits d’un article de Pierre Thiesset dans le journal La Décroissance de juin 2014.