Politique Agricole Commune et extinction de masse

Mais la communauté scientifique et les organisations onusiennes ont beau tirer la sonnette d’alarme, marteler que la sixième extinction de masse est en cours, que la protection de la biodiversité est une question relevant des droits de l’homme, une assurance vie pour l’humanité, rien ne semble, à ce stade, sortir les Etats de l’UE de leur torpeur. La Politique Agricole Commune (PAC), en cours de révision, en constitue un exemple criant.

Un système agricole mortifère sous perfusion

Les constats sont connus. En Europe, le secteur agricole est responsable d’environ 11 % des émissions de gaz à effet de serre. Il est l’un des principaux responsable des pressions exercées sur les écosystèmes terrestres de l’UE pour la période 2007-2012 (à hauteur de 20 %)…
En termes de biodiversité, l’état de conservation des habitats agricoles est bon dans seulement 11 % des cas pour la période 2007 – 2012.
Depuis 1990, les populations d’oiseaux communs des terres agricoles ont diminué de 30 %, celles des papillons des prairies de près de 50 %.
L’excédent d’azote sur les terres agricoles de l’UE a entraîné une pollution de nombreux lacs et rivières et demeure persistant.
Au niveau de la qualité de l’air, l’agriculture produit près de 95 % des émissions d’ammoniac en Europe, un polluant atmosphérique important.
Enfin, la baisse de fertilité concerne 45 % des sols.

Une fatalité ? Non, un choix politique clairement assumé. Chaque année, près de 60 milliards d’euro sont déboursés pour le budget de la PAC : la majorité de ces paiements étant octroyée aux fermes qui déversent entre autres près de 400 000 tonnes de pesticides sur leurs champs.
La réforme de la PAC en cours représente l’occasion de l’aligner sur les impératifs de protection de l’environnement, de la biodiversité et du climat, notamment en changeant drastiquement les priorités de financement.
Or, ce n’est pas l’orientation qu’a prise la majorité des eurodéputés sortants lors du vote sur le sujet, en commission parlementaire sur l’agriculture, le 2 avril 2019. C’est pour le statu quo, entendez le modèle de l’agriculture industrielle, dépendante de l’industrie chimique, qu’une majorité conservatrice-libérale a voté, au mépris des recommandations des experts scientifiques
internationaux et des attentes citoyennes.

[…]

Aide basée sur les surfaces

[…] la future PAC s’inscrit dans la continuité des réformes précédentes. Face au défi social de celle-ci (grande volatilité du revenu agricole, infériorité de celui-ci par rapport aux autres secteurs de l’économie et répartition déséquilibrée des aides), la Commission propose, dans les grandes lignes, le statu quo…

L’orientation libérale, sans régulation des marchés et donc sans maîtrise des prix payés aux producteurs, qui a provoqué la crise du lait par exemple, est maintenue. Tandis que la majeure partie du budget servirait encore à financer le régime d’aide au revenu des agriculteurs, dans la continuité du régime actuel.

Or, celui-ci a été largement décrié, notamment en raison de son iniquité sociale (80 % du budget de la PAC profitent à 20 % des exploitations les plus grandes). La Cour des comptes européenne, instituée pour améliorer la gouvernance financière de l’UE, a elle-même estimé que ce régime, calculé sur la base du nombre d’hectares de terre possédés ou cultivés, ne représente pas le moyen le plus probant pour soutenir un revenu des agriculteurs viable. Sans compter qu’il n’est pas adapté pour répondre aux préoccupations environnementales.

Extraits d’un article d’Inès Trepant dans L’Écologiste d’octobre – décembre 2019.

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