La charte des socialistes pour le progrès humain

(…) La charte arrive encore à s’étonner de ce que le rapport de force entre capital et travail s’est détérioré au détriment des salariés… sans pourtant renoncer à agir dans le cadre de l’économie de marché. Il faut dire que dans la liste des personnalités auditionnées pour préparer le texte, on retrouve parmi les plus hargneux des représentants dudit salariat, tels que François Chérèque, ancien boss du syndicat jaune CFDT, ou Louis Gallois, ancien d’HEC et auteur du rapport scélérat du même nom. Pas la peine de s’étonner, dans ces conditions, que le texte de la charte se cherche une alliance de classe taille patron : ouvriers, employés de la fonction publique et du secteur privé, ingénieurs, entrepreneurs, paysans, artisans, créateurs, doivent se rassembler en une alliance des producteurs. Du riche au pauvre, en passant par le pauvre moyen et le moyen riche. À ce tarif, l’objectif délirant brandi récemment par Cambadélis, et consistant à faire bientôt du PS le parti de masses qu’il n’est plus, en deviendrait presque crédible.

La Charte a beau donner dans l’internationalisme dès le premier paragraphe, voilà que, page 16, elle fait rouler tambours derrière les entreprises, TPE, PME, ETI, grands fleurons, pour qu’elles fassent la course en tête dans la compétition internationale. En clair, je veux bien être internationaliste, si c’est bien moi qui te marche sur la tête.

Détail cruel : le neuf décembre dernier, soit trois jours après l’officialisation en grande pompe d’un texte qui parle d’instaurer une taxation des transactions financières, Michel Sapin et Pierre Moscovici lustrent la plaidoirie du lobby bancaire à Bruxelles pour s’opposer à… la taxation des transactions financières. Mais peu importe. En plein chômage de masse, le PS affûte ses répliques : Pour réaliser le progrès humain, les socialistes affirment la nécessité de défendre le bien commun et l’intérêt général. Cette punchline…

Qu’on ne se moque pas : le PS sait aussi se montrer plus rugueux. Alors qu’il célébrait à Paris et tous mocassins dehors l’édition de ces 24 pages ineptes, 300 militants de la coordination des chômeurs et précaires d’Île-de-France venus leur rendre visite se sont faits accueillir à coups de gaz, matraques et Taser. C’est que le socialo nouveau est tout comme l’ancien : plus à l’aise avec les jouets du pouvoir qu’avec les projets d’émancipation.

Extrait d’un article du journal CQFD de janvier 2015.

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