Georges Ibrahim Abdallah

Pendant la guerre civile au Liban, il y a 40 ans, les Palestiniens représentent un espoir révolutionnaire pour tous les peuples de la région. Les camps de réfugié-es palestiniens installés dans le pays bouillonnent de cet espoir. Les troupes israéliennes vont alors envahir le Liban à deux reprises (1978 et 1982) pour expulser les Palestiniens, causant des dizaines de milliers de morts et des destructions terribles. Dans le même temps, les troupes occidentales (France et États-Unis) débarquent à Beyrouth en 1982 et tentent d’imposer un régime fantoche dirigé par les phalangistes, alliés d’Israël.

Dans la résistance à ces invasions, les communistes libanais combattent aux côtés de la résistance palestinienne. Un groupe, les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), décide de porter la guerre à l’extérieur. Il revendique, en 1982, l’exécution à Paris d’un membre du Mossad et d’un membre de la CIA. Accuser les FARL de terrorisme rappelle l’Affiche rouge où les résistants du groupe Manouchian (dont le père de l’auteur de ces lignes était membre) étaient décrits comme « l’Armée du crime ».

Quand on rencontre Georges Ibrahim Abdallah dans la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), il est toujours à la fois entier et d’une grande modestie. Il est intransigeant sur la légitimité de son engagement : « il ne faut pas dire que je suis innocent ». Tout espoir à l’égard des autorités qu’il « abjure » est absurde. Arrêté à Lyon en 1984 pour détention de faux papiers, il justifiera lors de son procès l’action des FARL. Le préfet Yves Bonnet à l’origine de son arrestation et qui dirigeait alors la DST, n’hésite pas à dire aujourd’hui que Georges n’est pas coupable de ce pour quoi il a été condamné et que les preuves ont été fabriquées. Georges sera condamné pour « complicité d’assassinat »… à la prison à vie.

Les auteurs d’attentats en France liés à l’Iran ou au Hezbollah à la fin des années 1980 seront vite libérés ou échangés. Au Liban, après 1990, tous les chefs de guerre aux mains ensanglantées seront blanchis ou amnistiés et se partageront le pouvoir. Mais quand on s’appelle « Abdallah », on est forcément un « terroriste islamiste ». Dans cette France sécuritaire et menant une politique impérialiste, Georges, qui est un marxiste-léniniste né dans une famille chrétienne, va payer le prix fort.

Nos dirigeants répètent à l’envi les mots « État de droit », « République », « droits de l’homme », termes qu’i1s ne cessent de vider de leurs sens. Ce que notre système policier et juridique va infliger à Georges est ahurissant : une condamnation à perpétuité pour complicité de terrorisme quand les victimes sont des membres de services secrets de pays étrangers régulièrement coupables de terrorisme d’État. Celui qui l’a fait arrêter explique que les preuves ont été fabriquées. Son premier avocat reconnaît avoir été recruté par les services secrets français. Il n’y aura pourtant pas de nouveau procès.

Depuis 1999, Georges est « libérable » puisque la perpétuité réelle n’existe pas en France. Mais cette libération n’aura jamais lieu. La justice va pourtant prononcer cette libération à plusieurs reprises. En 2012, tout le Liban progressiste se précipite à l’aéroport pour l’accueillir puisque la libération est assortie d’une expulsion. Mais rien ne se passera. Les gouvernements israélien et états-unien (par la voix d’Hillary Clinton) exigent de la France son maintien en détention. Et parmi les dirigeants français, c’est l’ineffable Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, qui refusera de signer la libération et l’expulsion.

Début d’un article de Pierre Stambul dans le mensuel Alternative Libertaire de septembre 2020.

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