Montebourg et la mondialisation

« Vue de chez moi et vue d’en bas, pour tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, la mondialisation n’est rien d’autre qu’un système extrémiste. »
Au printemps 2011, Arnaud Montebourg publiait un petit opuscule remarquable, Votez pour la Démondialisation !
Pour la première fois, un dirigeant politique, et de la gauche de gouvernement, s’en prenait de front, avec violence, au libre-échangisme :
« Le bilan de la première décennie de mondialisation est un désastre pour ceux qui n’ont d’autres ressources que leur travail : délocalisations en série, destructions d’emplois et d’outils de travail, diminution des salaires…
Ces choix obsessionnels portés par des fondamentalistes de l’ouverture commerciale ont-ils servi les intérêts de quiconque, mis à part une infime minorité mondiale ? La baisse des revenus du plus grand nombre est là, l’enrichissement exagéré de 1% des ploutocrates mondiaux aussi, comme la contraction des protections sociales, la destruction des ressources naturelles, la crise écologique qui multiplie ses foyers d’apparition, et l’ombre de la peur qui s’est étendue sur les sociétés. C’est le triste bilan de cette escroquerie mondiale…
Les élites économiques et politiques se sont enfermées à double tour dans leur confort, dans leur mondialisation heureuse, protégées par leur culture, leurs professions, leur mobilité et leurs voyages, leurs sécurités financières. »e libre-échange transa
Comptait-il le transformer, franchement, ce « système extrémiste », en compagnie des Hollande, Moscovici, Cahuzac et Sapin, tous ces gens qui sont, et depuis belle lurette, et par mille biais, « les alliés des marchés financiers » ?
C’est lui qui en est transformé, surtout. Car le même M. Démondialisation soutient, désormais, le projet d’accord de libre-échange transatlantique.

Extrait d’un article de François Ruffin dans le trimestriel Fakir de février-mars-avril 2014.

Capitalisme et démocratie

À l’automne 2013, le GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, annonçait que la hausse moyenne de la température terrestre pourrait atteindre 5 degrés d’ici 2100. Notre système nous conduit donc tout droit à une catastrophe écologique.

Et même s’il n’en était rien notre monde est de toute façon à repenser, car profondément injuste. Ne citons à cet égard qu’un seul chiffre : 1 % d’ultra-riches dans le monde détiennent 50 % du patrimoine mondial. Selon l’ONU, pour éradiquer la faim dans le monde, il faudrait seulement 40 milliards de dollards par an. On nous dit que l’on ne sait pas où trouver cet argent. Pourtant, le budget militaire mondial est de 1 200 milliards de dollards par an et le budget publicitaire, de 500 milliards de dollards par an. Cherchez l’erreur.

Par ailleurs, passer sa vie à travailler pour rembourser des crédits, est-ce cela qui rend heureux ? Dans le monde, trois salariés sur quatre avouent ne pas trouver de sens à leur travail… Leur unique motivation est l’accès à la consommation que celui-ci leur permet. Et lorsque l’on parle de travail, encore faut-il rappeler qu’il y a dans le monde 200 millions de chômeurs et 1.5 milliard de travailleurs pauvres (2 dollards US par jour)…

Notre système échoue donc complètement sur un plan écologique, social et même économique. Et pourtant on nous ressasse les oreilles avec la « croissance » comme « moteur du progrès ». Comment en sommes-nous arrivés là ? Au XVIe siècle, Montaigne définissait le progrès comme « un chemin vers la vertu ». C’est au XIXe siècle que le philosophe anglais Herbert Spencer, par ailleurs ingénieur des chemins de fer, va faire rimer progrès avec capitalisme. Ainsi, en 1882, l’américain Andrew Carnegie, créateur du trust de l’acier, invite Spencer à New York et organise un banquet en son honneur. Les capitalistes de la côte est font un triomphe à celui que l’on considère comme le père d’une « théodicée du capitalisme sauvage ».

