Démocratie régressive

Partout, la réaction, la régression, la destruction sont à l’œuvre. Bâti sur l’inégalité, sur l’accaparement des richesses parles classes dirigeantes, le système capitaliste et ses relais à la tête des États poursuivent leur fuite en avant au mépris des crises toujours plus graves qu’ils engendrent et qui, désormais, les dépassent.
Profondément mortifère, ce système, fondé sur la propriété privée des moyens de production, de distribution et d’échange, et sur la recherche du profit, détruit les êtres vivants et dévore la planète jusqu’à menacer notre existence même. Il organise, à l’échelle du monde, une concurrence généralisée qui fracture les sociétés, les jette les unes contre les autres.

Un seul mot d’ordre semble prévaloir : la précarisation des conditions de vie, de travail, de sociabilité. Méthodiquement, les solidarités essentielles au bon fonctionnement de la société, les droits arrachés par les luttes à la voracité des classes dominantes sont attaqués et détruits. Toute contestation est réprimée par une violence toujours plus grande.
Dans les pays industrialisés, le pouvoir ne se soucie même plus de légitimer sa domination par une part de redistribution ou par la garantie de libertés publiques. La social-démocratie a vécu.
L’époque est celle du retour de la peur. Peur de perdre ses moyens de subsistance, quand chacune et chacun est contraint à l’isolement social.
Peur qui permet à la haine des différences – ultime atout d’un système mis à nu – de prospérer dans les discours politiques.

Face à un tel constat, il y a urgence à construire un changement radical de société.
Pourtant, notre camp social est à la peine. La crise de légitimité qui frappe les gouvernants, accusés à raison de ne représenter qu’eux-mêmes et de défendre un système dont ils tirent profit, fragilise aussi les organisations traditionnelles du mouvement social et révolutionnaire, qui peinent à incarner une alternative.
Mais de cette crise de légitimité naissent aussi des mobilisations nouvelles, qui rejettent les formes d’organisation et les idéologies anciennes pour exiger une démocratie directe et radicale. Un foisonnement porteur de possibles, d’écueils aussi, d’expérimentations en tout cas.

Cette exigence de démocratie directe, ce refus de la délégation, cette affirmation du pouvoir à la base, pour la base, sont aussi les nôtres. Mais il reste encore du chemin pour qu’elles rompent avec les mirages électoraux vendus par la social-démocratie, cette promesse qu’abandonner sa capacité de décision au profit de quelques-uns profiterait à toutes et à tous. Elle est aussi en rupture avec la dictature pratiquée par les régimes socialistes autoritaires.

Début d’un article du mensuel Alternative Libertaire de juillet-août 2019.

La bourgeoisie au pouvoir

[…] le taux d’abstention, de bulletins blancs ou nuls aux législatives, mais aussi la présence du Front national comme marche-pied pour Macron à la présidentielle, ou encore la mise sur un piédestal du futur président par une large partie des médias dominants pendant toute la campagne sont autant d’arguments à faire valoir plus largement pour refuser toute légitimité au président et à son gouvernement. […]

En bref, Macron a clairement été élu à la faveur d’un concours de circonstances et non par adhésion des travailleurs et des travailleuses à son programme. Plus fondamentalement, Macron a annexé l’espace politique hier convoité par Bayrou comme par Valls, où la bourgeoisie dans son ensemble, qu’elle soit de tradition social-démocrate ou libérale-conservatrice, peut se retrouver et constituer une force peu menacée par l’alternance.

Avec Macron, la bourgeoisie peut enfin échapper aux querelles intestines stériles qui l’empêchent de saper totalement les intérêts des classes populaires, et instaurer un paradis libéral où les dominants pourront s’enrichir encore plus sur le dos des plus modestes. C’est une autre raison de refuser toute légitimité à ce Président et ce gouvernement faits par et pour les catégories dominantes de la société. La composition sociologique du groupe de la République en marche à l’Assemblée, comme celle de son électorat, renforce cette idée d’une annexion du pouvoir politique par la bourgeoisie.

Le contenu des réformes voulues est certes encore flou, mais pas assez pour qu’on ne voie pas que, en effet, il sert les intérêts des capitalistes. En claironnant vouloir rapprocher les négociations du « terrain » de l’entreprise, en donnant priorité à l’accord d’entreprise sur l’accord de branche ou le Code du travail, le gouvernement entend surtout rendre les négociations plus difficiles pour les syndicats et les salarié.es, en situation de faiblesse sur ce « terrain » où le patron est roi.

