Le système de retraite

[…] Le système de retraite représente en France 14% du produit intérieur brut (PIB) annuel. Ce qui est jugé trop fort ; il faut diminuer cette part au nom de la baisse des dépenses publiques et sociales.
[…]
Puisque les pensions sont désindexées de l’évolution des salaires, plus la croissance économique est forte (et donc, normalement, plus les salaires augmentent), plus les pensions seront déconnectées et représenteront une part plus faible dans le PIB. Ainsi, d’après le COR, si la croissance économique est en moyenne de 1,8% par an pendant le prochain demi-siècle, la part des pensions baissera de 14 % à 11,7 %. Mais si la croissance n’est que de 1 % en moyenne, la part des pensions montera jusqu’à 4,5 %.

Or, les prévisions de croissance sont très modérées pour les prochaines années, et même pour les prochaines décennies. Donc, il s’agit de mettre a bas le système actuel de retraite parce qu’il ne garantit pas une baisse suffisante de la part des pensions dans le PIB.
Comment faire ? En le remplaçant soit par un système par points, soit par un système dit par comptes notionnels. Leur élément commun est d’en finir avec la fixation d’une norme de l’âge de la retraite et avec la durée de cotisation exigée pour une pension à taux plein et, de fait, avec la notion même de taux plein, puisqu`il n’y aura plus de taux de remplacement (pension par rapport au
salaire) garanti.

Rappelons que, jusqu’à la reforme de 1993, les cotisations étaient définies à l’avance. avec au final un taux de remplacement d’environ 75 % pour les carrières complètes, régimes publics et spéciaux inclus.
Le président Macron a promis qu’un euro de cotisation donnerait le même droit à toutes et à tous, et qu’ainsi il n’y aurait plus d`inégalités. C’est doublement faux !

Si le nouveau système était par « comptes notionnels », […]
En rattachant strictement la pension avec la cotisation, on renforce la contributivité et on restreint, voire on élimine, la part de solidarité. Les femmes, en étant les principales bénéficiaires de cette solidarité, on entrevoit le risque de double peine pour elles qui sont déjà moins payées et subissent les temps partiels.
Les retours de l’expérience suédoise sont d’ailleurs éloquents : le système se révèle inégalitaire, pénalise les femmes et les travailleurs aux carrières heurtées et, comme le note l’ex-premier ministre suédois, « il procure des pensions trop basses »…

Si le système proposé sera, comme cela semble le plus probable, par points, sa régulation se fera au niveau des gestionnaires des caisses, par l’ajustement du prix d’achat du point et de la valeur de service de ce point, autrement dit par la disjonction entre les droits acquis et leur satisfaction. Plus personne ne saura quelle pension il percevra. Il est même possible d’introduire dans un système par points la variable de l’espérance de vie par le biais d’un « correcteur démographique » de la valeur de service du point.

La seconde erreur – ou mensonge – est de laisser croire qu’un système par points ou par comptes notionnels échappe aux contraintes démographiques et économiques. C’est complétement faux : aucun miracle n’est à attendre d’un système face à un vieillissement de la population ou à une récession économique. Car tout système de retraite (même par capitalisation !) ne peut que répartir la richesse produite par la population active.

On reste abasourdi de voir des experts les plus reconnus, sinon les plus avertis, étudier comment des systèmes par comptes notionnels ou par points seraient à même de « mieux gérer la double incertitude économique et démographique ». La recherche est vaine car, de l’avis même de ces experts, « il est nécessaire de déterminer les trois paramètres de pilotage majeurs de ce type de régime, suffisant pour déterminer l`accumulation de droits et leur conversion en rente de retraite : le taux de cotisation du nouveau système, le taux de rendement du système (appliqué aux cotisations versées au compte individuel), la règle d’indexation des pensions après liquidation ». Pour au bout du compte conclure que toute reforme « conduit à peu près au même type de partage du produit national entre actifs et retraités quelle que soit la dynamique de ce produit. » […]

Fondamentalement, le projet de réforme du gouvernement vise a sortir du débat démocratique des questions aussi essentielles que la solidarité intergénérationnelle, le temps de travail et le temps de repos après la vie active, ainsi que le partage des richesses produites. […]

Extraits d’un article de Christiane Marty et Jean-Marie Harribey dans Lignes d’attac d’octobre 2018.