Alors, sommes-nous condamnés à rester esclaves de ce « capitalisme sauvage » ? Pour se libérer, encore faut-il déclarer qu’une situation est insupportable afin de pouvoir se révolter. C’est ce qu’on fait les descendants des Mayas, dans l’État du Chiapas, au sud du Mexique, le 1er janvier 1994. Cette date est celle de l’entrée en vigueur de l’Alena, l’Accord de libre-échange nord-américain. Pour les indiens mayas, l’Alena fait partie de la « quatrième guerre mondiale » qui, en soumettant les peuples et les États à la logique néolibérale, tend à les détruire. C’est pourquoi ils se sont constitués en une Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), afin de réclamer la démocratie, la justice et la liberté. Ils vivent aujourd’hui selon les règles d’une démocratie directe radicale. Et nous, que que faisons-nous en Occident ?

Texte de Florence Leray dans le journal La décroissance de mars 2014.

Le ministère de l’Agriculture dissimulateur ?

L’État est-il en train d’étouffer un nouveau scandale sanitaire de première ampleur ? En tout cas, il ne facilite pas (c’est le moins qu’on puisse dire !) les démarches des agriculteurs, de plus en plus nombreux à développer des cancers et autres maladies dus à l’utilisation des pesticides.
(…)
C’est d’abord contre l’État et notamment le ministère de l’Agriculture qu’ils (les agriculteurs) doivent batailler. Car la plupart des produits responsables des pathologies développées ont été retirés du marché.
Or, c’est l’État qui organise la collecte de l’ensemble des produits sur le territoire. Sous son contrôle, la société Adivalor récupère les bidons, usagés ou non, et toute trace de l’existence du produit. « Chaque mois, des produits sont retirés du jour au lendemain, explique Patrick, viticulteur dans le Bordelais. On nous dit que le produit n’est plus autorisé à la vente et qu’il faut rendre nos stocks, sans plus d’explications. C’est totalement opaque. » Une collecte obligatoire régie par le décret 2002-540 du 18 avril 2002 et l’article L541-2 du code de l’environnement.
Ainsi il est interdit et pénalement répréhensible de conserver ne serait-ce que des bidons vides ou des étiquettes des produits retirés du marché.
Cette disposition complique un peu plus la recherche de preuves d’empoisonnement pour les victimes, qui doivent alors demander au ministère de l’Agriculture de leur fournir les documents sur la composition chimique des produits. Et la tâche est ardue. Du coté des fabricants, tous les documents sur les produits retirés ont soit miraculeusement disparu, soit sont protégés par le secret commercial, soit ne sont pas archivés.

En décembre 2012, Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, s’était engagé à faciliter ces démarches. Une simple demande écrite à la Direction générale de l’alimentation (DGAL) devait ouvrir l’accès aux dossiers d’autorisation de mise sur le marché et aux étiquettes commerciales des produits incriminés. Plus d’un an après, il n’en est rien. Le Ministère n’a dans aucun cas facilité l’accès aux dossiers. L’avocat des victimes, maître Lafforgue, a dû saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) dans plusieurs dossiers. À chaque fois, la Cada a émis un avis favorable à la communication des documents par le ministère de l’Agriculture. Et dans aucun des cas, il ne s’est exécuté.

Extraits d’un article de Geoffrey Livolsi dans Siné mensuel de mars 2014.

Libre-échange et conditions de travail

Le règne du libre-échange a ceci d’admirablement cohérent qu’il ne se contente pas d’orchestrer la guerre des pauvres à l’échelle des individus. La mise en concurrence de chacun contre tout le monde autour de l’os à ronger des emplois délocalisables ne s’acharne pas seulement sur les travailleurs du premier monde et les forçats d’Asie, d’Afrique du Nord ou d’Europe de l’Est : elle attise aussi les rivalités entre pays « low cost ». Depuis quelques mois, le gouvernement du Bangladesh scrute avec consternation les accords de libre-échange que l’union européenne est en train de négocier dans son dos avec l’Inde et le Vietnam. S’ils aboutissent, ces accords ouvriront les vannes aux exportations de textile indien et vietnamien à destination du marché européen. Pour le Bangladesh, qui écoule 65% de sa production de liquettes vers l’Europe, les conséquences seraient évidemmment calamiteuses. « Nous risquons de perdre une bonne partie de nos bénéfices à l’exportation », s’alarme le Daily Star, un quotidien bangladais proche du pouvoir. Lequel prédit, sur la foi d’un calcul d’une précision ésotérique, une « chute du produit intérieur brut de 0.27% »(05/03/14).

