Mépris de classe

– Le mépris de classe affiché par Macron est-il un aboutissement du chemin parcouru par un PS se détachant progressivement des classes populaires ?

– La politique dont Macron revendique la responsabilité, en prétendant avoir reçu le mandat de la mener à bien, ne fait en effet que poursuivre celles de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, qui ne faisaient elles-mêmes que prolonger celles de leurs prédécesseurs de droite ou de « la gauche de droite » depuis 1983.
Ce qu’ils appellent des réformes consiste, en substance, à affranchir le capital des « entraves » mises en place entre 1945 et 1975 (Sécurité sociale, droit du travail, etc.), au nom de la construction européenne qui l’impose…
L’impuissance navrée qu’a affichée pendant un temps le Parti socialiste invoquait l’Union européenne (décrite comme une réalisation internationaliste), et plus généralement la mondialisation (conçue comme une sorte de phénomène naturel ou technologique).
En fait, les politiques néo-libérales mises en œuvre par les uns et les autres sont la traduction pratique de leur croyance collective (intéressée) à l’utopie du marché pur et parfait. Au fil de cette histoire, le rapport du think tank du PS, Terra Nova, a marqué une étape, en faisant sienne la représentation des classes populaires qu’incarne la figure du « beauf » machiste, homophobe, raciste, xénophobe et rallié au FN. Ce rapport a officialisé en quelque sorte le racisme de classe de « la gauche de droite »…

– Les Français dans la bouche de Macron subissent des injonctions dévalorisantes (trop protégés), inaccessibles (tous milliardaires) ou non désirées (tous auto-entrepreneurs), rappelant le management par la terreur en entreprise. La méthode Macron pourrait-elle se rapprocher d’une nouvelle gouvernance managériale ?

– Emmanuel Macron incarne l’adhésion inconditionnelle à « l’esprit du capitalisme » sous sa forme contemporaine. Avec une certaine naïveté, il pense pouvoir la faire partager par les Français, toutes classes sociales confondues (étant entendu que, de son point de vue, les classes sociales appartiennent au passé et qu’il s’adresse à des individus).
Dans cette perspective ethnocentrique mais assez largement partagée, tout Français est, sinon une start-up en herbe, du moins un manager virtuel, mû par l’aspiration à devenir milliardaire… Et l’incapacité de concevoir d’autres intérêts que l’accumulation indéfinie de capital économique, conduit à percevoir les récalcitrants à ce genre de croyance comme des individus frileux, timorés, gagne-petit, crispés sur leurs acquis et allergiques au risque…

Extrait d’un dialogue entre Gérard Mauger (auteur de Repères pour résister à l’idéologie dominante), directeur de recherche au Centre européen de sociologie et de science politique, et d’Iffik Le Guen du journal CQFD (édition de novembre 2017).
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