Droit de manifester et identitaire

En fonction de l’air du temps, le pouvoir peut consentir à certains salariés l’exercice de leur droit de manifester sans les battre ou les mutiler. Le LBD a été de rigueur à propos des retraites et le sera demain pour ceux qui, n’étant pas des « Renault », ne bénéficieront pas de la conjoncture protectrice liée au télescopage entre l’affaire Ghosn, le prêt d’État et la destruction d’emplois.

Les manifestations de solidarité avec « les sans papiers » ne sont, elles, jamais légitimes, et sont réprimées systématiquement. Conclusion : travailleurs dans la mouise, songez peut-être à vous défendre mais ne vous trompez pas d’ennemis ! Le pouvoir fera tout son possible pour orienter vos revendications sociales vers l’affrontement identitaire.

On sait qu’a l’occasion du « grand débat national » élaboré contre les « Gilets jaunes », le pouvoir avait cherché à créer un abcès de fixation sur l’identité française. Plus avantageux pour lui sans doute que l’analyse par les victimes de la répartition des richesses entre le capital et le travail ou des conditions de vie dans les zones de relégation extra-urbaines.
Ne pouvant y parvenir, il a glissé quelques questions fourbes dans le chapitre démocratie et citoyenneté :

« 29. Pensez-vous qu’il faille instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité ? Si oui, lesquelles ?
30. Que pensez-vous de la situation de l’immigration en France aujourd’hui et de la politique migratoire ? Quels sont, selon vous, les critères à mettre en place pour définir la politique migratoire ?
31. En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le
Parlement ? »

De l’aspect moralisateur – déjà fort douteux – sur le poids de la solidarité, on passe comme s’il y avait une relation logique à l’immigration. Si l’opinion constate que le libre marché interdit une vie digne à certains « nationaux », il faut l’inciter prestement à voir ailleurs pour stigmatiser
les mauvais pauvres et surtout les étrangers, cause de nos malheurs.

On comprend pourquoi Cédric Herrou est de nouveau, quelques jours après sa relaxe en appel à Lyon, l’objet de l’acharnement de la justice. Le Parquet général – qui ne semble pas avoir beaucoup d’affaires importantes a traiter – nie que ce militant humanitaire a exercé son droit (confirmé par le Conseil
constitutionnel) en aidant autrui, « dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national ». L’avocate de C. Herrou constate qu’ « il est très rare que le Parquet général fasse un pourvoi devant la Cour de cassation, surtout dans une affaire où elle s’est déjà prononcée après saisine du Conseil constitutionnel ».

Extrait d’un article dans la revue Les Zindigné(e)s de avril-juin 2020.

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