Mort du néolibéralisme ?

La crise de 2008 a définitivement enterré l’idée que les marchés financiers pouvaient s’autoréguler. Le choc du coronavirus, c’est la seconde mort du néolibéralisme. Et cette fois il ne s’en relèvera pas. Certes, l’origine virale de l’effondrement économique en cours ne peut pas être directement imputée à telle ou telle version du capitalisme – c’est bien le productivisme en tant que tel qui, du fait de la pression croissante sur la biosphère, a accru la vulnérabilité biologique de notre espèce. Cependant, les politiques néolibérales n’ont pas arrangé les choses.

La logique du zéro stock qui accompagne la mondialisation néolibérale, c’est d’abord un arrêt brutal de toute une série de secteurs dès les premières toux meurtrières. La secousse suivante est bien pire, puisque cette fois c’est la logique du moindre coût appliquée à la santé qui expose directement les corps sociaux à l’attaque du Covid-19 : depuis des mois, les personnels médicaux dénonçaient la dégradation des conditions de soin à l’hôpital public.

Mais il y a plus : l’absence de stocks de médicaments, les semaines de cafouillage sur le gel hydroalcoolique, les masques et les tests ont révélé crûment les dégâts de décennies de dénigrement et d’économies sur le dos de la fonction publique. L’impréparation, le manque de coordination à tous les niveaux et les retards pour mobiliser l’appareil productif au service de l’urgence sanitaire ont sobrement rappelé que, quand c’est vraiment important, le marché ne sert à rien.

Enfin, la gestion du choc économique du confinement ne laisse d’autre choix au gouvernement que de mettre en œuvre des politiques aux antipodes de ses hochets idéologiques habituels : l’argent magique coule à flots et on se rend compte que l’État peut sans coup férir indemniser du jour au lendemain la moitié des salariés du secteur privé. Même si le patronat essaie de sauver la face en brandissant la rhétorique des sacrifices pour des lendemains qui déchantent, le pouvoir macronien a compris qu’il allait falloir inventer autre chose, pour sauver l’essentiel. Le fond de l’air porte un parfum de néo-dirigisme, une forme de régulation dont le capitalisme a déjà su s’accommoder par le passé.

Réponse de Cédric Durand (auteur de Le capital fictif : comment la finance s’approprie notre avenir) à une question de la rédaction de CQFD (édition de mai 2020) au sujet du néolibéralisme.

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