Tout le monde est pour l’écologie !

Tout le monde est, bien sûr, pour l’écologie. Il est rare de nos jours de trouver un parti politique ne revendiquant pas de l’être. La plupart des grands médias, presse, radio et télévision, ont une ou plusieurs rubriques sur la question. Il s’y mélange la défense de l’environnement, la biodiversité, le climat, l’alimentation. Si douze anti-spécistes menacent un boucher de le larder de rayons de vélos, cela fait les gros titres. Il existe autant d’associations, « ONG », sur l’écologie que de particularismes.

Cependant on ne peut que constater que nous brûlons toujours plus de combustibles fossiles, que nous jetons toujours plus de déchets et que la pollution de l’eau, de l’air et des sols augmente. Y a-t-il une réponse simple à cette contradiction ?

Non. Mais il y en a bien une dont, sans en mesurer exactement l’ampleur, on peut être certain qu’elle est une entrave pour se projeter dans une civilisation soutenable. On rappellera brièvement ici que cela signifie de diviser par un facteur significatif nos consommations et prélèvements de tout ce qui n’est pas renouvelable, ou de tout ce qui est destructeur de notre habitat. Ne soyons pas trop précis, sauf à s’engager dans des arguties sans fin sur la technicité d’une telle chose, alors qu’il s’agit d’abord d’accepter cela : demain, pour tous ceux qui prélèvent et consomment plus que la part moyenne à laquelle chaque être humain peut prétendre sur les ressources renouvelables de la planète, il faudra faire avec moins, beaucoup moins.

Vous voulez quand même un ordre de grandeur ? Jared Diamond a mentionné un facteur… 34 ! Oui, mais pour nous, en Europe ? Disons la moitié. Mais vous oubliez toutes ces superbes initiatives citoyennes, solidaires, pleines de consensus, de circuits courts, de proximité, de circularité, etc. Oui, je les oublie car elles sont anecdotiques au regard des quantités et je pense même qu’e1les n’existent que dans un effet de niche.

Si, dans un système, une partie de la population est prédatrice globalement, à grands pas, et l’autre résiliente à petits pas, il n’est pas compliqué d’en tirer une fonction mathématique simple : plus on avance dans le temps et plus l’écart grandit, il ne se comble jamais. Il y a un deuxième volet à l’effet de niche. C’est la façon dont notre personnel politique, économique, industriel, financier et autres « décideurs », autoproclamés ou régulièrement désignés par la multitude, traitent, du fait de leur formation initiale, la question, et les personnes et autres éventuels énergumènes qui, kite-surfant sur cette vague à la mode, se pensent investis du rôle de sauveurs de la planète : à la niche.

Éditorial de Bruno Clémentin dans le journal La Décroissance d’octobre 2018.

L’intérêt général

Julien Milanesi : l’intérêt général est une notion dont la force prescriptive (comment peut-on s’opposer à « l’intérêt général » ?) n’a d’égale que son indétermination. Il n’existe pas en réalité de substance, le contenu objectif de l’intérêt général qui permettrait de dire si des projets sont d’intérêt général ou pas. Est tout simplement d`intérêt général ce que la collectivité détermine comme tel, et cela dépend donc des modes de décision.

C’est pourquoi réfléchir sur l’intérêt général aboutit nécessairement à une réflexion sur la démocratie, et de fait, toute la verticalité de notre système politique apparaît quand on s’intéresse aux projets d’aménagement : quelles que soient les procédures de discussion ou de consultation mises en œuvre depuis quelques décennies, dans notre système représentatif l’intérêt général est déterminé par les élus, en lien plus ou moins étroit avec l’administration.

Dans un système de plus en plus oligarchique, ceci conduit souvent à donner raison à Marx, selon qui « toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d’abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l’intérêt général ». L’intérêt général est ainsi souvent l’intérêt des dominants, […]

[…] l’autre ressort puissant soutenant ces projets est notre imaginaire économique et social qui leur associe de nombreuses valeurs positives. Pour reprendre l’exemple des transports, le fait que les personnes soient des usagers réguliers ou pas de lignes à grande vitesse n’est pas nécessairement déterminant dans leur soutien à ces projets. Les gains de vitesse, de mobilité, sont dans notre société désirés pour eux-mêmes sans qu’il n’y ait de justification à cela, comme le montre par exemple Hannut Rosa dans ses travaux sur l’accélération.
Nul en effet ne peut démontrer pourquoi ce serait mieux d`aller plus vite, c’est un « bien en soi », un présupposé qui constitue une part de notre collectif et qui est je crois déterminant pour expliquer le soutien important que reçoivent encore ces projets dans la population. […]

Extraits de la réponse de Julien Milanesi à la question « La décroissance est-elle contre l’intérêt général ? » dans le journal La Décroissance de septembre 2018.

