Privatisation du groupe ADP

« un pur et simple cadeau au privé »

Le projet de privatisation du groupe ADP (ex-aéroports de Paris) a fédéré l’opposition, excepté le Rassemblement national (RN), contre le gouvernement.
Présenté avec la loi Pacte, le projet prévoit aussi la cession de la Française des Jeux et d’Engie.
Malgré le rejet du Sénat, l’Assemblée nationale l’a adopté le 11 avril.
En réaction, 248 parlementaires ont lancé une procédure pour un référendum d’initiative partagée, validée par le Conseil d’État. Reste encore à récolter 4,7 millions de signatures en neuf mois, pour déclencher un référendum sur le « caractère de service public » des aéroports concernés.

De cet imbroglio législatif ressort surtout la contradiction de ce projet avec l’intérêt général. Rien ne justifie la vente d’ADP, ni sur le plan politique, ni sur le plan économique. Le groupe ADPR gère l’ensemble des aéroports d’Île-de-France, dont Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly.
Un outil stratégique, car ils représentent 80 % du trafic aérien depuis l’étranger. Le groupe possède également 8 600 hectares de terres en Île-de-France, qui seraient laissées a la discrétion du secteur privé.
L’État français demeure majoritaire au sein d’ADP, avec 50,6 % des parts. Elles lui ont rapporté 9,7 milliards d’euros en cotation boursière et 174 millions d’euros de dividendes en 2018. En les vendant, il escompte en tirer environ 8 milliards d’euros, qui seront versés dans un fonds destiné à « l’économie de rupture ». Ce placement générerait 250 millions d’euros en dividendes. Une somme qui comprend en réalité les cessions cumulées du groupe ADP, de la Française des Jeux et d’Engie, bien inférieure à ce que rapporte actuellement ADP.

Pour faire passer la pilule, Bruno Le Maire a évoqué une « concession » plutôt qu’une privatisation. Les actionnaires minoritaires actuels devront alors être dédommagés entre 500 millions et 1 milliard d’euros pour le « préjudice subi ». La durée de cette concession sera également hors-normes : 70 ans, alors que les équipements sont rentables et ne nécessitent plus de lourds investissements. En outre, cela signifie que l’État devra racheter ses parts au terme de cette durée. Une gageure en ces temps de restrictions budgétaires… Au final, c’est un magnifique cadeau au privé que fait Emmanuel Macron, qui poursuit ici sa logique de démantèlement de l’État.

Article d’Ambre Lefevre dans Lignes d’attac de juillet 2019.

Pour soutenir la proposition de référendum : referendum.interieur.gouv.fr/initiatives_encours