Nouvelles technologies

De nombreux professionnels de la santé font désormais des constats alarmants à propos de l’impact des nouvelles technologies sur les enfants : dégradation du langage et de la pensée, troubles de l’attention, problèmes de comportement, de communication, difficultés d’apprentissage, perte de capacités physiques, passivité, dépendance… Voici ce que génère l’enfermement dans le virtuel.

La folie innovatrice et la volonté de faire table rase des vestiges du passé prennent parfois un visage débonnaire. Comme celui de l’octogénaire Michel Serres, philosophe respecté prompt à servir de caution morale aux partisans du tout-numerique. […]

Nous aurions espéré que l’avis intitulé « l’enfant et les écrans« , émis par l’Académie des sciences début 2013, propose un contrepoint et rétablisse quelques vérités. Si dans la forme une certaine retenue est de mise, ce document, dont l’objectif est de renseigner les institutions sur le sujet et de les aider à orienter leurs politiques, va dans le même sens que Michel Serres…
Ses postulats augurent du pire car, selon l’Académie, il faudrait « s’adapter au mouvement technologique en restant en phase avec la jeunesse » [sic]. Cette évolution vers le tout-écran serait donc un processus inéluctable et irréversible auquel il serait vain de s’opposer. Ce qui a le mérite de formuler clairement les choses : nous avons été dépossédés de notre pouvoir d’agir sur le monde…
On pourrait donc s’arrêter là : « on n’arrête pas le progrès », l’homme doit s’y plier. Mais comme le rapport doit bien servir à quelque chose, il se fait fort de démonter les préjugés sur les écrans. Ceux de la Silicon Valley et de ses disciples ? Non, plutôt ceux des réfractaires aux écrans.
Étant entendu que les opposants au tout-numérique seraient pétris d’idées reçues. Les positions des enthousiastes, elles, relèveraient de la science – puisque c’est l’Académie de ce nom qui le dit…
[…]
(lire sur cet aspect Le numérique est bon pour (presque) tous les enfants)

L’expérience contre les experts

En effet, sur le terrain, une nouvelle fois, l’expérience dément tout ce que nous racontent les soi-disant experts. Leur déni des conséquences concrètes de l’envahissement des écrans laisse penser qu’ils sont dans l’idéologie, détachés de toute réalité, ou qu’ils ont intérêt, en termes de reconnaissance symbolique ou financière (voire les deux !), à ce que le numérique accentue son emprise.
Pourtant, il suffit de prendre le temps d’écouter ce que disent les enseignants, de tous les niveaux pour comprendre […]
Ils s’affligent un peu plus chaque année « de l’appauvrissement lexical et culturel des élèves, de leurs moindres capacités à raisonner ou à s’exprimer ». […]
Les professeurs décrivent tous des enfants incapables de tenir en place, de se concentrer, et de rentrer dans les apprentissages.
Alors qu’ils sont confrontés à ces problèmes croissants, catastrophiques pour l’avenir de nos sociétés, peu de professionnels, jusqu’à il y a encore récemment, ont osé formuler publiquement un discours critique des écrans structuré, et donc lancer l’alerte.

Le pédopsychiatre Stephan Eliez émet une hypothèse sur les raisons de ce silence : « Il y a eu une forme d’idéalisation des écrans. La technologie étant valorisée socialement, le discours est resté ambivalent, car certains experts ont craint d’être ringardisés. » La résignation s’est installée car les écrans, en étant de plus en plus présents, sont devenus notre monde. Alors à quoi bon, même si leurs effets délétères sont chaque jour plus visibles, prendre le risque de s’y opposer ?

Cette abdication s’inscrit plus largement dans un bain idéologique qui fait l’apologie du pas en avant, quel qu’il soit. La peur de passer pour un réactionnaire empêche de s’opposer au monde qui advient. Seules s`expriment quelques critiques superficielles, alimentant l’illusion du débat démocratique.

Dans le cas qui nous intéresse ici, il s’agit de petites réserves sur les mauvais usages que les enfants peuvent faire des écrans. Un environnement éducatif toxique en serait seul responsable, comme tente de le montrer le chercheur au CNRS Franck Ramus : « On sait bien que les enfants élevés dans un placard ne se développent pas normalement, et on n’incrimine pas pour autant l’exposition aux placards. » Bel argument !

Malgré la prégnance de cette idéalisation des écrans. des voix ont commencé à s’élever. L’une d’entre elles nous vient d’Allemagne. S’appuyant sur 400 études sur le sujet, sur son expérience et ses travaux de psychiatre, Manfred Spitzer a jeté un pavé dans la mare en 2012 en publiant un livre retentissant dont le titre annonce clairement la couleur : Démence digitale ! Il y démontre que le fonctionnement cérébral des enfants s’atrophie à mesure qu’ils passent plus de temps sur les écrans. […]

Extraits d’un article de Cédric Biagini dans le mensuel La Décroissance de février 2018.

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