L’Europe forteresse soutient les dictatures

[…] Au Soudan, après le choc du massacre du 3 juin (128 personnes tuées sur la place Al Qiyadah à Khartoum, lors de la dispersion du sit-in révolutionnaire), suivie de la censure d’internet, la révolte s’est réorganisée dans les comités de quartier. De nouveaux chants s’élèvent des manifestations : « C’est toi ou ton pays : prépare ton cercueil ! », « On ne demande pas des moyens, on les prend ! ».
Le serment de la diaspora, c’est d’attirer l’attention du monde et « de faire cesser la complicité de l’Europe avec ces dirigeants qui nous massacrent. Si cela arrivait en France, le monde entier s’indignerait.
Mais ce silence-là, c’est le résultat de ce que les États ne veulent pas dévoiler », poursuit notre interlocuteur.

Précisément, l’Union européenne (UE) pourrait bien être compromise avec les Rapid Support Forces (RSF) à l’origine de la tuerie du 3 juin. Accusées de crimes de masse au Darfour, ces milices se seraient officialisées, formées et armées dès 2014, grâce à un pactole européen de 400 millions d’euros tiré du « Processus de Khartoum ». Dans la balance, le contrôle de la frontière soudano-libyenne, des équipements sécuritaires et les conseils des agences Frontex et Interpol via le Rock (Centre opérationnel régional de Khartoum).

En 2018, cette sous-traitance de la police anti-migratoire était assumée par le patron des RSF, le général Hemetti, qui a pu claironner: « Nous faisons le travail à la place de l’Union européenne ! » Laquelle ne s’offusque pas de ses vieilles habitudes répressives.

Après la chute d’Al Bachir le 11 avril dernier, le pays est tombé sous la coupe de Hemetti. Pourtant, le Soudan continue d’être traité en tant que partenaire, comme le centre névralgique des migrations de la Corne de l’Afrique : « En Europe, on parle des migrants comme quelque chose à contrôler. En plein bain de sang, la France tente d’expulser au Soudan ! Mais nos déplacements,
qui deviennent un problème pour l’Europe au point qu’elle en ouvre son portefeuille, sont la conséquence de sa collusion avec nos dirigeants », s’indigne-t-on chez Asuad, pour qui les accords avec l’UE ont renforcé les capacités de la dictature soudanaise à mater la population.

L’autre objectif contre-révolutionnaire de l’UE est d’honorer son alliance avec l’Arabie saoudite, « qui a des intérêts financiers au Soudan et veut conserver un allié islamiste, arabe dans la
région ». On ne sera pas surpris de retrouver 30 000 membres des milices RSF soudanaises enrôlés dans la guerre au Yémen, dont de nombreux enfants soldats. Utilisant, allez savoir, des armes
made in France ?

Extrait d’un article de Oum Ziad dans le mensuel CQFD de juillet-août 2019.

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