Business extractiviste

Marc habite Lussat depuis 1995, dans le nord-est de la Creuse. Quand il cause, on dirait un expert, tellement il connaît sa partition. Le projet de mine aurifère de Villeranges, ce membre du collectif StopMines23 en a entendu parler par hasard : « j’ai appris la nouvelle du PERM (permis exclusif de recherche de mines) par des voisins, fin novembre 2013, alors que l’enquête publique avait eu lieu en août 2013. Le maire n’en a pas parlé. Tout s’est fait en catimini, dans la confidence. »

La farce ne s’arrête pas là : la zone actuellement cartographiée par la société Cominor n’est pas vierge de toute recherche. De 1980 à 1989, la feue Total Compagnie minière avait déjà reniflé le filon aurifère et truffé le sous-sol de 24 kilomètres de forage. Sans la baisse du cours de l’or, le permis d’exploitation aurait été accordé depuis belle lurette.
« La Cominor sait très bien que le gisement a été caractérisé. Elle essaie de nous endormir avec sa communication : on ne sait pas ce qu ‘on va trouver, laissez-nous chercher, peut-être qu ‘il n’y a rien, alors qu’ils savent très bien. Ils reviennent obtenir le permis qu ‘ils n’ont pas eu il y a trente ans. »
Ok, mais aujourd’hui, les mines sont aussi propres qu’un bloc opératoire. Elles sont même « responsables », nous dit la pub. Cette histoire de mine responsable, c’est du marketing. Le projet est une mine à ciel ouvert d’au moins 50 mètres de profondeur. La roche du sous-sol est truffée d’arsenic : on sort quatre grammes d ‘or pour un kilo d’arsenic. Des millions de tonnes de roche arséniée vont nous rester sur les bras. Quand il pleut sur l’arsenic, ça pisse partout et vu l’altitude où on est, toute notre vallée va être polluée. La Cominor ne va pas ramener ses déchets à son siège social au Luxembourg, ni au Canada, où est sa maison-mère. »

Cominor en Creuse, Variscan Mines en Bretagne, les deux sociétés minières sont dites juniors – en opposition aux majors, grosses sociétés d’exploitation – car spécialisées dans l’exploration des sous-sols. Elles font leur miel grâce à l’art de la magouille spéculative. « Enregistrées sur les marchés boursiers hautement permissifs comme la Bourse de Toronto (TSX) ou sa concurrente de Sydney (ASX), les « juniors » ne tirent des bénéfices que de la spéculation et financent leurs campagnes d’exploration en levant des fonds (des capitaux à risque) sur ces marchés boursiers », explique le chercheur équatorien William Sacher dans un article édifiant. Quand boursicotage rime avec carottage.
Dans l’hexagone ce ne sont pas moins de huit PERM qui sont en cours de prospection. Huit autres demandes ont été déposées et attendent l’aval des autorités.
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À Salsigne (Aude), la dernière mine d’or française a fermé ses galeries en 2004. Le territoire est dévasté par une pollution à l’arsenic. L’incidence des cancers du poumon et du larynx y crève tous les plafonds.

Extraits d’un article de Sébastien Navarro dans le journal CQFD de février 2016.