Barrage à l’extrême droite ?

Un peu plus d’un an après l’élection de Macron, il est temps, comme on dit, de mettre les poings sur la gueule et la barre aux taiseux.
Vous vouliez faire barrage à l’extrême droite ? Vous avez la droite extrême.
Vous vouliez un langage de vérité ? Vous avez un tartuffe vulgaire qui se complait dans une obscène duplicité.
Vous vouliez un pouvoir exemplaire ? Vous avez un chef de clan provocateur qui s’enorgueillit de sa propre turpitude. Un adolescent attardé qui se tripote le zizi présidentiel (face caméra) avec les produits dérivés de l’Élysée.

Vous étiez ses électeurs ? Vous êtes désormais ses complices. Honteux, taiseux, vous abritant lâchement derrière la répétition obsessionnelle, écœurante, des éléments de langage du chef. Des mots qui ne veulent rien dire mais qui brisent tout.
De vous, on pourrait dire que vous n’êtes rien. Mais, en même temps, vous êtes presque tout parce que, précisément, vous ne faites ni ne dites rien. Englués dans un confort morbide, vous contemplez
en silence le spectacle de votre funeste inconséquence. Je vous hais.

Les barbares des premiers temps dépeçaient les corps, éviscéraient les chairs et les brandissaient en trophée : ils avaient la cruauté ostentatoire et assumée. Votre barbarie est plus moderne et plus sournoise, c’est la « barbarie de la réflexion », pour parler comme Vico. Elle se pare d’une prétendue rationalité pour écarter l’essence de ce qui fait notre humanité.
Vous chantiez les louanges de l’élu ? Vous êtes devenus les chantres obscurs de la dés-humanité qui s’avance. Et chaque matin se teinte toujours davantage de brun.

Article « coup de gueule » de Pierre Concialdi dans Siné mensuel d’octobre 2018.

Intérêt général

« Fourberie sordide », dit Baudoin de Bodinat à propos de la manière dont la crise financière de 2008 a été résolue, en sauvant les banques aux dépens des plus pauvres.
L’expression va comme un gant à l’invocation de « l’intérêt général » par les représentants d’un système social qui fait disparaître les insectes, les oiseaux et les sols, empoisonne l’air, l’eau et la vie même, pour continuer à transformer le monde en galerie marchande.

Le caractère sordide de l’argument saute aux yeux, face à la rapacité proprement monstrueuse d’une hyper-bourgeoisie disposée à tirer profil de tout, toujours, y compris de l’effondrement généralisé où sa civilisation nous mène.
Sur tous les continents, les classes dominantes sont plongées dans une dépendance toxicomaniaque à la croissance de leurs richesses. Avec toutes les ressources de propagande et de guerre dont elles disposent, elles défendront jusqu’au bout cette croissance-là, qui est en réalité la seule croissance existante et qui, ayant capté le fruit de l’activité humaine depuis trois siècles, est effectivement prodigieuse.

Il y eut autrefois des grands bourgeois qui réfléchissaient au monde qu’ils étaient en train de créer. Mais c`est fini. À présent, leur inguérissable pathologie est la manifestation la plus pure d’un rapport social en bout de course, ce « monstre qui se nourrit de sa propre mort », le capital.
Tout ce qui leur reste d’intelligence, c’est cette fourberie grossière des affiches des Hautes Études commerciales proclamant que le capitalisme peut « servir l’intégration ».

Début de la réponse de Serge Quadruppani à la question « La décroissance est-elle contre l’intérêt général ? » dans le journal La Décroissance de septembre 2018.

