Réforme de l’éducation

[…]En résumé. voici ses objectifs : faire des économies, l’objectif n’est donc pas pédagogique mais comptable. Accentuer la concurrence entre établissements afin de préparer la privatisation de l’école et pour commencer, aggraver la fuite des élèves vers le privé sous contrat. Agrandir le marché de l’éducation extra-scolaire. Ouvrir un marché du supérieur en raréfiant l’offre de formation et assurer la position dominante des formations les plus prestigieuses en leur permettant de sélectionner encore davantage leur public payant.

Epilogue

Afin de faire croire à l’urgence de réformer le bac, le Lycée et l’accès au supérieur, le gouvernement a exagéré les dysfonctionnement d’APB et a menti sur sa nature. Seuls 4000 bacheliers ont été privés d”un accès au supérieur sur 600 000. Ce sont principalement des bac pro qui n’ont pas eu accès au BTS de leur choix. Bien que la plate-forme APB soit critiquable par ailleurs, on ne peut pas lui imputer le manque de places dans le supérieur. Par exemple, on ne peut pas la rendre responsable du fait qu’il y a 150 000 étudiants de plus pour 10 000 postes d’enseignants de moins dans le
supérieur. Il aurait été plus simple et plus honnête de créer 4000 places en BTS et les réserver aux titulaires d’un bac professionnel (pour un pays de 66 millions d”habitants avec un PIB dépassant les 2000 milliards d’Euro, ce n’est pas un effort énorme, surtout lorsque les entreprises ont besoin d’une main d’œuvre formée).

Il en va de même pour le tirage au sort, inacceptable en effet, mais qui n’a concerné que 3000 lycéens. De la même manière, afin de fragiliser l’université, le gouvernement a déformé la réalité du taux de réussite dans le supérieur. Certes, un tiers des étudiants seulement termine avec succès sa première année. Mais c’est en partie en raison d’un numerus clausus absurde dans certaines filières (par exemple en médecine alors que la France manque de médecins) et cela ne tient pas compte du fait que beaucoup d’étudiants se réorientent avec succès. A tel point que le taux d’étudiants qui sortent du supérieur avec un diplôme est de 80%. C’est le plus élevé de l`OCDE!
Dans une approche respectueuse de la jeunesse, le tâtonnement en début d’étude doit être accompagné, c’est pour certains un passage obligé de la construction de soi. Vouloir mettre les jeunes
étudiants à toute force dans une case dont ils ne peuvent sortir relève d’une vision comptable, catastrophique d’un point de vue éducatif.

Nous avons le temps de réfléchir, il existe des problèmes, mais il n’y a pas urgence à sacrifier une génération qui a déjà été déstabilisée par la réforme du collège en lui imposant une nouvelle réforme mal conçue à marche forcée. Une étude menée au Québec concernant la réforme de l’éducation de 2010 a en effet montré que l’investissement imposé aux enseignants pour s’adapter à une réforme avait des effets négatifs sur les élèves, indépendamment de la qualité de la réforme.

Vous voulez vraiment favoriser l’égalité à l’école M. Blanquer ? Commencez par donner une place à l’université à tous les lycéens. Utilisez les moyens des CPGE pour faire des classes de remise à niveau pour les plus faibles. Repoussez la sélection à l’entrée des grandes écoles au niveau licence.
Rétablissez la séparation des pouvoirs académiques en libérant les corps d’inspections de la tutelle des Rectorats afin qu’ils donnent des instructions aux correcteurs des examens fondées sur des exigences pédagogiques plutôt que des exigences comptables (donner le bac pour que les élèves ne coûtent pas cher en redoublant).
En effet, il est insupportable de constater que ce sont les mêmes (Blanquer en tête), qui font pression depuis des années sur les examinateurs du bac pour qu’ils baissent leur niveau d’exigence, qui aujourd’hui versent des larmes de crocodile sur le niveau.

Ce sont aussi eux qui ont privé l’école des moyens nécessaires. Vous pouvez aussi militer pour une baisse des écarts de revenus entre les Français, l’école ne faisant que reproduire les inégalités, on ne peut pas l’accuser de les créer. Vous pouvez aussi réduire le nombre maximum d’élèves par classe. Vous pouvez faire une carte scolaire qui garantisse une réelle mixité sociale. Vous pouvez enfin nationaliser les lycées privés qui empêchent, par leur existence, la carte scolaire de jouer pleinement son rôle, en plus de constituer une atteinte à la laïcité… Il y a donc beaucoup à faire, mais pas cette réforme bâclée.

Dernière partie d’un long article de Laurent Paillard dans le trimestriel Les Zindigné(e)s de mars 2018.

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