Les zombies de Bruxelles objecteront que ce n’est que justice : le Bangladesh bénéficie déjà d’un traité de libre-échange avec l’UE, qui l’autorise à ravitailler Carrefour, H&M ou Benetton sans payer un sou de taxes douanières. En vertu de quoi le pays des usines tueuses occupe la deuxième place – après la Chine – au rang des plus gros fournisseurs de fringues de la France. Pourquoi l’Inde et le Vietnam, deux de ses plus redoutables concurrents sur le marché mondial du textil, n’auraient-ils pas droit eux aussi à la munificence libérale du club européen ?

Les féticheurs bruxellois sont décidément d’impayables farceurs. En juillet 2013, trois mois après le massacre du Rana Plaza (plus de mille cent ouvrières bangladaises mortes écrabouillées dans l’effondrement de leur usine), le commissaire européen au commerce, Karel de Gucht, lançait en grande pompe un « pacte sur la durabilité » visant à « soutenir le Bangladesh dans ses efforts pour éviter une autre tragédie comme celle du Rana Plaza ». Tu parles d’un soutien. En multipliant les accords de libre-échange qui dérégulent davantage encore le champs de bataille planétaire du prêt-à-porter, l’UE alourdit la pression sur le secteur textile au Bangladesh – la première ressource du pays – et contribue indirectement à rendre plus infernales les conditions de travail de ses quatre à cinq millions d’ouvrières.
Le gouvernement et le patronat bangladais peuvent bien claironner qu’ils ont recruté deux cents inspecteurs pour veiller à la sécurité dans les usines, histoire de faire joli dans les brochures des communicants, personne au Bangladesh n’est dupe. « Si nous n’améliorons pas notre compétitivité, nos clients risquent de se détourner du Bangladesh pour se reporter sur la concurrence indienne », résume un exportateur dans le Financial Express, le quotidien d’affaires de Dacca (04/03/14). En somme, l’UE se comporte comme les multinationales dont elle défend les actionnaires : on se gomine la langue de « chartes éthiques » et de « durabilité » tout en s’employant à écraser les prix. Et les ouvrières qui vont avec.

Article d’Olivier Cyran dans le numéro de mars 2014 du journal CQFD.

