Le numérique modifie la lecture

Avec le numérique, il y a une vraie fascination pour la puissance et l’illimité quand bien même cette puissance ne nous est pas utile. Or la culture ne naît pas d’une accumulation. Il ne s’agit pas d’avoir accès à des milliers de livres, mais de les lire vraiment.
À partir du moment où le texte est numérisé, on peut y ajouter des liens, du son, des images et de la vidéo. On entre dans l’hypermédia. On déconstruit le texte et le lecteur ne lit plus du tout de la même manière. Textualité et matérialité sont liées. Les nouvelles pratiques de lecture qui se développent sur écran ne sont pas des modes de lecture approfondie mais sont liées à une forme d’hyperactivité qui fait qu’on papillonne, que l’on scrute mais que l’on ne lit plus vraiment. Le numérique détruit nos capacités à nous concentrer.
Dès 1967, Marshall McLuhan, dans son livre « Pour comprendre les média », utilisait cette fameuse formule « le médium est le message », qui est on ne peut plus juste aujourd’hui. C’est à dire qu’indépendamment même du contenu, c’est la manière dont on accède à lui qui devient déterminante. Or celle qui se développe aujourd’hui favorise le zapping, la lecture superficielle, l’absence de mémorisation, un état d’excitation permanent qui correspond à un nouveau type d’humain perpétuellement insatisfait, versatile, ouvert à tout et en même temps atomisé, incapable d’avoir une véritable intériorité.

Extrait d’un entretien avec Cédric Biagini dans le mensuel CQFD de février 2013.

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