Le plafonnement des dommages-intérêts pour licenciement abusif a également pour but de rendre les salarié.es dociles, puisque susceptible de se faire éjecter pour n’importe quelle raison, à n’importe quel moment, leur employeur n’ayant au pire qu’à s’acquitter d’une obole dont le montant maximum est déterminé à l’avance (et qui peut donc être prévu par une simple ligne sur un livre de compte).

Extraits d’un article de Vincent dans Alternative Libertaire de juillet-août 2017.

Communisme = dictature ?

« Tout le pouvoir aux soviets ! » Ce cri de ralliement, opportunément confisqué et galvaudé par les bolcheviks à partir de 1917, Alexandre Skirda nous démontre avec brio qu’il est inscrit au cœur des habitudes du peuple russe, trop souvent présenté comme servile et résigné.

Dans un ouvrage richement documenté et récemment réédité par les indispensables éditions Spartacus, l’auteur aussi érudit que discret des Anarchistes russes, les soviets et la révolution russe de 1917 retrace avec soin les racines des coutumes libertaires historiquement présentes chez les populations slaves. Que ce soit à travers les mirs ou les vetchés (sortes de communes et de regroupements agricoles), celles-ci sont les héritières d’une longue tradition d’organisation collective et démocratique.

Ce n’est donc pas un hasard si la Révolution russe de 1917 a démarré sous les meilleurs auspices avec la constitution de centaines et de milliers de comités d’usine, de soldats et de paysans, prenant en main l’organisation de la vie économique et sociale. Et ce n’est qu’au prix d’un terrible coup de force que les militants bolcheviks reprirent à leur compte la grande révolution soviétique et la pervertirent par la centralisation étatique et la folie autoritaire.
Bien avant Kronstadt, dès le printemps 1918, les anarchistes seront les premières victimes de la répression du nouveau pouvoir. Emprisonnés, déportés, éliminés, ils payeront chèrement leur combat pour l’autonomie des soviets et leur opposition à la dictature du « prolétariat » ou plutôt de ses pseudo-représentants.
À travers un remarquable travail d’historien, compilant sources inédites et traductions, le russisant Alexandre Skirda démontre irréfutablement l’affiliation directe entre léninisme et stalinisme.
Les crimes du second n’ayant été rendus possibles que par l’acharnement du premier à étouffer les instincts de liberté du peuple russe par la mise en place d’un appareil d’État impitoyable. Les gènes de la dégénérescence totalitaire étaient inscrits au plus profond de la conception autoritaire du pouvoir bolchevique.

Début d’un article de Julien publié dans Alternative Libertaire de février 2017.

Le burkini au service du racisme

L’affaire du burkini a été l’occasion pour nombre de crapules de rajouter leur pièce dans le jukebox du racisme. C’est toujours la même petite musique qui se met en place : un fait anodin est monté en épingle, puis les musulmans et musulmanes sont pointé-e-s du doigt, sommé-e-s de se faire discrets ou assimilé-e-s aux terroristes.
Des politiciens de tous bords en appellent aux « valeurs », eux dont la corruption morale et économique atteint des sommets. Mais ne nous y trompons pas, il y a là pour eux une aubaine pour communiquer. Grâce aux punchlines drivées par les conseillers en com, le petit foulard est agité et tout le monde fonce. Oubliez la loi travail, les attaques aux libertés publiques ou les guerres impérialistes. Pensez au voile.
Mais au-delà des phrases chocs et des polémiques racistes, c’est une entreprise de déshumanisation qui se développe. Les discours deviennent les justifications d’actes de violence et de politiques étatiques racistes : confiscation des biens des migrants en Allemagne, en Suisse ou au Danemark, jobs à 80 centimes de l’heure « réservés » aux migrants en Allemagne.
Peu à peu se met en place la politique du pire. Ne soyons pas la grenouille qui se laisse engourdir par une eau qui bout peu à peu. Notre volonté de lutter, de rassembler doit être décuplée car nombreux sont celles et ceux qui se refusent à la fatalité.

Édito du journal Alternative Libertaire de septembre 2016.