L’hospitalité

Dans La fin de l’hospitalité – L’Europe, terre d’asile ? Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc proposent une réflexion philosophique et historique sur la politique de secours, de soin et d’accueil qui devrait être menée par les gouvernements européens à l’endroit de tous les « demandeurs de refuge ». […]
Pour nos deux philosophes contemporains, ce constat doit aboutir à « un raisonnement prudent selon lequel l’accueil de celui qui est en danger dans sa nation d’origine est nécessaire pour la paix du monde ». Et de s’engager avec le Prussien (Kant) pour la reconnaissance d’un droit universel de séjour provisoire, qui permettrait de sortir l’hospitalité d’une philanthropie par trop aristocratique et de ne pas la réduire à la valeur éthique de la compassion.

Mais ça, c’était avant. « Nous vivons dans la peur, sous la menace des attentats, et imaginons l’autre comme un ennemi potentiel, un terroriste implicite. Dans cette perspective, l’hospitalité a cessé d ‘être une valeur politique. Au mieux, elle garde le sens d’une morale privée ou religieuse. On lui préfère la réponse sécuritaire qui, d’état d’urgence prolongé en renforcement des frontières réaffirmé, amplifie une rationalité du contrôle au détriment de toute capacité d’accueil.
Par une amplification des réponses policières d’un côté et l’invisibilisation provoquée des réfugiés de l’autre, les étrangers en demande d’asile ont été assimilés à des indésirables qu’il faut éloigner ou tenir à distance. Ne plus accueillir est devenu l’un des modes d’action principaux de nos gouvernements. L’un des héritages les plus précieux des Lumières en ressort liquidé. »

Dès lors, « toute politique de l’hospitalité [retombe] sur une éthique individuelle se traduisant dans des conduites citoyennes menées solitairement ou collectivement ». Et ce sont ces personnes, ces
collectifs locaux qui s’organisent sur le terrain pour tenter de « donner aux individus accueillis la possibilité de se construire eux-mêmes avec des soutiens adéquats eu égard à leurs désirs, à leurs attentes ».
Mais l’hospitalité demeure un risque et ce risque ne peut être seulement individuel. ll doit reposer sur une solution collective, et donc politique. Il s’agirait de passer à une « République bienveillante » dans laquelle « le souci de soi, des autres et du monde » l’emporte sur le racisme, y compris institutionnel, l’individualisme et le cynisme ambiants. Vaste programme à une époque où les murs s’élèvent et les ponts s’effondrent.

Extraits d’un article d’Iffik Le Guen dans le mensuel CQFD de septembre 2018.
Lire sur le même sujet migrants et réfugiés.

TIAN

Alors que le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) a fêté le premier anniversaire de son adoption par l’ONU le 7 juillet dernier, le texte qui prévoit l’interdiction d’utiliser, de fabriquer et de stocker des armes nucléaires enregistre lentement des signatures. En mars 2018, 57 États l’avaient officiellement signé et cinq l’avaient ratif1é. Sur les 122 qui l’avaient approuvé à New York un an plus tôt, c’est peu. Cette frilosité de certains pays d’abord enthousiastes s’explique en partie par la pression qu’exercent les puissances nucléaires.

Par le rejet du texte et leur entêtement dans leurs programmes nucléaires militaires, celles-ci sabordent l’initiative des autres pays et les poussent à rétropédaler. En préférant se placer hors du droit international plutôt que d’y souscrire, ce petit groupe dont fait partie la France refuse de jouer le jeu du désarmement concerté et menace la sécurité mondiale.

[…]

L’année qui vient sera une année charnière pour le désarmement. En 2017, la société civile a convaincu les pays des Nations unies de concevoir un texte juridiquement contraignant pour éliminer les armes nucléaires. En 2018, c’est au tour des citoyennes de s’approprier le texte et de rendre sa signature par la France inévitable.

[…]

L’année dernière, ICAN (campagne internationale pour l’abolition de l’arme nucléaire), dont est membre « Abolition des armes nucléaires », a reçu le prix Nobel de la paix.

En ayant favorisé les discussions sur un traité d`interdiction international, ICAN a tendu une perche qu’une majorité de pays progressistes a su saisir. Par son travail de lobbying et de diplomatie, ICAN est parvenue à mettre au vote un texte historique.
C’est maintenant au tour des citoyen.nes de se mobiliser pour faire que ce traité devienne une réalité. Car sans un mouvement populaire en faveur de la signature du texte, le gouvernement Emmanuel
Macron choisira toujours de ne pas le signer.

