Sobriété systémique

L’idée qu’on essaye de faire passer, peut-être loin de la décroissance telle que vous l’envisagez, c’est d’organiser une sobriété systémique, plutôt que d’appeler à la sobriété des individus. Il
est très difficile de faire passer l’idée de sobriété individuelle à des gens qui ont du mal à boucler les fins du mois, on le voit avec les gilets jaunes.
La plupart vivent dans des conditions modestes.
Ce à quoi il faut s’attaquer, c’est à un système technique très vorace en énergie et en matières.

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Le modèle de développement péri-urbain, avec des pavillons mal isolés et une dépendance totale à la voiture, a pu se faire grâce à l’abondance énergétique. On doit sortir de ce modèle en ayant une politique nationale cohérente d’alternative à la bagnole et de rénovation énergétique des bâtiments, pour organiser une sobriété systémique, et à partir de là on a des réponses collectives
pour se désintoxiquer des énergies fossiles et donner de l’air aux plus modestes…

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On est allés plusieurs fois à l’Élysée, à Matignon, au ministère de Nicolas Hulot, chez France stratégie, on a rencontré diverses figures de la macronie à l’Assemblée et au Sénat, on a discuté
avec des élus de droite et de gauche…
On leur disait : « C’est un devoir moral, ayez l’audace politique de dessiner une stratégie cohérente de décarbonation, d’avoir pour ligne de mire une société post-énergies fossiles, et donc d’organiser nécessairement une sobriété systémique. »
Qu’est-ce qui s’est passé ? Quand on a discuté avec Nicolas Hulot, qu’on lui a proposé de créer une structure ad hoc de concertation public-privé, sous l’égide de Matignon et de France stratégie, pour articuler un plan cohérent de décarbonation secteur par secteur (transport, bâtiment, agriculture, industrie), sa réponse a été : « Si j’arrivais à faire ça, je ne regretterai pas d’avoir accepté ce poste de ministre. »

Son conseiller a travaillé sur notre proposition, et finalement elle s’est perdue dans les eaux.
Globalement, on a eu beaucoup d’interlocuteurs qui partageaient notre diagnostic, notamment des gens de moins de 40 ans : on sent qu’il y a une envie de dessiner une société de sobriété, et qu’ils ressentent une honte d’être au pouvoir dans un pays qui ne respecte pas lui-même l’accord de Paris de 2015, qui se paye de mots en matière d’écologie. […]

Extraits d’une intervention de Matthieu Auzanneau dans le journal La Décroissance de mai 2019.

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