La mouvance néonazie en Allemagne

Une cellule néonazie, des meurtres en série, une police qui regarde ailleurs : tels sont les ingrédients d’un drame qui hante l’Allemagne depuis le début des années 2000.
Instruit de 2013 à 2018 à Munich, le procès a révélé par ses carences mêmes les ambiguïtés des services de sécurité ainsi que de l’institution judiciaire vis-à-vis de la violence d’extrême droite.

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Ce cas illustre les zones d’ombre entourant l’action des offices régionaux et fédéral du Verfassungsschutz et de leur bonne trentaine d’agents et d’informateurs placés auprès du trio du NSU (10). Certains policiers consciencieux s’en étaient d’ailleurs plaints très tôt : tout au long de l’année 2001, le commissaire Sven Wunderlich constate et critique, à plusieurs reprises par voie orale et par voie écrite, les entraves pratiquées par le Verfassungsschutz du Land de Thuringe empêchant que les trois fugitifs soient retrouvés.

Pourtant, lors du procès à Munich, les magistrats ont refusé de considérer tout indice ou preuve concernant les implications de divers collaborateurs du Verfassungsschutz dans les crimes du NSU.

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Professeur émérite de science politique à l’Université libre de Berlin et spécialiste du NSU, Hans-Joachim Funke a été entendu par plusieurs commissions parlementaires. Ses recherches montrent
que, après la disparition de la République démocratique allemande (RDA), le Verfassungsschutz a largement contribué à la création des réseaux néonazis dans les nouveaux Länder : de nombreux dirigeants et membres de cette mouvance étaient rémunérés comme informateurs par les agences et soustraits aux enquêtes pénales.

La récente découverte d’un réseau d’officiers, de policiers, d’agents du Verfassungsschutz, de magistrats et d’autres fonctionnaires qui fantasment sur un coup d’État et l’exécution des opposants de gauche montre que le ver est profondément installé dans le fruit.

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Cette mobilisation culmine en mai 2017 avec un rassemblement de trois mille personnes à Cologne. Le jury populaire baptisé « Dissoudre le complexe NSU : nous accusons » y réunit pendant cinq jours
les personnalités et collectifs critiques du déroulement de l’enquête en présence de plusieurs avocats des parties civiles.
Estimant que ni les juges de Munich ni les commissions parlementaires ne feraient la lumière ni ne rendraient la justice, les participants rédigent alors des actes d’accusation contre une centaine de personnes : non seulement des néonazis et d’autres individus impliqués dans l’organisation et l’exécution des crimes, mais aussi des policiers, procureurs, journalistes et politiciens qui, entre 1999 et 2011, ont interverti coupables et familles des victimes et contribué à disculper les milieux d’extrême droite.

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Pour spectaculaire et médiatisé qu’il ait été, le procès de Munich n’avait au fond rien d’exceptionnel. Il a rempli le rôle qui incombe à la poursuite pénale : dépolitiser des problèmes sociaux en se braquant sur des phénomènes de déviance, de criminalité et de culpabilité individuelles.

Extraits d’un article de Massimo Perinelli et Christopher Pollmann dans Le Monde diplomatique de juillet 2019.

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