Les ravages des villes monde

Avec toutes ces start-up qui inventent des applications pour optimiser le stationnement des véhicules, fluidifier la circulation, maximiser l’efficacité des réseaux techniques, nul doute que la techno-cité francilienne montrera la voie au reste de la planète en matière de croissance verte et high-tech.
D’une arrogance sans bornes, Anne Hidalgo affirme que les « villes monde » comme Paris sont devenues les porte-drapeaux écolos, supérieures à ces petites nations limitées et dépassées : « les grandes villes du monde suppléent souvent les États et l’Europe, incapables d’assumer leur rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique », se vante notre sauveuse.
Le rassemblement des plus grandes villes du monde qu’elle préside, le « C40 », prétend même être le chef de file de la lutte contre le changement climatique.

Rabaissez donc un peu votre caquet, les mégalopolitains. Vous, meneurs de l’écologie ? Dans vos villes-laboratoires où s’édifie le monde toujours plus connecté de demain, dans vos gigantesques agglomérations de béton où les privilégiés mènent des existences de purs consommateurs, vous les décideurs, vous ne produisez rien d’indispensable.
Vos grandes conurbations sont fondamentalement parasitaires, dépendantes des réseaux d’échange mondiaux et de la division internationale du travail, sous perfusion de ressources pompées dans des territoires périphériques que vous méprisez. Elles nécessitent des importations massives d’énergie, de marchandises acheminées de l’autre bout du monde, de nourriture, de matériaux, des flux permanents d’hommes mobiles. La moindre rupture d’approvisionnement vous ébranlerait, colosses au pied d’argile.
Et vous avez le toupet de dire que vous êtes les plus vertueux des écolos ? Vous vous flattez de montrer « le chemin en matière de politique sociale, d’urbanisme, d’architecture, d’écologie, de modernité, de culture, d’intelligence » ? Alors que, pour ne prendre qu’un seul indicateur sur votre empreinte écologique de mastodonte, vous les Parisiens rejetez beaucoup plus de déchets que les provinciaux ? Déchets qui, certes, ne vous incommodent guère, puisqu’ils sont refourgués dans les zones alentour.

Alors, Anne Hidalgo, arrêtez de parader en nous racontant que l’écologie métropolitaine, l’écologie high-tech, l’écologie de la bourgeoisie, devrait guider l’humanité. Commencez donc par vous documenter et lire les véritables penseurs de l’écologie politique avant de donner des leçons à la Terre entière.
Par exemple ceux qui sont présentés dans le livre « Aux Origines de la décroissance« . Vous vous apercevrez qu’à travers l’histoire, l’un des combats centraux des grandes voix qui s’opposaient aux ravages du Progrès, c’était de lutter contre l’exode rural, contre le bétonnage du monde et l’enfermement dans des milieux artificiels, pour préserver la paysannerie, déconcentrer, décentraliser, désurbaniser. Soit l’exact opposé de votre modèle, selon lequel l’avenir de la population serait l’entassement toujours plus massif dans les grandes agglomérations, ces centres du pouvoir économique, politique, culturel qui drainent les richesses, ces capitales de l’anti-écologie.

Extrait d’un article au sujet d’Anne Hidalgo dans le journal La Décroissance de juillet-août 2017.

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