La technique

Il ne suffit pas d’avoir des outils à sa disposition, encore faut-il savoir s’en servir. Prenez le cas des panneaux photovoltaïques sur les toits (habitations, bâtiments industriels) ou au sol (terres impropres à l’agriculture) permettant de produire de l’électricité non carbonée et prenant tout leur sens dans une stratégie d’autonomie énergétique.
Bref, le solaire photovoltaïque, ça se pense. Ce n’est apparemment pas le cas avec la décision de la Chambre d’agriculture de la Nièvre de couvrir de panneaux solaires 4000 hectares de terres agricoles pour financer. . . la construction de 500 retenues d’eau grâce à la vente de l’électricité !

L’affaire a vu le jour dans le cerveau de Didier Ramet, président (FDSEA) de la Chambre d’agriculture. Le 24 septembre, il a fait voter une motion adoptant la mobilisation des terres pour ce projet sur chaque communauté de communes. L’investissement tourne autour du milliard d’euros. Pas un mot sur le volume et l’utilisation de l’électricité produite, pas un mot sur les investisseurs, mais la fascination de soustraire 200 millions de mètres cubes d’eau à leur cycle naturel. De l’eau pour faire quoi ?

Quand on se penche sur la géographie de la Nièvre, on est frappé par l’harmonie du chevelu de 5000 kilomètres des 80 cours d’eau qui l’irriguent – dont la Loire, l’Allier, l’Yonne, la Nièvre. L’agriculture nivernaise est dominée par l’élevage bovin (viande et lait) qui, quand il est normalement pratiqué (sur des prairies), n’a pas besoin d’irrigation. Néanmoins, ces dernières années, la Nièvre connaît des sécheresses estivales. La faute au changement climatique, où l’agriculture a sa part de responsabilité (autour de 20 % des émissions de gaz à effet de serre).

Or la Chambre ne parle pas de lutter contre le changement climatique avec une stratégie qui prendrait sa place dans une politique territoriale cohérente sur le sujet. Elle parle de s’adapter grâce à l’innovation. Son président ignore-t-il que la meilleure façon de fixer de l’eau dans le sol est de planter des arbres et des haies sur des parcelles de taille raisonnable ?

Inventer l’inutile
Pourquoi ce silence de la Chambre devant les arrachages de haies, les comblements de mares, les retournements de prairies pendant le premier confinement ? Sylvain Ratheau, porte-parole départemental de la Confédération paysanne, nous confie : « En tournant le dos aux fondamentaux du cycle de l’eau, ce projet ajoute de la sécheresse à la sécheresse et tend à transformer les paysans en énergiculteurs. »

Un modèle d’économie circulaire inutile : détruire des prairies pour produire de l’électricité afin de stocker de l’eau pour arroser des cultures qui alimenteront les animaux qui ne pourront plus brouter les-dites prairies, et installer des méthaniseurs qui, à leur tour, produiront de l’énergie. Digne d’un sketch.

Un article d’Antoine Lopez dans Siné mensuel de décembre 2020.

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