La technocratie, nouvelle classe dominante

La classe montante depuis la fin du 19ème siècle, toujours plus éminente dans les années 30, triomphante après-guerre, à l’ère technologique du nouveau capitalisme, c’est la technocratie, dont l’ascension a été analysée par trop d’ouvrages pour les citer ici. La technocratie se définit comme la classe de l’expertise et de l’efficacité, de la rationalité maximale. L’État est technocratique. L’entreprise est technocratique. Pour accéder au pouvoir aujourd’hui, un homme d’État doit être un technocrate ou suivre l’avis de ses technocrates. Idem pour l’héritier ou le chef d’entreprise qui veut diriger sa société.
La technocratie est la classe des spécialistes – y compris les professions libérales : médecins, juristes, journalistes – qui se déploie du bas en haut de l’échelle, des techniciens, ingénieurs, cadres, chercheurs, administrateurs, directeurs, managers, bureaucrates, énarques, du public et du privé, du civil et du militaire, simples salariés ou gratifiés de toutes sortes d’avantages, de primes, jusqu’à de colossales parts d’actionnaires pour les plus opulents technarques du privé.
La technocratie, comme jadis l’aristocratie, est divisée. La haute technocratie n’hésite pas à sacrifier quand il le faut quelques milliers d’ingénieurs de HP ou d’Alcatel-Lucent au bien supérieur de l’entreprise ou de l’économie, c’est à dire au bien collectif de la classe technocratique, mais celle-ci, alliée à la vieille bourgeoisie capitaliste, présente un front uni vis-à-vis des autres classes (paysans, ouvriers, artisans, boutiquiers, employés etc.), qu’elle remplace d’ailleurs par des machines. Et les licenciés, adeptes de la même rationalité que leurs licencieurs, en feraient autant à leur place, quitte à reconnaître le bien-fondé de leur licenciement, moyennant de justes indemnités.
La rationalité technique, valeur suprême de l’idéologie technocratique, informe toute la société au point d’en chasser la délibération politique. Techniquement parlant, il n’y a jamais qu’une seule meilleure solution. Aussi voit-on dépérir le pouvoir des parlements et des gouvernements dans les sociétés technocratiques, au profit des experts et des technocratie. Idéalement, une société technocratique ne connait pas de partis. La technocratie dirige et se dirige directement, en pilotage automatique, sans la médiation d’un parti, derrière le décor – de plus en plus troué, ruiné, béant – des vieilles institutions démocratiques, maintenues provisoirement, pour la forme.

Extrait d’un long article intitulé « Homme-machine, monde-machine » du collectif pièces et main d’œuvre dans le journal La décroissance de mars 2014.

L’investissement social

L’expérience connue sous le nom de Perry School Project est à la fois l’une des plus anciennes et des plus concluantes sur ce point. Au milieu des années 1960, un échantillon d’environ 130 enfants entre 4 et 5 ans issus de familles pauvres noires américaines est divisé en deux groupes de taille à peu près identique, un groupe expérimental (qui bénéficiera du projet) et un groupe de contrôle (qui n’en bénéficiera pas). Le groupe expérimental se voit proposer pendant deux ans un programme d’éveil et de préparation assez intense, avec deux heures et demi de classe par jour (quatre maîtres pour des classes d’environ vingt élèves) ainsi qu’une visite hebdomadaire dans la famille pour informer et former les parents. L’effort pédagogique se réclame assez ouvertement de Piaget : autant que possible, les maîtres laissent l’initiative aux enfants et en font le support de leur action pédagogique. Les quatre maîtres sollicités sont expérimentés et qualifiés.
Les deux groupes ont ensuite été suivis tout au long de leur vie. Les comparaisons disponibles quant à leur destin scolaire et social sont éloquentes. À 27 ans, plus du tiers des enfants du groupe de contrôle sont devenus des délinquants multirécidiviste (plus de cinq arrestations) contre une proportion résiduelle des enfants du groupe ayant bénéficié des deux ans de soutien. La moitié des enfants du groupe de contrôle n’ont pas fini leurs études secondaires contre moins du tiers des enfants ayant bénéficié du soutien.
Devenus jeunes adultes dans les années 1990, très rares sont les enfants du groupe de contrôle à gagner plus de 2000 dollars par mois alors que c’est le cas de la majorité des bénéficiaires du soutien pré-scolaire.
L’expérience démontre ainsi un impact de long terme considérable. Les moyens mis en oeuvre par enfant dans le cadre de ce projet sont très importants (à peu près 15000 dollars par an et par enfant), mais les évaluations aujourd’hui disponibles révèlent que les bénéfices sociaux (ne serait-ce qu’en termes d’aides sociales économisées et d’incarcérations évitées) sont près de huit fois plus importantes.

Texte d’Éric Maurin, « Le ghetto français », cité dans le journal Fakir n°63 (décembre 2013 – février 2014).

Pourquoi la démocratie se meurt ?

