Les politiques soutiennent le business

Depuis des années, le groupe GDE, l’un des leaders français du traitement des déchets, régale cours d’eau et sous-sols de produits ultra-polluants, alors qu’il est censé travailler… à la préservation de l’environnement. Est-ce à cause de son riche réseau politique ? Il s’en est, jusque-là, sorti sans trop salir sa réputation.
Le 16 septembre, le tribunal de Caen n’a pu que constater la prescription des poursuites contre GDE pour « abandon illégal de déchets » : aucun magistrat n’avait, depuis trois ans, effectué le moindre acte dans cette procédure. Une sacrée chance pour l’entreprise, qui avait déposé dans au moins trois terrains vagues du Calvados plus de 150 000 tonnes de résidus de broyage automobile, imprégnés d’hydrocarbures et de métaux lourds. (…)
Deux jours plus tard, le tribunal d’Argentan s’est déclaré incompétent pour statuer sur le « risque réel et imminent » que représente l’exploitation de la décharge de Nonant-le-Pin. Un trou de verdure au pays des haras équestres, où GDE voudrait entreposer, d’ici à 2031, plus de 2 millions de tonnes de restes de broyage automobile.
La bataille – juridique et politique – autour de cette poubelle géante dure depuis 2007. A l’époque, le ministère de l’industrie refuse l’installation de GDE, dénonçant « un risque de pollution très important », ce que confirme le préfet, en 2010. Et ce dernier campe fermement sur ses positions lorsque, début 2011, le tribunal administratif estime l’installation inoffensive. Du coup, le dossier monte plus haut : en mai, Alain Lambert, ex-ministre et président du conseil général – qui se dit officiellement neutre dans ce dossier -, écrit en douce à la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet , pour la prier de tordre le bras au préfet. Ce qu’elle fait aussitôt.
L’attitude cachottière de Lambert s’explique-t-elle par l’activité de son entourage ? C’est ce que suggère un reportage diffusé le 24 septembre dans l’émission « Pièces à conviction » (France 3). Alain Pelleray, son directeur de cabinet (jusqu’en 2011), est en effet actionnaire d’une entreprise de ferraille qui revend sa marchandise à… GDE. Et à des tarifs supérieurs à la moyenne : environ 170 euros la tonne, alors que les prix des concurrents avoisinent les 150 euros. (…)
En février, le groupe et l’un de ses patrons ont été mis en examen pour complicité d’escroquerie à la suite de constats fâcheux concernant le pesage des ordures. (…)
Si GDE n’a pas jusqu’à présent affronté d’ennuis plus sérieux, c’est, affirme un concurrent, parce que le groupe pèse un millier d’emplois en France et sait rendre des services aux communes qui abritent ses sites de production. Il dispose donc du soutien de nombreux élus locaux. Mais aussi nationaux, grâce à l’embauche, en 2012, de Hugues Moutouh, préfet, avocat et ancien conseiller de Guéant et de Sarkozy. Il y a quelques semaines, Moutouh est devenu l’un des patrons du club de foot (cher à Jean-Louis Borloo) de Valenciennes, dont GDE est le principal sponsor.
Ministre de l’écologie de 2007 à 2010, Borloo doit donc, comme tant d’autres, voir en cette boîte une amie de la nature.

Extraits d’un article de Jean-François Julliard dans Le Canard enchaîné du 15 octobre 2014.

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