Souffrance au travail

D’où vient la souffrance au travail ?

Les enquêtes sur le travail montrent une hausse importante du travail répétitif au cours des vingt dernières années, ainsi qu’une baisse de l’autonomie dans le travail. Non seulement le travail industriel à la chaîne n’a pas reculé, mais l’organisation néo-taylorienne s’est généralisée dans les services (logistique, centres d’appels, banques, hôpitaux, soins à domicile, etc.).
En outre les changements organisationnels (restructurations, filialisations, privatisations, délocalisations, etc.) se succèdent à un rythme effréné qui insécurise les salarié-e-s.
La gouvernance par les nombres, dans le privé et le public, mutile le sens du travail travail, les salarié-e-s souffrant fréquemment de ne pas pouvoir faire un travail de qualité.

Face a la montée des « risques psychosociaux » et de la souffrance au travail, les dirigeant-e-s ont réagi non pas principalement en améliorant l’organisation au travail dans un sens plus collaboratif (ce qui serait de la prévention « primaire », à la racine), mais en multipliant les démarches de prévention « secondaire » visant les symptômes : formation à la gestion du stress, cellule de soutien psychologique, détection précoce des salarié-e-s en difficulté.

[…]

Le débat sur l’intensification du travail et la perte d’autonomie est quasi-universel, de nombreux travaux scientifiques existent sur ce sujet en Europe et dans le monde. Les concepts de souffrance éthique ou d’intensité émotionnelle du travail sont également présents dans la littérature internationale. Ce qui est plus spécifique à la France, c’est l’intensité du débat sur la souffrance éthique et les conflits de valeur : les travailleur-euse-s français-es, en particulier dans le secteur public mais pas seulement, sont particulièrement sensibles à l’amour du travail bien fait, et la souffrance infligée par la « qualité empêchée » (comme dit le psychologue du travail Yves Clot) semble plus intense dans notre pays. On le voit bien avec l’enquête sur les conditions de travail menée tous les cinq ans par la Commission européenne.

Extraits d’un article de Thomas Coutrot dans Lignes d’attac de juillet 2018.

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