Il y a deux moyens de tuer la démocratie : la trahison des peuples, ce qui les détourne des urnes, et l’autoritarisme, qui impose sans débat des mesures arbitraires.
Lui, bouffi-bouffon président, a d’abord trahi. Il continue. Annonces dévotes faites au patronat, dénonciation sarkozienne des prétendus « abus sociaux » : la barre déjà bien vissée à droite toute, le pédalant capitaine accélère.
Avec de bonnes semelles pour écraser ces trouffions de prolos sacrifiés sur l’autel d’une raison barbare qui voudrait, depuis trente ans, que le bonheur des peuples passe irrémédiablement par leur massacre économique et leur disqualification sociale. Mort-vivant tu seras puisque tu ne votes plus pour moi. C’est bien fait pour toi.
Lui, bouffi-bouffon président, avec à sa botte les deux assemblées parlementaires, a désormais le culot de nous annoncer une pluie de décrets et ordonnances. La nouvelle est presque passée inaperçue dans le tintamarre dieudonnesque. Plus fort que le coup d’état permanent, l’abus de pouvoir érigé en système de gouvernement. La droite marteau l’avait annoncé pour son retour au pouvoir. La gauche collabo anticipe les désirs de son Kapital de maître. Rangez vos croquenots, ravalez vos slogans de manifestants et restez bien couchés dans votre niche : interdiction de grogner, sinon vous n’aurez même plus d’os à ronger.
Décréter, ordonner, imposer, interdire : il faut habituer le peuple à courber l’échine sous l’arbitraire de mesures prétendument « urgentes ». Première mesure d’urgence, la lutte contre l’antisémitisme : le combat est évidemment légitime, mais comme mesure d’urgence on fait mieux. Surtout quand il est mené par un Manu manant de Valls bardé d’un beau brevet de salopardise. Minable entrepreneur de la désintégration des Roms. Abominable maire inquiet de la couleur de peau des habitants de sa ville, exigeant, comme à la foire aux esclaves, d’avoir sur les marchés son lot de « Blancs, de Whites et de Blancos ». Misérable dénonciateur de « l’antisémitisme des quartiers populaires » (elle est pas belle la stigmatisation amalgamante ?). Ach, le peuple, gross problem !
Et voilà qu’après l’interminable saga du mariage pour tous l’année démarre sur le feuilleton Dieudo. Overdose d’enfumage sur fond de saloperies redoublées par lui, le président bouffi d’énarchie, qui s’en va technoparadant vers une des plus grosse euro-gamelles électorales (…) Il s’en fout. Il a gagné son brevet de pantouflage pour bons et loyaux services rendus à l’oligarchie dominante.

Extrait d’un article de Pierre Concialdi dans le journal Siné mensuel de février 2014.

Le PS doit-il fusionner avec l’UMP ?

La langue française, dans sa version académique comme dans les fortes images de sa variante argotique, dispose de tout le vocabulaire nécessaire pour qualifier la défaite historique du PS au premier tour de ces élections municipales, où les gagnants sont, dans l’ordre : l’abstention, le Front national et la droite classique.
Sans compter bon nombre de repris de justice, voyous en col blanc et gibiers de potence divers, dont les scores remarquables témoignent de ce que les chances d’un Sarkozy au jeu de bonneteau électoral restent bien intactes pour l’avenir.
Donc une claque pour ceux que, du fait d’une paresseuse habitude, on persiste à appeler « la gauche », « les socialistes » — comme si ces gens-là avaient quoi que ce soit à voir avec les grands anciens du mouvement ouvrier.
Les maires PS encore un peu honnêtes et dévoués qui subsistent ça et là dans le paysage peuvent remercier MM. Hollande et Ayrault pour leur politique d’austérité, leurs mensonges et trahisons diverses dans à peu près tous les domaines, leur mépris affiché, sous des airs bonasses, des classes populaires. Ils leur doivent leur défaite, acquise ou annoncée, et pour ceux qui sauvent quand même leur écharpe, un affaiblissement notable : mais après tout, même ceux-là n’ont que ce qu’ils méritent, puisqu’ils ont soutenu la politique des sus-nommés.
Défaite « au premier tour », dis-je : car nous savons d’expérience que le second corrige parfois la tendance première. Nous verrons.
Pour ma part, j’invite à la confirmer sans céder à tous les chantages que nous allons entendre s’exprimer d’ici dimanche prochain, à commencer par l’usage immodéré du croquemitaine FN.
Pas de rémission pour le PS ! Pas d’alliance avec lui ! Que chacun persiste dans son être : l’abstention pour les abstentionnistes et le vote à gauche (la vraie) partout où il reste possible.

