Marches climat

[…] il y a une grande naïveté dans certains mots d’ordre des marches climat, qui viennent demander au gouvernement, d’agir pour baisser les émissions de gaz à effet de serre. Ça veut dire qu’ils croient encore, ou qu’ils font semblant d’être convaincus, que les gouvernements sont en mesure de changer de trajectoire pour empêcher l’effondrement écologique et la poursuite du dérèglement climatique… alors que par définition ils protègent les multinationales et les pollueurs !

Le gouvernement se marre ! Si Brune Poirson va se montrer dans des marches pour le climat, c’est bien que ce mouvement ne les inquiète absolument pas et qu’il ne va pas changer grand-chose à notre monde.

Au contraire, clans les formes de manifestation très bon enfant comme dans les slogans, on est dans le « il ne faut pas déranger » : « Le conflit c’est mal, la politique c’est pas beau, la critique c`est pas constructif. On est là pour marcher, pour faire la fête, pour s’amuser tous ensemble et montrer qu’on est nombreux. » Ce genre de happening ne mène nulle part. Même si on était 500 000 personnes dans les marches climat à demander « s’il vous plaît mesdames et messieurs du gouvernement, faites quelque chose », qui peut imaginer obtenir quoi que ce soit ? C’est quand même assez indigent.

La volonté de ne pas politiser l’écologie, de ne surtout pas être dans le conflit, on la retrouve chez Greta Thunberg, qui incarne ce « mouvement climat ». Elle n’arrête pas de répéter qu’elle ne fait pas de politique, qu’il faut qu’on écoute les experts. La science doit décider à notre place, puisque nous ne sommes pas capables de prendre les bonnes décisions, de réfléchir, d’être assez grands pour développer un esprit critique. Il y a un discours proche chez Aurélien Barrau d’ailleurs : les scientifiques sauront tout résoudre, les gens sont trop bêtes pour se prendre en main. Tout l’inverse de la position anarchiste !

Mais je suppose qu’il y aura des déçus après ces marches. C’est déjà le cas d’ailleurs. Alors peut-être, les manifestants trop gentils, qui croyaient que le gouvernement allait prendre des mesures pour le climat, vont s’impliquer davantage, sur du long terme, et approfondir la réflexion, en se posant la question : est-ce que c’est vraiment comme ça qu’on va y arriver ? Est-ce qu’il ne faut pas dépasser la simple marche, pour réfléchir politiquement à un autre mode de fonctionnement de notre société, à d’autres façons de vivre ? Peut-être que ce mouvement est un premier pas, qui débouchera sur une plus forte mobilisation, une meilleure compréhension des enjeux, une contestation plus forte du monde dans lequel on vit.

Extrait d’une intervention d’Isabelle Attard dans le journal La Décroissance de décembre 2019.

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