Les zexperts

Les zexperts sont formels : le populo, basique de la comprenette, asséché du compte en banque, a du mal à admettre que la dette, la vilaine dette publique (lire aussi Dette, 5000 ans d’histoire et D’où vient la dette ?), velue, pleine de pattes, dilatée, faut la payer. Fissa, fissa ! Qu’il se serre la ceinture ! Oui encore un cran ! Quoi ? Y a plus de cran ? Un petit effort ! Il reste bien un coin où gratter encore un peu de bénef ! Rogner sur écoles, hostos, routes, fonctionnaires, retraités, tout ça !

Il est vital de venir en aide aux patrons ! Non, pas à tous ! Aux gros, aux vrais, aux Gattazeux ! Ceux qui créent la richesse tout seuls avec leurs petits bras musclés ! Faut leur vaseliner le code du travail, leur fluidifier le transit, leur lubrifier le dividende, aux vautours du Cac 40… Qu’ils puissent enfin donner libre cours à leur soif de croissance, pour le bonheur général ! Allô ? C’est pas de croissance qu’ils ont soif ? De profit ? Quelle mesquinerie dans cette remarque, c’est bien les Français ça, z’aiment pas les milliardaires !

Que le gueux se fourre dans le crâne que cette croissance paiera la dette ! Autrement, bande de sales égoïstes, on lègue un fardeau dégueulasse aux générations futures ! Chaque bébé doit déjà 30 000 €, il paraît ! À cause de nous ! C’est moche.

Bon. Assez déconné. Les experts, enlevez les nez rouges, balayez les confettis et arrêtez la fantaisie. Non. C’est pas vrai. Les générations futures ne naissent pas avec notre très grande faute posée sur leurs petits bides. La dette, ils la paieront pas. Et nous non plus. La dette est un épouvantail pour nous faire rester dans le rang, nous tenir en respect et laisser les obèses du portefeuille se gaver à nos dépens. La dette est une fiction, un conte non pas à dormir debout mais à vivre couché
Les enfants, on va se battre pour eux. Leur léguer un monde où les fraudeurs du fisc feront des TIG (Travaux d’Intérêt Général) jusqu’à extinction de leur dette. Où on partagera ressources et travail. Où on bichonnera la planète. Où l’école cultivera la créativité des petits et pas ce sinistre esprit de compétition qui saccage l’humanité.

Article d’Isabelle Alonso dans Siné mensuel de juillet 2017.

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