Un article de Bernard Langlois sur le site Politis le 24 mars 2014.

Méritocratie et libéralisme

Le libéralisme a sur la contribution productive des individus un discours parfaitement lénifiant. Du moment que la démocratie est libérale, les talents seraient récompensés au mieux. Ainsi les patrons du CAC 40 « méritent »-ils les millions qui leur sont versés. Et çà ne concerne pas que le privé le journal « Capital » préconisait récemment de réduire le nombre de profs tout en augmentant leur traitement salarial : tout pour les « méritants », et la porte pour les « non-talentueux ». Bref, tout pour les directeurs, leaders éclairés qui sauvent le monde tous les jours et reçoivent en contrepartie si peu de reconnaissance de la part de ceux qui bénéficient de leurs illustres services.
Cette perspective occulte évidemment une grande partie des faits. Elle ne dit pas qu’en tirant ainsi la couverture à eux c’est toute une population qui se retrouve mise à nu par les grands timoniers. Elle ne dit pas non plus comment le « mérite » est mesuré, ni par qui. Le souci est que ceux qui mesurent sont souvent les mêmes que ceux qui finissent en haut du classement. Les stratégies sont nombreuses pour que ce pouvoir n’échappe pas à ceux qui en bénéficient, comme le montrait déjà Pierre Bourdieu dès les années soixante, au moyen d’enquêtes qui ont fait date, telles que « Les héritiers » (avec Jean-Claude Passeron, 1964) ou, un peu plus tard, « La distinction » (1979). Alors que le premier montre comment l’institution scolaire bénéficie avant tout à celle et ceux qui sont les plus riches en « capital scolaire », le second explique comment les modes de vie marquent l’appartenance à une classe sociale.

Extrait d’un article de Fabrice Flipo dans le journal La décroissance de décembre 2013

Sciences et modernité

Voici comment on fabrique un savant :
On prend un écolier, le plus bête de sa classe. Dans l’impossibilité où l’on se trouve de faire appel à son intelligence, on développe sa mémoire; on le gave de grec et de latin; on le nourrit de racines carrées et de racines cubiques.
Çà ne l’engraisse pas, au contraire, il maigrit à vue d’oeil; son teint jaunit, son dos se voûte, sa vue faiblit au point qu’il lui faut porter des lunettes, mais on obtient un « bon élève » : il n’y a plus qu’à laisser ce mirifique produit s’élancer à la conquête des diplômes ; il les décrochera tous, soyez-en persuadés ; sa mémoire le fera triompher à tous le examens.
Mais son intelligence occultée se refusera à comprendre la Vie et sa beauté. Ignorant le Beau, il ne verra que l’Utile : il inventera des machines meurtrières de l’Art. Grâce à lui et à ses pareils, tout se fait aujourd’hui mécaniquement, régulièrement, bêtement.
Et, sans cesse, le savant nous créera de nouveaux besoins en se gardant, bien entendu, de nous fournir le moyen de les satisfaire ; l’instruction que, sous sa direction, l’on répand partout, est cause de toutes les détresses sociales ; la Science n’est bonne qu’à enlaidir notre existence : elle engendre le Progrès matériel, l’odieux Progrès qui érige la cheminée, phallus de l’industrie, dans les plus beaux paysages.
Grâce à la chimie, nos boissons sont frelatées, nos mets falsifiés et, de toute sophistication, résultent d’innombrables maladies. Quand nous sommes complètement démolis par l’ingestion de produits chimiques, on nous en fait absorber d’autres sous forme de remèdes.

Texte de Jossot extrait de « Sauvages blancs ! » et cité dans le journal CQFD de mars 2014.