Dette versus cotisations

[…] la dette sert essentiellement à une chose : à ce que les classes dirigeantes dépouillent légalement, et à toutes les époques, le plus grand nombre.
Comment ça marche aujourd’hui ? C’est simple comme bonjour. Avec la bénédiction de l’État une fraction de la bourgeoisie (« banquière ») crée de l’argent : elle écrit dans un livre de compte « 1 million d’euros ». Cet argent, c’est la corde qui serre notre cou. Il est prêté pour financer et contrôler le travail des êtres humains et leur voler une partie de la valeur qu`ils produisent (les « profits ») afin, notamment, coûte que coûte, que la dette soit remboursée. […]

Or, dans ce pays, il y a longtemps, des syndicalistes révolutionnaires ont inventé, en même temps que le régime général de la Sécurité sociale, la cotisation sociale, une part de nos salaires. […] elle n’est pas née du cerveau d’un savant mais sous les casquettes ouvrières et […] ne collectant guère qu’environ 400 milliards d’euros par an, soit un peu moins du quart de la valeur des marchandises vendues. Une paille !
À quoi sert une cotisation sociale ? Ni plus ni moins qu’à détourner des centaines de milliards d’euros du crédit, de la logique mortifère de la dette pour payer du travail non capitaliste. L’argent de la Sécu finance sans crédit, sans prêteur, sans profit ce que nous avons de plus précieux, notamment l’hôpital public. La cotisation sociale a collecté dans des caisses, à l’origine gérées par une majorité de travailleurs organisés, des sommes de plus en plus considérables qui sont allées payer le bien commun, le travail non capitaliste des soignants maîtres de leur travail à l’hôpital.

[…] la cotisation ne retourne pas dans les banques. Elle va directement financer le travail des soignants qui produisent de la richesse sociale, de la valeur économique qui donne lieu à un nouveau flux d’argent qui, soumis a la cotisation retourne en partie dans les caisses de Sécu pour financer la santé – ou autre chose si on le souhaitait. Sans actionnaire ni profit. Sans
prêteur ni remboursement.
Ainsi la cotisation tue toute possibilité de « paradis fiscal », faute d’accumulation de pognon. Une fois entrée dans une caisse, elle en ressort aussitôt pour payer le travail. Voilà qui est bien préférable à la « justice fiscale ». De plus elle libère les travailleurs de la pression capitaliste (laquelle est réintroduite lorsque l’hôpital public se finance à nouveau sur les marchés financiers et est géré par des managers).

Extraits d’un article de Denis Baba dans le journal La Décroissance de mars 2018.

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