Cette mobilisation est possible : un sondage datant de juillet 2018 a montré que 67 % des Français sont favorables à ce que la France signe le TIAN et 76 % souhaitent que la France s’engage dans un processus international d’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, tel que prévu par l`ONU.

Le prix Nobel de la paix est l’aboutissement d’un travail acharné de militant.es qui, par leur abnégation et leur présence sur le terrain, ont permis de faire évoluer les mentalités concernant la dissuasion.

Extraits d’un article de Julien Baldassara dans la revue Sortir du nucléaire de l’été 2018.

Non-violence

En lisant ce texte (« Comment la non-violence protège l’État » de Peter Gelderloos), rébarbatif, dénué de tout humour, et finalement effrayant, nous retrouvons ce « fascisme des anti-fascistes » bien mis en lumière, voici un demi-siècle, par ce grand précurseur de la décroissance qu’était Pier Paolo Pasolini : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme », soulignait-il.
Car, pour Peter Gelderloos et les bien mal nommées éditions Libre qui le publient, il est légitime d’employer la violence pour faire taire ceux qui ne pensent pas comme soi, ceux du « camp du Mal ». Le problème est que ce dernier est toujours très subjectif, et qu’il change même au cours de la vie de chacun de nous. Au-delà des étiquettes, c’est une attitude parfaitement fascistoide. Car, ce qui compte, ce sont les méthodes et actions, non les justifications qui les motivent. Les fins sont contenues dans les moyens, faire le mal au nom du bien est la pire et la plus ancienne des perversions.

En tout cas, voilà qui doit ravir tous ceux qui appellent à réprimer les militants, comme l’ « expert » médiatique Éric Denécé. L’auteur d’Écoterrorisme (Tallandier, 2016), employé par de grandes sociétés, s`emploie à diffuser l’idée que la résistance écologiste et Daech seraient du même tonneau. La DGR, Peter Gelderloos et les éditions Libre lui en apportent la confirmation sur un plateau.

Rappelons que ceux qui incitent les mouvements à sombrer dans la violence se sont régulièrement avérés être des agents du camp adverse, infiltrés pour susciter la désapprobation et légitimer la répression.
Le fantasme de violence est le plus souvent porté par des immatures qui ne la connaisse pas. Ils ne sont pas structurés pour y être confrontés et s’effondrent le plus souvent à sa première réelle rencontre. À ce moment-là, traumatisés, ils déserteront à jamais tout engagement. […]

C’est le même principe que l’insulte, la violence verbale : à bout d’arguments, on humilie grâce à elle son contradicteur pour briser un échange qui nous échappe. C’est la rupture de la dialectique : « l’insulte tue la parole, nie le débat, discrédite la controverse des idées » (Charles Silvestre, secrétaire de la Société des amis de L’Humanité, 28 août 2009). Nous n`avons cessé de le rappeler, à la suite de nos grands anciens, quitte à lasser : la décroissance commence par le refus de la montée aux extrêmes, elle est une désescalade. Loin d’être un pacifisme angélique, narcissique voire lâche qui refuserait la confrontation, elle commence par le choix courageux de la non-violence.

Extraits d’un article de Vincent Cheynet dans La Décroissance de juillet-août 2018.

Consensus républicain

[…] faire fluctuer le jeu des alliances et oppositions politiques autour de l’axe du consensus « républicain » bourgeois, ce jeu parlementaire électoraliste à quoi se réduit la vie « démocratique » présentant le double avantage pour le système d’entretenir un accord de fond sur l’essentiel tout en permettant la contestation sur l’accessoire.

Un monde crétinisé

Mais la petite-bourgeoisie de promotion, scolairement anoblie, rechigne à (s’)apparaître pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire comme une armée de mercenaires carriéristes dont le sort est étroitement dépendant de la prospérité des entreprises qui les emploient. D’où la diffusion, ces dernières décennies, de la fiction selon laquelle il n’y aurait plus « ni droite ni gauche » et le système capitaliste moderne échapperait désormais à la logique qui a si longtemps structuré la lutte entre classes dominantes accapareuses et classes dominées dépossédées.
Plus de classes donc plus de luttes et plus de reniement. Que chacun, réduit à ses seules forces, se débrouille comme il peut, avec une seule devise : « l’enrichissement la mort sociale ».

