Emplois aidés

Le gouvernement a tergiversé sur le nombre des contrats aidés pour 2017, mais il a promis une chose : en 2018, il y en aura encore 100 000 de moins qu’en 2017. Les plus grands perdants de ce massacrant fait du prince sont les associations et, au bout du compte, les quartiers populaires dont l’équilibre repose sur la vitalité de ce tissu associatif.
Les élus locaux peuvent se faire entendre, surtout lorsqu’il s’agit du fonctionnement de services publics. Mais l’immense majorité des petites associations dont le travail invisible se fait « au plus près du terrain », selon une formule chère au président, n’ont guère de porte-voix.

L’Inter-réseaux des professionnels du développement social urbain (IRDSU) a dressé un premier bilan de l’impact de ces mesures en région parisienne. La tâche n’est pas facile car les coupes s’abattent par courtes rafales sur des petites structures et les préfectures ne communiquent pas ou peu sur ce sujet.
C’est en Seine-Saint-Denis que le bilan de ce lâcher de bombinettes sociales est le plus complet grâce au travail de fourmi des bénévoles de l’IRDSU 93. Ces derniers ont recensé un peu plus de 2,1 millions d’euros de baisses de crédits dans le département, non compris les suppressions de contrats aidés.
Plus de 170 projets sont touchés dont quatre sur dix portés par des associations. Plus d’une dizaine de conventions pluriannuelles de trois ans sont même brutalement stoppées : bonjour la visibilité et la continuité ! Chez les « anciens », selon ces professionnels, on n’avait pas vu ça depuis 2005, avant les émeutes de novembre.

Les gouvernants en col blanc ne voient dans ces crédits qu’une ligne d’économie budgétaire. Mais dans les quartiers, les conséquences sont dramatiques, notamment pour les jeunes. […]

Pour Castaner, c’est plutôt de fuite du cerveau dont il faudrait parler. Le futur chef « voix de son maître » de LREM déclarait fin août que les emplois aidés n’étaient « pas une bonne chose ». Le même Castaner, version novembre 2016 déjà rallié à Macron, déclarait pourtant à l’Assemblée nationale à propos de ces contrats aidés : « Il serait inutile, voire contre-productif de vouloir en faire une variable d’ajustement budgétaire… Cela reviendrait à annoncer que l’on renvoie à la rue plusieurs centaines de milliers de personnes éloignées de l’emploi. »
Tout est dit. Surtout lorsqu’on lit le tout dernier rapport du comité de suivi du CICE qui chiffre le coût d’un emploi créé ou « sauvegardé » par ce dispositif à 600 000 €, soit 60 fois plus que le coût d’un contrat aidé. C’est la mesure du fossé que Macron est en train de creuser entre le peuple et la caste qu’il sert.

Extraits d’un article de Pierre Concialdi dans Siné mensuel de novembre 2017.

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