Dérèglement climatique : les raisons de l’inaction

Malgré les alertes des scientifiques du GIEC, le réchauffement climatique ne suscite pas de réaction politiques à la hauteur des dangers. Trois raisons à cela : l’aveuglement court-termiste des responsables politiques, la persistance des inégalités et la croissance comme condition de survie dans un monde dominé par la concurrence.
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La première raison tient au fait qu’à chaque rapport du GIEC, on pousse quelques cris puis nous revenons à nos problèmes quotidiens, le chômage, le pouvoir d’achat, la reprise. (…) Or, le temps de la politique est un temps court. Les prochaines élections, c’est demain. (…)

La seconde raison tient aux inégalités. Inégalités au sein de nos pays, inégalités entre pays. Le discours écologique appelant à consommer moins n’est pas audible dans une société aussi inégalitaire que la nôtre, où les plus riches gaspillent sans compter et où les plus pauvres n’accèdent pas aux standards permettant de vivre dignement. Même constat entre pays. Les pays émergents ne voient pas pourquoi ils n’auraient pas, eux aussi, le droit de se développer, et considèrent que c’est aux pays riches de réduire d’abord leurs émissions de gaz à effet de serre. D’où la difficulté à dégager un accord international pour répartir les efforts à fournir par chacun. Et, en l’absence d’accord, pourquoi donc faire des efforts tout seul, puisque ceux-ci ne serviront à rien ou presque, si les autres continuent à polluer tant et plus…

Et puis, il y a une troisième raison, qui tient à la dynamique même de notre société, une société où la concurrence l’emporte encore sur la coopération, concurrence entre firmes, concurrence entre pays. Dans ce contexte, continuer à croître, à produire toujours plus est perçu par les entreprises comme une condition de la survie et, par leurs salariés, comme la garantie de conserver leur emploi. Mais ce n’est pas seulement une affaire d’intérêts économiques. Car continuer à croître, c’est aussi une exigence pour les Etats. C’est le grand paradoxe de la situation : la croissance étant le support de leur puissance, les Etats voient dans sa poursuite la garantie de pouvoir accéder demain à des ressources en voie de raréfaction. Dit clairement, si l’Inde et la Chine construisent des porte-avions, c’est aussi pour pouvoir nous disputer demain les dernières gouttes de pétrole du Moyen-Orient…

Extraits d’un article de Philippe Frémeaux du 02 octobre 2013 sur le site alternatives-economiques.fr

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