Doit-on applaudir le sport-business ?

À mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. […] Le football professionnel condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable. Peut-on encore avoir le cœur à s’enthousiasmer pour cette stupide compétition qui voit vingt-deux millionnaires en short courir pendant une heure et demie après une balle fabriquée par des semi-esclaves pakistanaises, tout en se voulant solidaires du mouvement social « il n’y aura pas de coupe » au Brésil ?
Comment ne pas bondir lorsque Michel Platini tance les Brésiliens qui manifestent leur colère et les somme de « se calmer » pour ne pas déranger cette « grande fête du foot » ?
Comment ne pas ricaner quand la presse anglaise révèle que la France est sans doute mêlée de près à la corruption millionnaire qui a permis l’élection du Qatar comme hôte ubuesque de la coupe du monde 2022 ?
Comment ne pas grincer des dents quand le Barça -qui, il n’y a pas si longtemps, vantait l’Unesco sur son maillot- se fait épingler par l’UEFA pour avoir bidouillé des contrats pour de « jeunes espoirs » qui se trouvent être des enfants de dix ans ?
Pourtant, oui, on peut clairement voir dans le super-show du foot-business l’expression ultime d’un capitalisme prédateur et aliénant, tout en appréciant le beau jeu et la pratique populaire d’un sport qui, ne l’oublions pas, a aussi, dans son expression la plus libre, l’immense mérite d’encourager l’esprit collectif et le geste gratuit.

Extrait du dossier spécial foot du journal CQFD de juin 2014.

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