Avec l’avènement de la Macronie, bien préparé, il faut le souligner, par la désastreuse « alternance » entre gauche de gouvernement et droite républicaine, la France s’est installée dans cette fiction-là, qui équivaut à un véritable recul de civilisation.
Dans un monde crétinisé par l’appât du gain et l’obsession du rendement, l’élévation du niveau d’instruction et l’augmentation du nombre des diplômés ne sauraient faire illusion : loin de progresser en humanité, nous sommes tombés sous la férule d’une « élite » que le capitalisme a éduquée dans ses ateliers d’ingénierie sociale (petites et grandes écoles, universités, IEP, grandes entreprises, médias, etc.), comme les généticiens fabriquent des chimères dans leurs laboratoires.

La chimère que nos classes moyennes fécondées par l’ADN capitaliste ont enfantée, c’est le diplômé-analphabète, le nouvel Homo œconomicus dont nos filières de formation déclinent les versions à la mode. À grand renfort de brevets, de certificats, et autres peaux d’âne, le capitalisme ne cesse d’instruire ses troupes en leur enseignant que « fiat lux » n’a qu’une seule traduction possible :
« Que la volonté du Capital soit faite ! »

Jamais salariés ne furent à la fois aussi savants, et aussi incultes et vides. Le monde du travail est désormais régenté par une petite-bourgeoisie sur-scolarisée, pire que la grande à bien des égards, en tout cas son admiratrice la plus aveugle et sa servante la plus zélée. Ne pouvant vivre qu’en symbiose, elles continueront à prospérer, c’est-à-dire à se déshumaniser, de concert.

Extrait d’un article d’Alain Accardo dans La Décroissance de juillet-août 2018.

Croisières et paquebots géants

À l’ancrage, le navire de croisière ne dort jamais. Une épaisse fumée noire s’échappe sans discontinuer de sa cheminée rouge. De plus en plus de Marseillais souffrent de toux chronique, de maux de crâne et de gouttes au nez persistantes. Des allergies au pollen, dira-t-on… Des réactions aveugles du corps, surpris par l’instabilité de la météo, sans doute… Mais pas que. La contamination de l’air, quand le mistral fait défaut, devient alarmante.
Même s’il est supposé utiliser à quai des carburants moins polluants, la bestiasse marine brûle goulûment du fioul lourd, qui produit 3500 fois plus de particules fines que le diesel des voitures.
De plus, un paquebot de 4 000 passagers et 1 000 membres d’équipage génère en une semaine 210 000 gallons de déchets. De quoi remplir cinq piscines olympiques. Sans compter le million de gallons d’eaux grises et les 25 000 gallons d’eaux huileuses…
À Palma de Majorque, ville déjà saturée de présence touristique à terre, cinq ou six méga-paquebots de croisière jettent l’ancre chaque jour. Ce qui, selon Pedro, militant écolo, « produit autant de dioxyde de carbone que 200 autoroutes ».

Négation radicale de la mer, que ses passagers ne touchent jamais, le mastodonte est également une non-ville. Ses entrailles s’apparentent à un vaste shopping mall, agrémenté de parcs à thème et d’attractions inspirées du kitsch de Las Vegas. Cette prison dorée promeut un style de vie sédentaire, livré à la seule consommation, que ce soit de paysages ou de bouffe préfabriquée. Dans votre
cabine cage à lapin imitant ce qui fut autrefois une villégiature raffinée pour aristos oisifs, on vous pose une petite friandise chocolatée sur l’oreiller pour vous faire croire que vous êtes unique – alors qu’avec des milliers d’autres gogos, vous êtes entassés les uns sur les autres comme dans un HLM. Mi-client mi-marchandise, vous êtes ranges comme dans un porte-conteneur.

[…]

Les retombées pour la ville sont en fait ridicules : la plupart des passagers ne descendent pas à terre, puisque tout est fait pour les garder à bord. Et s’ils descendent, c’est pour dépenser moins de 50€ (en moyenne) dans les grandes enseignes installées en embuscade dans le centre commercial des Terrasses du Port.

Extraits d’un article de Bruno Le Dantec dans le mensuel CQFD de juillet-août 2018.
Lire aussi Les paquebots géants sont une source géante de pollution marine sur le site Reporterre.