Poubelle nucléaire : un pognon dingue !

Bure, dans la Meuse. Ses 80 habitants, ses champs de céréales à perte de vue et… sa future poubelle nucléaire. C’est ici, à 500 mètres sous terre, dans un Centre de stockage géologique (Cigéo), que la filière atomique veut enfouir ses déchets les plus dangereux. De drôles de colis qui resteront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années.
Forcément, la perspective est inquiétante. Alors, l’État sort le chéquier : élus invités dans les meilleurs restaurants, millions d’euros de subventions … « Une sorte de corruption institutionnelle », persiflent les récalcitrants.

[…]

Il faut dire aussi que la lutte anti-Cigéo a pris un gros coup sur la tête à la fin du printemps, du fait d’une méchante vague de perquisitions. Suivies d’arrestations, […] (terrorisme d’état)

À l’issue de leur garde à vue, sept personnes sont mises en cause pour « association de malfaiteurs ». Un délit flou, qui ne réprime pas des actions illégales, mais l’appartenance à un groupe ayant de supposées intentions délictueuses. Une boîte de pandore qui permet d’imbriquer actes et responsabilités à tous les niveaux de la lutte et de criminaliser celle-ci dans sa globalité.

« Ça permet de rendre responsable à peu près tout le monde et n’importe qui des faits qui ont été commis », résume une des personnes mises en cause.
« Les autorités postulent que le mouvement est pyramidal, hiérarchique, qu’il y a des responsables qui donnent l’ordre à telle ou telle composante de la lutte de se livrer à des dégradations. Ce qui est complètement irréaliste quand on connaît cette mobilisation », commente Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire.

Parmi les mis en cause, on trouve des personnes connues pour avoir un rôle social à l’interface entre les différentes composantes de la lutte, avec les habitants et même entre les groupes de travail – automédia, collectif anti-répression, groupe juridique… Ainsi de l’avocat Étienne Ambroselli, qui a vu son matériel de travail saisi, au mépris de tout droit à la confidentialité (au bout d’une semaine, il a finalement pu récupérer son matériel, la perquisition le visant ayant été jugée illégale après coup).

Extraits d’un article de Clair Rivière dans le mensuel CQFD de novembre 2018.

Tout électrique, tout nucléaire

Quand le choix irréversible du « tout électrique, tout nucléaire » a été pris par l’État-EDF au début des années 1970, les promoteurs de l’atome assuraient que la Science [finirait par trouver une aolution au problème des déchets radioactifs. Bien sûr, il n’en a rien été. Et les rebuts de leurs centrales, les technocrates n’ont plus qu’à les glisser sous le tapis. Depuis trente ans, des luttes sont menées contre les projets d’enfouissement des déchets ; comme à Angers, où une manifestation a réuni 15 000 personnes en 1990. […]

On est saisi de stupeur devant l’ampleur des enjeux, l’absence de débats réels, la violence froide de l`État. Depuis 20 ans ce territoire à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne est en cours de colonisation et de militarisation pour assurer la survie de la filière nucléaire française. […]

En second lieu, on achète les consciences en arrosant financièrement ce département rural plutôt pauvre. À Bure (82 habitants), les équipements urbains sont flambant neufs, les trottoirs ont été rénovés, une salle des fêtes est même sortie de terre tandis que la commune voisine de Mandres-en-Barrois (124 habitants) a désormais des terrains de sport. Entre 2007 et 2016, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations du département auraient par ailleurs touché 271 millions d’euros, auxquels s’ajoute une aide annuelle de 480 euros par habitant versée aux communes situées dans un rayon de dix kilomètres autour du site.
Face à un tel déluge d’argent, il n’est pas étonnant que beaucoup se soient résignés et que tant d’élus choisissent le camp de l’Andra.

Troisième stratégie : la communication, ou plutôt la propagande, qui se déploie de façon débridée dans le département : organisation de sorties scolaires pour apprendre aux enfants les bienfaits du nucléaire, armées de communicants et de sociologues embarqués travaillant à l’acceptabilité du risque, à la diffusion de message rassurants ou fatalistes. […]

Depuis deux ans, l’Andra et le gouvernement ont déclaré la guerre aux opposants, en les caricaturant voire en les insultant, en cherchant à les diviser ou en en faisant de dangereux activistes cagoulés. Je peux témoigner combien les fameux opposants « radicalisés », décrits par le pouvoir comme des quasi-délinquants, sont d’abord et avant tout des militants intelligents, conscients et
inquiets, des citoyens engagés, courageux, sidérés devant la folie qui nous pousse à accepter l’inacceptable ; soucieux de maintenir vivant un espace de débat démocratique contre le monopole
de l’expertise et de la décision ; sacrifiant leur confort individuel à une cause plus large. […]

Les failles du projet sont nombreuses mais sont sans cesse euphémisées, niées, au nom de la confiance dans le génie des ingénieurs et de l’absence d’alternative. Une fois de plus, nous sommes face
aux alternatives infernales déjà utilisées lors de la controverse OGM : vous refusez les OGM ? Eh bien vous ne pourrez pas résoudre la faim dans le monde, vous ferez fuir les scientifiques vers des cieux plus elements et vous nous mettrez en retard dans la grande compétition économique. La même rhétorique est à l’œuvre pour imposer la solution de l’enfouissement des déchets nucléaires, alors même que dans plusieurs pays les habitants s’opposent à de tels projets et que des rapports d’experts – comme celui de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucleaire (IRSN) – pointent les
risques d’incendie et les lacunes en matière de sécurité. En Australie un comité d’enquête a choisi de repousser un projet du même type l’année dernière, en Allemagne et aux États-Unis plusieurs sites d`enfouissement ont connu des problèmes et ont dû fermer, partout ce type d’installation provoque la colère et l’opposition des habitants.

Extraits d’un long article de François Jarrige dans La Décroissance d’avril 2018.

Déchets nucléaire : l’enfouissement à l’épreuve de la réalité

Le WIPP (Nouveau-Mexique, États-unis) est le premier site d’enfouissement de déchets nucléaires en grande profondeur en fonctionnement au monde. C’est aussi un centre « pilote », co-géré par Areva, présenté comme une vitrine. Quinze ans après sa mise en service, incendie souterrain, accident d’origine inconnue et contamination en surface ont tout bloqué. Oui, l’accident est possible et sa gestion impossible.
(…)
Impossible de ne pas faire le parallèle avec CIGÉO (stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde), le « très grand frère » du WIPP (garanti à l’origine pour 10 000 ans et stoppé au bout de 15 ans). Au WIPP, 96 % des déchets sont des FAVL (Faible Activité à Vie Longue). Le souci de réaction oxydant/réducteur (bitumes/nitrate d’ammonium par exemple) est posé de façon cruciale par les déchets MAVL (Moyenne Activité à Vie Longue) qui sont prévus à CIGÉO/Bure en très grande quantité. Il s’agit de déchets très irradiants, inapprochables. Le scénario du WIPP serait pratiquement ingérable dans CIGÉO.

Extraits d’un article du magazine Sortir du nucléaire d’août 2014.