L’agroécologie, l’agriculture qui peut nous sauver

Vandana Shiva : La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (UNCTAD) a récemment envoyé une alerte aux gouvernements du monde.
Elle affirme que, s’ils ne réagissent pas pour apporter une vraie protection aux petites exploitations, les populations seront dépassées par une crise d’une ampleur trop importante pour les gouvernements. Le devoir des dirigeants n’est pas de mettre la planète à la disposition des entreprises, mais d’assurer la bonne gestion des graines, des sols, de l’eau, etc.
Ils doivent s’assurer que l’alimentation est produite dans de bonnes conditions pour l’environnement et la société. Les gouvernements devraient avoir l’obligation de défendre les fermiers et de leur donner la priorité, du fait du rôle nourricier des agriculteurs.
Les décideurs doivent abandonner la grille de lecture qui présente le spéculateur comme celui qui crée de la croissance. En bout de chaîne, le fermier est le grand perdant alors que, quand la crise va frapper, c’est le premier que nous irons voir pour trouver des solutions. Les agriculteurs devraient avoir une juste rémunération de leur travail, une vie moins précaire et une reconnaissance des dirigeants pour leur rôle fondamental.
(…)
Je distinguerai tout d’abord deux sortes de firmes : d’une part celles qui favorisent la protection de l’environnement et de la société, et d’autre part celles qui se comportent comme des prédateurs, pillent la planète et exploitent les populations. Cette distinction doit désormais être prise en compte pour nous assurer que les entreprises responsables, engagées et éthiques sont bien celles qui prospèrent. Les sociétés qui se comportent comme des criminels doivent être traitées comme tels. Il existe suffisamment de lois pour cela, elles doivent être appliquées !

Les entreprises du secteur agroalimentaire ont une large part de responsabilité, car leurs choix sont lourds de conséquences. La plupart imposent à travers leurs politiques d’achat des méthodes agricoles chimiques et intensives. Ces techniques impliquent l’utilisation massive d’engrais et de pesticides et une consommation d’eau colossale, qui représente au niveau mondial 70 % des prélèvements d’eau douce dans les rivières, les lacs et les aquifères. Ces méthodes appauvrissent les sols et diminuent le rendement des exploitations à l’échelle d’une génération.

Tout cela, alors même que nous savons qu’en dix ans à peine, les petits agriculteurs peuvent doubler la production alimentaire des régions vulnérables en recourant à l’agroécologie : un ensemble de méthodes qui ne font pas appel aux produits chimiques et préservent les ressources en eau, protègent la biodiversité et les sols, et luttent efficacement contre le réchauffement climatique. Pourtant, l’industrie ne fait rien ou presque pour promouvoir ces avancées.

Extraits d’un entretien entre Vandana Shiva et Lionel Astruc dans le journal Les Zindigné(e)s d’avril 2015.

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