Retour planétaire des forces réactionnaires

Il est difficile de faire abstraction de ses propres angoisses lorsqu’on transcrit la longue liste de dirigeants xénophobes sur un planisphère : tant de pays concernés, si peu de contre-exemples. Qui plus est lorsqu’on y ajoute des Le Pen, Wilders et tant d’autres, pas (encore) parvenus au pouvoir mais qui occupent une place centrale dans leur espace national respectif. […]

Et on n’aura pas tort d’accuser le néolibéralisme… À force de mettre les populations de la planète en compétition pour des boulots de merde, à force d’instrumentaliser un chômage de masse pour contrecarrer toute amélioration des conditions de vie, à force de laisser l’arbitraire économique s’abattre sur la vie de millions de personnes et enlever toute substance au pouvoir politique, à force de transformer l’État en une succursale des intérêts économiques et financiers au détriment du renforcement de la démocratie, le néolibéralisme a assurément joué un rôle majeur. Un argument fondé que seuls les plus ardents thuriféraires libéraux essaient péniblement d’écarter.

Accuser la mondialisation néolibérale ne doit pourtant pas nous faire tomber dans le piège grossier tendu par ceux, nombreux, et de tout bord politique, qui affirment que le clivage structurant du 21ème siècle se situerait désormais entre « la mondialisation » d’un côté, présentée comme inéluctable tant du point de vue de l’horizon qu’elle incarne que des formes qu’elle prend, et le repli national de l’autre. Cette dichotomie est une illusion, comme l’explique le politologue Jean-François Bayart dans une interview pour Lignes d’Attac : « depuis deux siècles, la globalisation repose sur la mondialisation économique et financière, sur l’universalisation de l’État-nation et sur les idéologies de repli identitaire ». […]

Comme le montre ce dossier, l’un des traits communs de ces dirigeants réactionnaires est de prétendre combattre le néolibéralisme tout en intensifiant certaines de ses dimensions : confier les clefs du système financier à d’ex-banquiers d’affaires (issus de Goldman Sachs, notamment), accentuer les droits et facilités donnés aux multinationales pour poursuivre leur prédation sur les ressources naturelles ou bien encore détricoter ce qui reste des politiques sociales. Pour paraphraser Bayart (dans son livre L’impasse national-libérale), le nationalisme est jeté en pâture aux pauvres, pendant qu’on sécurise le libéralisme et les « bienfaits » du productivisme et des marchés globaux pour les riches.

[…]

Longtemps divisées et marginalisées, ces forces conservatrices, suite à un patient travail sur le plan idéologique et sur le terrain, arrivent désormais a présenter un front uni, derrière un champion charismatique et sur la base d’une assise sociale, en mesure de chambouler l’ordre établi. C’est la nouveauté de cette période et le grand danger auquel nous faisons face : que les forces nationalistes et néolibérales s’allient autour d’un agenda commun visant à opérer une revanche sociale contre les pauvres, les minorités, les femmes, etc.
Y compris en les persécutant et en criminalisant toute contestation sociale, au nom de la réaffirmation de l’autorité de l’État.
Les Trump, Poutine, Modi and co peuvent en effet être vus comme la partie émergée d’une réaction conservatrice menée avec minutie par des mouvements de droite et d’extrême-droite. Que visent-ils ? Reconquérir l’hégémonie politique et culturelle qu’ils jugent avoir perdue par les victoires accumulées et la conjonction des mouvements de décolonisation et de démocratisation, des mouvements pour les droits civiques, politiques, sociaux, économiques et culturels, des mouvements féministes, des mouvements écologistes et des mouvements pour les droits des populations indigènes.

Extraits d’un article de Maxime Combes dans Lignes d’attac de juin 2017.

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