Hollande et la politique européenne : lâcheté ou trahison ?

Fakir : La crise grecque m’apparaît comme un révélateur de notre lâcheté. À peine élu, en mai 2012, quelle est la première intervention en politique étrangère de François Hollande ? C’est une longue déclaration sur la première chaîne de télévision grecque, et qui invite les Grecs à bien voter, à rejeter Syrisa. Ça me semble surtout une stupidité. Parce que, lui prétendait « changer l’Europe », admettons, puisqu’ils le répètent, s’ils veulent « changer l’Europe », les socialistes français auraient dû se dire : « Si jamais Syrisa l’emporte – parce que Syrisa n’est pas une force eurosceptique finalement – avec eux, on va peser pour changer l’Europe. On ira chercher d’autres alliés, en Italie, même peut-être avec les gouvernements de droite en Espagne, au Portugal, en Irlande, un groupe qui est assez fort pour s’opposer à la ligne allemande. » Mais ils n’ont même pas essayé.

Romaric Godin : C’est pire que ça. Il y a ce fameux sommet européen, fin juin 2012, le premier sommet de Hollande, la mère de toutes les batailles. C’est là où tout se joue. Qu’est-ce qu’il se passe derrière les portes closes ? Monti et Rajoy, de droite tous les deux, menant des politiques d’austérité tous les deux, vont voir Hollande. Ils disent : « On ne peut pas continuer comme ça. Il faut un bouclier pour qu’on aille pas à la faillite, nous, les deux grands pays du sud. Est-ce que la France nous soutient ? » Et Hollande répond : « Non, moi, je négocie directement avec Angela Merkel. »
À ce moment là, Monti et Rajoy décident de se passer de la France. Ils menacent de quitter le sommet sans signer la déclaration finale, et leur demande est acceptée. Notre ami François Hollande ne veut pas en être alors que ça marche ! Il négocie son Pacte de croissance, en fait un chiffon de papier, et qui sert à une chose : faire passer auprès des députés socialistes le vote du pacte budgétaire. Cette alliance était à porté de main.

Entretien entre Sylvain Laporte et François Ruffin (Fakir) et le journaliste Romaric Godin (La Tribune) publié dans le journal Fakir de juillet 2015.

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