Ecotaxe : en France, le changement, c’est pas maintenant !

(…) Mises bout à bout, ces exemptions font que l’écotaxe à la française pourrait rapporter 920 millions d’euros en année pleine alors qu’elle devrait rapporter, en 2014, quatre milliards et demi d’euros en Allemagne. Mise en œuvre depuis maintenant 10 ans, l’écotaxe allemande a permis au fret ferroviaire de représenter plus de 30% des marchandises transportées dans le pays. En Suisse, la recette annuelle de l’écotaxe représente 1,2 milliard d’euros, le fret routier a cessé de croître et les transporteurs ont augmenté leur taux de chargement de 60% ! Dans les pays européens où l’écoredevance a été mise en place, le nombre de kilomètres parcourus par les camions a été réduit d’environ 15%, notamment parce que les transporteurs ont fortement limité les retour à vide.
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Une gestion purement comptable amène les responsables de la SNCF à appréhender le fret ferroviaire comme une source d’économie en devenir. En 10 ans, les tonnages transportés par le mode ferroviaire ont diminué de moitié. Près de 7000 emplois ont été supprimés à Fret SNCF, environ 400 gares et chantiers ont été fermés.
La France a déjà fortement réduit son maillage, passant de 48 000 kms à 29 000 kms de voies. Soumis à la pression de fourvoyeurs du service public et malgré les grands objectifs assignés par la représentation nationale au fret ferroviaire, plusieurs milliers de kilomètres sont encore menacés. Des triages comme ceux de Villeneuve Saint Georges, Sotteville lès Rouen, Hourcade, Somain… sont appelés à être fermés !

Faute de rentabilité immédiate, le « wagon isolé » est progressivement abandonné. A la différence du train-bloc qui peut atteindre 750 mètres de long et une charge de 1800 tonnes, le « wagon isolé » composé de quelques wagons nécessite un assemblage pour former des trains dans les gares de triage. Ces opérations d’assemblage requièrent du temps et du personnel. Ce fret de proximité se délite à vue d’œil et oblige certains clients de la SNCF à opter pour la route, faute de solutions alternatives.
L’ensemble de cette stratégie a conduit à remettre sur la route près de 5 millions de camions ! Par effet de vases communicants, ce que perd Fret SNCF est finalement gagné par Géodis, filiale de transport routier de SNCF Participations… !

Extraits de la campagne « Transport de marchandises : Un train de retard ?! » menée par l’association Agir pour l’environnement pendant l’été 2014.

Les Français payeront l’addition pour les camions

Les routes ne sont pas gratuites. Elles sont payées par les Français et usées par les camions. En outre le « tout camion » pollue et réchauffe le climat. Cette taxe, juste écologiquement et socialement, si elle n’entre pas en vigueur va entrainer une augmentation des impôts locaux pour payer l’entretien des routes passées sous l’autorité des collectivités locales. Elle est aussi un signal pour les poids lourds de toute l’Europe : venez traverser la France, c’est pas cher pour vous !

Le cadeau fiscal ne résoudra rien et enfonce le pays dans la crise.

Le cadeau fiscal coûtera plus d’un milliard par an à l’Etat, en manque à gagner, 800 millions de plus si le contrat avec le prestataire est rompu. Par ailleurs, la crise profonde que traversent certains secteurs agricoles ne saurait trouver de solution si nous sommes incapables de favoriser une production (notamment agricole) de proximité, faiblement émettrice de gaz à effets de serre et de pollutions atmosphériques.
Le moins disant environnemental et social, payant le plus mal ses salariés et polluant le plus, continue d’être l’alpha et l’oméga d’un dogme productiviste qui saigne nos territoires et notre économie. Tant pis pour les conséquences tant que le prix est le plus bas possible et qu’on ne paye pas pour son outil de travail (la route)…

Nous n’aurons pas les moyens de la transition écologique

Pour mémoire, rappelons que le gouvernement avait promis que la baisse du budget du ministère de l’écologie de 7% serait compensée par la TKPL. Sans elle qui le financera ?…
On ne peut continuer à faire comme avant en espérant que ça change. La transition écologique nécessite des investissements et il nous semble naturel que ceux qui sont les principaux responsables de la crise écologique soient aussi ceux qui financent prioritairement la sortie de crise au profit de tous ceux (dont de nombreuses entreprises, exploitants agricoles…) qui essayent de construire la France de demain. A moins de remettre en cause le principe pollueur-payeur et d’assumer un état de fait : aujourd’hui c’est pollué-payeur !

Extrait de la newsletter d’octobre 2013 de l’association France Nature Environnement.