Main basse sur la sécu

Macron siphonne les ressources de la Sécurité sociale pour en organiser le déficit. Les gilets jaunes ont bon dos !
Que serait la Sécu sans son trou ? La question n’est pas que métaphysique. Depuis des décennies, elle prend une résonance très concrète dans le discours politique. Le « déficit » de la Sécu a fini par s’imposer comme une incontournable réalité dont les médias se font périodiquement l’écho pour accréditer l’idée que la Sécu serait chroniquement déficitaire. C’est faux mais c’est ainsi.

L’orchestration de ce tintamarre médiatique a permis de légitimer aux yeux de l’opinion publique l’idée qu’il fallait sans cesse réduire les dépenses.
Depuis plus de trente ans, malgré des besoins croissants, la couverture sociale diminue. Résultat de ces décennies de régression : la Sécurité sociale est désormais en excédent durable.
D’après l’Insee, les administrations de Sécurité sociale ont dégagé un excédent de 5,5 milliards en 2017 et de 10,7 milliards en 2018. De 2019 à 2022, l’excédent prévu par les documents officiels est d’environ 20 milliards par an. De quoi largement améliorer les prestations.

Au lieu de cela, Macron a décidé dès son arrivée au pouvoir de faire main basse sur ces excédents. Il a ainsi programmé fin 2017 (loi de programmation des finances publiques pour 2018-2022) le transfert des ressources de la Sécurité sociale vers l’État afin de maintenir les comptes dans un équilibre financier précaire. Restait à organiser concrètement ce scénario dans la loi.
C’est ce que prévoit de faire le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) pour 2020.

Ce projet de loi, débattu cet automne par les députés, prévoit notamment que les exonérations de cotisations sociales décidées par le gouvernement ne seront plus désormais compensées par l’État, comme ce dernier en a l’obligation légale. Du coup, nombre de « mesures d’urgence » décidées à la suite du mouvement des gilets jaunes devraient être payées par les cotisations des salariés eux-mêmes… et grever les comptes de la Sécu.

C’est notamment le cas pour l’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires et la réduction du taux de CSG pour les retraités modestes. Avec ce racket organisé, Macron fait d’une pierre deux coups : il perpétue l’idéologie du déficit et il en fait porter le chapeau aux gilets jaunes, comme une certaine presse complaisante (ou mal informée) s’en fait l’écho.

On résume : le gouvernement définance la Sécu pour continuer à entonner la litanie du déficit et justifier ainsi de nouvelles mesures de régression sociale pour la retraite ou la santé. Dans le genre cachotier, le gouvernement en rajoute une couche en passant sous silence le fait que la Sécu aura bientôt remboursé sa dette. Le dernier rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale prévoit que ce sera le cas en 2024. Conséquence : plus de 15 milliards d’euros prélevés chaque année pour rembourser cette dette seront à nouveau disponibles pour améliorer notre protection sociale. Plus de déficit ni de dette pour la Sécu : ça mériterait bien un vrai grand débat, n’est-ce pas ?

Article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de novembre 2019.

Ce constant travail de destruction est à l’œuvre depuis longtemps (mise à mort de la sécurité sociale).

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