L’ agro-business est dans le pré

Ferme des mille vaches : symbole des dérives de l’agro-business

Le robot de traite et la taille de l’élevage empêcheront tout pâturage des vaches, qui seront parquées toute l’année dans les bâtiments. Les médicaments antibiotiques, antiparasitaires, vaccins et sérums devront être utilisés abondamment : il faudra parer à des risques d’épidémie plus importants, dans cet immense élevage confiné. En conséquence, les frais vétérinaires risquent d’être plus élevés, tout comme ceux liés à l’alimentation animale, aux machines, aux bâtiments… Ces conséquences du zéro pâturage ne sont malheureusement pas propres à la ferme des 1000 vaches, mais celle-ci représente un parfait modèle des dérives de l’agro-industrie.

Ces façons de produire impliquent donc de forts coûts d’investissement et de fonctionnement par litre de lait produit. Pour rentabiliser l’affaire, elles nécessitent de produire le plus possible par vache et par travailleur, au détriment de l’emploi, de l’environnement, des conditions sanitaires et du bien-être animal. Dans la ferme des 1000 vaches, la production de 8 millions de litres fera vivre 18 salariés : la production de la ferme usine sera trois fois moins créatrice qu’en moyenne dans les exploitations laitières françaises. L’accaparement des 3000 hectares fera pression sur le marché foncier et empêchera des jeunes de s’installer. Quant aux nouveaux volumes de lait, qui pourront se vendre à faible prix si le méthaniseur est assez rentable, ils viendront engorger un peu plus les marchés et pressurer les prix vers le bas. Tout cela avec des centaines de milliers d’euros de la Politique agricole commune, versés en aide directes sur les milliers d’hectares agricoles concernés.

L’agro-business soutenu par les pouvoirs publics

L’agro-business n’est pas une fatalité. Retours aux circuits courts et au bio, signes de qualité, luttes contre les expropriations des paysans et réappropriation collective des terres, contre la brevetabilité des semences et contre les OGM ou forums pour la souveraineté alimentaire : les luttes et pratiques locales se multiplient, au Sud comme au Nord, comme autant d’alternatives concrètes à l’agro-business et à la mainmise des marchés. Mais ces alternatives locales restent bien souvent marginales, alors que l’agro-business progresse. Pour qu’elles puissent servir à transformer l’ensemble de nos façons de produire, de consommer et d’échanger, il faut qu’elles s’accompagnent de politiques en leur faveur. Il faut que la Politique agricole commune, les États et les collectivités territoriales soutiennent avant tout l’emploi, la préservation de l’environnement et la relocalisation des activités agricoles.

Extrait d’un article d’Aurélie Trouvé dans le mensuel Les Zindigné(e)s de juin 2015.

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